Pic'Art de l'Assoumière


ANNE CILLON PERRI VU PAR JEAN CLAUDE AWONO EN 1998

ANNE CILLON PERRI

 

            Né le 22 septembre 1961 à Foulassi, près de Sangmélima dans la forêt sud Camerounaise, ANNE CILLON PERRI est un pseudonyme, une simple transposition anagrammatique du nom NNA Pierre Collin. Cet homme à la carrure dense et à l’intelligence fulgurante, a hérité de toutes les faveurs de la providence. Car il voit le jour dans la localité où fut composé le chant de ralliement patriotique, le célèbre poème écrit par les élèves de notre William PONTY qui, après 1960, devint l’hymne nationale de notre pays, et, autre génie du sort, ses racines paternelles font de lui le rejeton du terroir qui vit naître, en 1930, le très controversé prêtre et poète camerounais Engelbert MVENG. Ces dons du ciel vont, telle une semence féconde, germer en un homme qui se souvient qu’il vient d’une enfance austère, sans foyer conjugal, donc sans faveur, sur les pistes de l’unique et lointaine école du village où il faut aller pieds nus, presque en haillons et traverser des bosquets inquiétants. Il est élevé par ses grands oncles maternels et ne connaîtra son père, instituteur de campagne à la carrure imposante et au verbe séducteur qui parle comme un blanc, qui écrit des poèmes et qui ne sait pas se priver, que très tard, après moult meurtrissures intérieures.

 

            Son cursus scolaire l’amène à étudier les langues anciennes et les humanités qui vont  contribuer, de façon décisive, à forger l’esprit pointu et profondément introverti d’ANNE CILLON PERRI. Il exerce des fonctions administratives qui l’ont amené à étudier le droit. Mais le savoir juridique n’a jamais pu avoir raison du poète que Patrice Kayo présente d’ailleurs dans sa récente anthologie comme «  une des plus grandes promesses de notre poésie « (1)

 

            La poésie d’ANNE CILLON PERRI est le produit d’un immense travail sur le langage et rappelle tous les grands classiques. Il est de la race des serviteurs de l’art qui, pour tracer une seule phrase, blanchissent sous le harnais, de jour comme de nuit:

 

«C’est encore la nuit

La garce sadique qui secoue les assises de mon espoir

La garce qui me torture le cœur

Comme un chiffon que l’on déchire»

 

Le poème est chez ce poète plus qu’accompli le fastidieux résultat de toutes sortes de recherches esthétiques sonores, itératives, mélodiques, visuelles… Ce francophile invétéré ne s’approprie point la langue française, comme certains, dans l’optique de la coloniser. Il la convoque telle qu’elle est, et parfois telle ou plus qu’elle devrait être, et en fait une sorte d’humus généreux d’où germe, comme un peuple de fleurs, une poésie colorée, dense, pure et savoureuse. On comprend donc que la poésie soit pour notre passionné de la belle phrase non pas « le développement d’une protestation« , comme s’imaginaient les surréalistes BRETON et ELUARD, mais un jeu, avant d’être autre chose,

 

«Un espace inexpugnable à la croisée des utopies, c’est-à-dire, loin du monde, loin des soifs. Mais jouer est-il toujours synonyme de s’amuser ? Non ! Assurément non»,

 

répond l’auteur dans le seuil de son recueil inédit intitulé Tam-tam à cœur ouvert. Cet investissement formel n’a de sens que parce qu’il est au service d’un mode de désignation du monde particulier, avec ses incongruités, ses atrocités, mais aussi ses largesses et ses petits bonheurs inespérés. L’avant-propos de l’œuvre sus-citée exprime toute sa pensée poétique faite de quête d’amour, de paix et de fraternité:

 

«Ces thèmes reviennent avec une certaine redondance dans ce livre que j’ai voulu dépouiller autant que faire se pouvait de tous les orgasmes et sarcasmes qui l’encombraient originellement »

 

            ANNE CILLON PERRI ne cache pas son admiration pour VERLAINE, et surtout pour APOLLINAIRE. Mais on sera toujours heureux d’admirer en quelque encoignure de cette œuvre, assurément l’une des plus forte de l’Afrique actuelle, quelques figurines senghoriennes qui accompagnent et enrichissent une poésie investie du pouvoir de la rénovation et de l’éternité. Toute l’influence que ce poète majuscule exerce sur les jeunes poètes de Yaoundé et singulièrement ceux de La Ronde des Poètes et tout le respect et la fascination qu’il inspire, sont ainsi justifiés.

 Jean Claude Awono

ANNE CILLON PERRI EN NOIR ET BLANC

ANNE CILLON PERRI EN NOIR ET BLANC



Fernando d’Almeida vu par son fils
7 novembre 2010, 12:40
Filed under: POETIQUEMENT VOTRE

Fernando d’Almeida est un poète majeur et profond que connaît l’Afrique contemporaine. Né en avril 1955, de père Béninois et de mère Camerounaise, le poète vit sa double identité avec un penchant pour le Cameroun son pays d’adoption. Il est important de souligner son amour pour la terre camerounaise marquée par ses montagnes, ses fleuves, sa situation géologique. Fernando d’Almeida a en lui une force de travail qui fait de lui un être unique dans son environnement poétique. Prolixe et dévoué, doué dès son plus jeune âge, il donne à lire et ne cesse de faire évoluer le style linguistique de la poésie camerounaise. Diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris et Docteur ès lettre (Nouveau régime) de l’Université Paris Sorbonne (Paris IV), la capacité intrinsèque de cet illustre homme incite à la perfection et ne laisse derrière lui que des génies en devenir. Il faut vivre sa personne pour connaître la valeur de l’homme et sa philosophie de vie parfois aux antipodes de la norme.

Voilà déjà une trentaine d’année que l’homme arpente les rues, les bars, les hôtels, les centres culturels à la recherche de la connaissance. L’illuminé se doit de remplir sa mission, parce que chacun écrit sur terre les pages de son époque, le poète offre à son tour aux curieux de quoi rêver. Il est un garçon rêveur, entré très tôt dans la littérature en choisissant la poésie comme art de vivre.  Poète reconnu d’envergure international, son nom est aujourd’hui cité dans l’ensemble des anthologies africaines de poésie. Un style évolutif qui n’a de cesse de subir des adaptations au gré des événements, à distance intellectuelle.

L’originaire du Benin n’a pas rejeter les vielles pratiques ancestrales propres aux bantous : la superstition carcan à cette vie d’imprévu, le boubou, mode africaine oblige, le poète conserve les coutumes d’antan. L’environnement pour lui est « Lieu et partage du lieu » dans la volonté de retourner à « l’arrière-pays mental » qui donne à penser toujours à la recherche de vérité. Profondément encré dans la tradition, il jaillit de « la parole parlée » de cet homme de valeur, une envie énorme de refléter le caractère païen de l’homme par sa nature ancestrale. La « paganité » concept élémentaire, démontre à souhait la fore que peut apporter « La gloire des dieux » dans l’immensité de ses œuvres de l’esprit.

Son style riche doublé de linguistique retrace l’aventure solitaire d’un garçon qui à force de rêver et de travailler est devenu un maître satisfaisant de fait, les espoirs de la poésie Camerounaise en particulier, et in fine la littérature africaine.

Marié, puis veuf une vingtaine d’année plus tard, l’auteur a magnifié « l’absente » dans un recueillement long, fruit d’une vie passée au coté de celle là même qui lui donnera quatre enfants.

 

Qui est fernando d’Almeida ?

Par d’Almeida kouakou Joachim

Nkoldongo, le 06 Novembre 2010



LETTRE A BENOIT KONGBO
26 septembre 2010, 11:41
Filed under: L'USURE DU QUOTIDIEN | Étiquettes: , , , , ,

Tu m’as fait un sacré coup Ben : tu m’as fait croire que tu écrivais un livre naïf. Et je t’ai cru !  Je savais que tu partageais entièrement  toutes les thèses de l’école de Douala. Je savais que tu ne voulais plus écrire uniquement pour les blancs. Je savais à quel point tu étais choqué que Balenguindi ne soit pas lu à Bangui parce qu’il coûtait une fortune. Je savais que les centrafricains qui l’ont lu sont tous passés à côté de la plaque ; sauf un seul : ton ami Wessepkamon. Mais j’étais loin d’imaginer que tu entreprendrais à ton tour de coloniser le français.

L’esclavage et la colonisation avaient leur côté sauvage. Mais à mon avis, ils n’expliquent pas tous les problèmes de l’Afrique aujourd’hui. Au contraire, nous avons une chance  que les autres n’avaient pas : nous avons un modèle. Il suffit de faire du copier coller, avec les adaptations nécessaires. Car, nous  savons aussi tout ce qui dysfonctionne dans la réussite des autres. De même, j’ai souvent pensé que le français n’est pas le problème de l’Afrique. Au contraire, il constitue une chance extrême pour un pays comme le Cameroun où d’un village à l’autre, la langue est différente et la communication impossible. Le français est dans la plupart de nos Etats, la seule chose que les citoyens ont en commun.  Pour toutes ces raisons, je ne t’ai jamais soutenu dans ton projet d’imposer nos français aux autres francophonies, à travers un livre qui est bien davantage un acte politique qu’une fiction littéraire au sens où nous entendions cette expression à l’époque de Balenguindi .

Par ces temps de domination marqués par les programmes d’ajustement culturel, j’ai toujours pensé  que nous n’avons pas choisi le français, nous qui sommes nés après les indépendances. Mais cette langue demeure celle dans laquelle nous avons été évalués à l’école et dont la connaissance pouvait procurer de l’emploi. Même la qualité d’écrivain nous vient, non pas du degré de connaissance des langues africaines, mais d’une langue qui a été imposée à nos parents et que nous avons reçue en héritage. C’est cela qui me permet souvent de penser qu’au fond, le français est ma langue maternelle parce que je l’ai reçu en même temps que celle de ma mère. Je sais que ce sentiment sera encore plus poignant pour mes enfants qui sont nés dans un contexte où le père et la mère ne parlant pas la même langue camerounaise, ils ont dû apprendre en prime la langue de conversation usuelle des parents. Mais parlons-nous vraiment le français ? Je veux dire : la langue que nous parlons avec des mots de France est-elle vraiment le français ?

La plus grande ironie du sort de la colonisation linguistique est qu’elle nous  a permis de réinventer le français, notre  manière de dire la vie avec les mots français. Dans un Etat comme le Cameroun où en plus du français, l’anglais est parlé, la jeunesse a réalisé un parler syncrétique fait des apports du français, de l’anglais et de nos langues. Ce parler s’appelle le camfranglais.  Je le pratique abondamment dans la rue, mais jamais dans mes livres. Je sais à quel point le français subit la domination du Sango à Bangui. Je sais aussi à quel point le camfranglais et le Sango associés peuvent constituer pour les autres francophones, un écran à la communication. Tu avais une idée derrière la tête : coloniser le français en lui mettant « l’obom » comme le disait René Philombe.

Il va de soi que pour mieux s’insérer aujourd’hui au Cameroun ou en République Centrafricaine, il vaut mieux connaître quelques bribes de ces langues. Les autres feront-ils le déplacement ? Même si je peux me permettre d’en douter, il reste que c’est un très bel exercice de montrer, par-delà l’idéologie que véhicule l’iconographie de la première de couverture, les modifications que subit le français dans l’espace de la francophonie. C’est un travail de recherche que certains ont mené jusqu’à la pure dévotion. Toutefois, personne avant toi n’a combiné les deux langues. Il y a quelques années, Marie Claire Dati Sabze a écrit un recueil de poèmes intitulé C’est comment non ? dans lequel elle parle le camfranglais. Mais tu es allé plus loin en ajoutant le Sango dans la recette de cette sauce.

Je salue ce livre comme il convient qu’un livre qui vient de sortir soit salué.   Tu as quelques problèmes avec les lettres majuscules. Tu n’arrives même pas écrire ton nom sur la couverture d’un livre avec des majuscules aux initiales. La rébellion s’étend jusqu’à la grammaire d’une langue  que tu manies très bien et que tu as choisi de ne pas respecter dans Kitoko Djaz. C’est  un rêve que je ne partage pas, mais que je respecte.

Nos préoccupations de carrière en littérature nous empêchent d’être nous-mêmes. Tu as eu le courage de t’affranchir de ce genre de soucis. Tous les jeunes d’Angongué et d’Essaman qui te connaissent et se souviennent de toi ont aimé ton livre. Ils souhaitent le retrouver dans la future bibliothèque d’Angongué. Quant à Marie Claire, je ne te dis pas. Mais Petit Patou sait que tu composes tes articles dans le journal Le démocrate où tu travailles comme rédacteur en chef en bon français.

D’étranges êtres nous persécutent.

Je te prie de trouver ici, en même temps que mon amitié, l’expression de mon admiration infinie.

Piconna le Boss.



QUELLE HEURE EST-IL DANS LA MORT ?
13 août 2010, 1:21
Filed under: UN HOMME UN DESTIN

Elle s’en est allée.  Seul le silence, comme disait le poète, est grand. Voici les images.

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DU BRONZE POUR LES FILMS ASSOUMIERE

La deuxième édition des Rencontres du Film Documentaire de Kribi, autrement appelé, le Beach Festival du Documentaire, a eu lieu du 10 au 17 juillet 2010 grâce au dynamisme et à l’opiniâtreté de son promoteur, Avit Nsongan Mandeng et la participation de STV, ARIANE TV, CANAL 2 International, FRAMOTEL KRIBI, la SCAAP et le Centre Culturel François Villon de Yaoundé.

Cet événement qui a pu se répéter cette année, avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et des ministères camerounais de la culture et du tourisme a rassemblé des professionnels et amateurs du domaine, tantôt  pour des conférences publiques, tantôt pour des séances de visionnage.  Le Beach Festival du Documentaire a projeté soit en salle, en l’occurrence, la salle de l’ARTCAM , soit en plein air, à la plage de Ngoyè,  une cinquantaine de films africains ou  alors sur l’ Afrique.   Parmi ces films, 23 étaient en compétition et les autres en visionnage.  Les réalisateurs se sont intéressés à des problématiques diverses, chacun selon son tempérament et sa sensibilité.

En marge du festival,une session de formation sur l’écriture et la réalisation du film documentaire a eu lieu. Son principal animateur était Monsieur Bernard Nagmo, d’ILLUSION PROD, une jeune structure de production audiovisuelle qui a fermement pignon sur rue à Yaoundé.

Trois prix étaient en compétition :

–          Le Jengu de bronze, remporté par Marie Claire NNA pour son film « Le manioc dans tous ses états » 26 mn.

–          Le jengu d’argent , remporté par AWA Traoré pour son film « WALIDEN, ENFANT D’AUTRUI » 52 mn.

–          Le Jengu d’or , remporté par  Hortense Fanou Nyamen pour son film « NDOU, LE CULTE DES CRANES » 52 mn.

Cet événement a enfin fait connaître son promoteur comme réalisateur avec des films comme « MEN WHO HAVE SEX WITH MEN » 26 mn. Ou encore « PERSONNES HANDICAPEES » 26 mn  et « LES TRAVAILLEUSES DE SEXE »26mn.



KOKO KOMEGNE S’EXPOSE AU CCF DE YAOUNDE
13 mars 2010, 1:39
Filed under: MES TABLEAUX

Il n’a plus exposé au CCF de Yaoundé depuis plus de vingt ans. Il revient en sexagénaire ingambe pour exposer ses hantises ses peurs et ses espoirs. Dans certains tableaux, Koko a écrit, simplement écrit. En lettres majuscules le plus souvent. Mais tout cela est coloré, vivement coloré. Cela s’appelle dans l’art plastique couleurs chaudes. Une manière de vivacité qui vous agresse presque. Un peu comme la publicité. On n’y résiste pas. Ça vient vous chercher où vous êtes, même aux fins fonds de l’Afrique forestière, dans ces contrées où tous les noms des blancs, je veux dire, tous les mots barbares, au sens ancien du terme, peuvent servir de prénoms.

Dans un pays où on s’appelle allégrement Essomba Beaufort, Bissek Orange, Wafo Pierre Colin pour les amateurs de livres, ou alors, Effoudou Mitterrand Kennedy, quand ce n’est pas Bouba Coca Cola, les hommes deviennent un peu ce que les marques veulent qu’ils soient. Et quand on imagine les firmes qui existent derrière les marques, on comprend aisément l’engagement altermondialiste du peintre. La mondialisation a donc pour le poète, au sens ancien du terme, en plus de tous les maux qu’on lui connaît, un côté bruyant, cacophonique, voire assourdissant. Et cela est véritablement tragique pour l’Afrique dont les Etats les plus anciens ont moins d’un siècle. Ces Etats ne revendiquent généralement rien en commun et n’ont jamais mené des batailles communes. Les plus grands souvenirs sont ceux des guerres et épurations ethniques à caractère pouvoiriste.

C’est cette Afrique en proie à ses propres contradictions que Koko Komegne donne à voir au Centre Culturel Français de Yaoundé depuis bientôt une semaine, dans une série d’une vingtaine de toiles et de trois grandes sculptures métalliques. Le peintre s’insurge contre la publicité envahissante et les sollicitations dont l’homme moderne est l’objet, ou l’objeu comme dirait Ponge. Voici Koko Autrement.



QUÉBEC 2008 40 poètes du Québec et de France
12 juin 2009, 1:26
Filed under: BIBLIO

Photos-0351Je connaissais Josyane De Jesus-Bergey avant d’aller à la Rochelle. Je l’ai rencontrée un an plus tôt, à travers l’anthologie qu’elle a publiée avec Bernard Pozier en coédition Ecrits des Forges/Sac à mots (Toutes les citations sont extraites de cette édition). Ce livre m’a été offert vendredi le 03 Octobre 2008 par Fernando d’Almeida à son retour du Festival de poésie de Trois Rivières au Québec. Lorsque j’ai reçu ce livre, je suis allé tout droit à la page 177. Car, je voulais rapidement lire la contribution de l’auteur que je soupçonnais, ne je sais pourquoi, de partialité et par ricochet, de superficialité. Je me demandais en effet comment on peut publier une anthologie de poètes de France aujourd’hui sans des textes de Michel Deguy, Guillevic, Jean-Michel Maulpoix , Jacques Roubaud ou Patrice Delbourg, pour ne citer que ceux-là.

 Je cherchais, côté Québec, des noms que je connaissais. Comme par enchantement, ils étaient là pour la plupart : Stéphane Despatie dont j’avais reçu le livre au même moment que les 40 poètes du Québec et de France, Yves Boisvert, Nicole Brossard, Claude Beausoleil de l’Académie Mallarmé, etc. Je dois préciser que le même état d’esprit qui m’a amené à la page 177 m’a également conduit à la page 93.

La précision « d’entre Loire et Gironde », concernant les auteurs de France retenus dans le livre décevait un tantinet mes attentes. Pourtant, sur « la dernière ligne de [mes] flottaisons », ce magnifique livre qui parle « le langage de nos libertés » m’a séduit au plus haut point. D’abord par le fait que les poètes publiés sont majoritairement vivants et encore productifs, ensuite par la succulence de la sève qui traverse ce livre d’une page à l’autre.

Bernard Pozier

« Né en 1955, à Trois-Rivières (Québec), d’un père français et d’une mère québécoise, Bernard Pozier publie de la poésie depuis 1976. Professeur de littérature au Collège Joliette-De Lanaudière, il a participé à la fondation des revues APLM, Arcade et La poésie au Québec (revue critique annuelle). Depuis 1985, il est directeur littéraire des Écrits des Forges, maison d’édition exclusivement consacrée à la poésie. »

Le premier poème

Le premier poème est toujours un poème

          d’amour

on imagine sans souci pour qui on l’écrit

sans savoir encore dans quel corps il saura

         vraiment s’incarner

ni à quelle âme véritable on l’a inconsciemment

         d’avance dédié

Le premier poème est toujours un poème

         d’amour

car il ne connaît pas la démesure de ses mots dans l’instant de l’émoi entre l’ombre et la proie où s’égare ébloui son regard

Le premier poème et tous les suivants se sèment

        en plein champ

(…)

 

Josyane De Jesus-Bergey

Des noms de fleuve un peu de nous comme sable qui revient au pays. Plus loin qu’il ne pleut la maison te berce.

Le chant de l’eau jusqu’au grand châle noué sur tes épaules et le bleu de tes yeux du pays revenu. On reconnaît l’espace au roulé de ta langue et à ce goût de sel sur ta peau pour vivre encore.

Dans ce monde sans surface

                                                 La mer entre à notre table.

Je me souviens.



KOKO KOMEGNE
2 juin 2009, 3:12
Filed under: MES TABLEAUX | Étiquettes:
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JOUEUR DE JEMBE
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DANSEUSES

 

 

 

 

 

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MASQUE COLLECTION PRIVEE (TOUS DROITS RESERVES)

 

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COQUETTES COLLECTION PRIVEE (TOUS DROITS RESERVES)

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TOILETTE COLLECTION PRIVEE (TOUS DROITS RESERVES)

 

KOKO 1

LE PEINTRE KOKO KOMEGNE EN 2006

BIOGRAPHIE SOMMAIRE DE KOKO KOMEGNE

 2 octobre 1950 : naissance à Batoufam, petit village à l’ouest Cameroun, au sein d’une famille de planteurs, de Komégné Gaston, fils de Wembo Bôgouok Kouamo Samuel et de Lieche Pauline.

1956 : Le jeune Koko est envoyé à Yaoundé vivre chez son oncle. Il y fréquente l’école jusqu’au CM2. Ambiance musicale, la concession étant entourée de bars qui s’animent dès la nuit tombée de musique congolaise, de merengue, de tchatchatcha…

1956-1964 : Premiers dessins. Le Boxeur, première sculpture (1960-62), qu’il réalise à partir d’un clou déformé à la flamme et au marteau : sa première oeuvre d’art, qui sera longtemps conservée dans la maison familiale de Yaoundé.

1964 : 1er retour au village familial après une absence de 8 ans. Koko a 14 ans, il redécouvre, durant 3 mois de vacances d’été qui l’éloignent de la ville, une autre société, d’autres comportements de vie, un autre système de valeurs…

Koko rentre à Yaoundé pour reprendre l’école, mais décide presque immédiatement de repartir dans son village. Il profite de la présence de sa famille, et notamment de sa grand-mère, qui le gave, dans sa maison au toit de chaume, de nourriture, de conseils et de sagesse… Il étudie à ses côtés la nature, les pouvoirs des plantes, les chants d’oiseaux… Il y reste une année, puis, se sentant incompris, il entreprend de quitter le village.

Juillet 1965 : Koko tente de repartir pour Yaoundé, mais, n’étant pas en possession d’un laisser-passer, il reste bloqué aux portes de la ville. Il se tourne alors dans la direction opposée et décide de marcher vers l’ouest. C’est ainsi qu’il arrive à Douala par « un coup du destin ». Il est accueilli chez un oncle.

Rencontre avec Jean Sabatier, peintre publicitaire et de chevalet à son temps libre, qui marque le début de sa carrière. « Voici devant moi un blanc d’une soixantaine d’années, vêtu d’une chemise Lacoste blanche, d’un short de tennis blanc, de chaussettes blanches, avec une gourmette en or et un pinceau à la main en train de peindre une enseigne. Je me dis « Merde! Tous les peintres que j’ai toujours connu faisait un travail sale, et voilà que l’on peut faire de la peinture de manière propre ! Moi qui n’ai que 16 ans, je prends mon courage et me dirige vers lui, et je lui déclare « Je veux apprendre le travail » Il m’a regardé, et m’a répondu « Je n’ai plus le temps de former quelqu’un » Il s’est alors tu, et a continué de travailler. Nous avons alors communié pendant des heures et des heures de silence. Il n’avait plus rien à dire et je n’avais rien à dire. Et chaque jour que Dieu faisait, je revenais me poster derrière lui, et je l’observais. »

1966 : Koko décide de se lancer. A son oncle qui l’engage à passer le concours de police, il rétorque qu’il a déjà trouvé sa route : il lui emprunte un des murs en caillebotte de sa concession, et ouvre son premier atelier. Pour apprendre à « manier le pinceau », reproduction des oeuvres des grands peintres (Van Gogh, Picasso, etc.).

Durant des années, Koko utilisera les revenus que lui apporte la publicité pour investir dans ses recherches picturales personnelles. Il débute sa peinture un jour de foire, sur laquelle il se promène avec 45 francs en poche. A l’achat de quelques beignets, il préfèrera celui d’un pot de peinture noire en solde, qu’il rentabilisera 6 mois durant en multipliant les dessins.

Le véritable déclic qui lui fait trouver sa voie en peinture se produit lorsqu’il se prend de reproduire un portrait photographique de son oncle en peinture. Lorsque sa tante voit son travail, elle lui déclare « Votre art, ce n’est pas la reproduction de quelqu’un » « Votre art n’est pas de reproduire les choses comme Dieu les a faites ». « Cette phrase m’a hanté pendant au moins 6 mois. J’ai pris ma reproduction et je l’ai déchirée. J’ai repensé aux mystères, aux danses, aux symboles, à l’imaginaire de mon village, aux discours de ma grand-mère, et j’ai compris. Il ne s’agissait pas de faire de l’art comme les blancs, mais de réaliser quelque chose d’autre, quelque chose qui n’est forcément ressemblant avec quelqu’un, qui n’est pas tellement beau, mais qui invite à la méditation. Ma théorie de la diversion optique était née. »

Durant des années, Koko travaille sur les thèmes de la musique, de la danse, de la prostitution, de la misère, du monde de la nuit et des masques. Il représente l’homme dans sa condition, avec ses interrogations et ses espoirs.

J’ai peint plus d’un millier de masques. C’est en les reproduisant et en les déstructurant que j’ai trouvé ma peinture. J’ai basé mon art sur un fondement solide. La diversion optique est passée par le langage des masques, découvert lors du retour au village et approfondit par des recherches sur les différentes cultures africaines.

Il milite toute sa vie pour la sensibilisation à l’art des artistes, des tenants du pouvoir et du peuple. Il participe à plus de 500 émissions radiophoniques, près de 100 émissions télévisées et plus de 500 interviews dans la presse.

1968 : lauréat du concours de dessin « Biscuits Belin ».

1968-1969 : Koko Komégné occupe un poste de garçon de chambre sur un petit navire qui longe la côte d’Afrique centrale, un petit métier qui ne prend que 10 min par jour le temps de faire les lits et qui lui laisse tout loisir de peindre, sans pour autant se plonger dans les représentations naturalistes. « Je peins plus volontiers avec les yeux fermés qu’avec les yeux ouverts ».

1971 : 1ère participation à une exposition collective, organisée par l’Association Française pour la Formation des Cadres au Collège de La Salle à Douala.

1972-1986 : A côté de la maison familiale s’ouvre un bar, où vient jouer régulièrement un orchestre. Koko intègre différents groupes, en tant que batteur, puis, remarqué pour sa voix, il devient chanteur, pour le groupe « Black Power » notamment. Musique la nuit et peinture le jour l’occupent durant une quinzaine d’années, jusqu’à la décision de se concentrer plus intensément à la peinture. Koko quitte la chaude ambiance de la ville pour se retirer dans un quartier populaire plus calme où il se marie pour la 1ère fois à l’âge de 40 ans.

1972 : Après avoir longtemps signé « Komégné Gaston », « Koko Décor », « Gaston Komé », Koko décide d’adopter un nom d’artiste qui puisse affirmer sa personnalité africaine, être aussi bien camerounais, congolais, sud-africain ou noir américain. Il tire les 2 premières lettres du nom de son père (Kouamo) et son propre nom (Komégné) et devient Koko.

1974 : Koko assure la décoration du film Pousse Pousse, réalisé par Daniel Kamga, 1er long-métrage camerounais.

1976 : 1ère exposition personnelle au Quartier Latin, club-restaurant de Douala où se retrouvent les camerounais fraîchement revenus de Paris

1979 : participation au 1er concours Bastos, société de tabac engagée dans le mécénat qui initie le 1er concours de la jeune peinture camerounaise.Koko fonde le Cercle Maduta (« images » en langue douala), première association d’artistes plasticiens au Cameroun. Elle regroupe André Kanganyam dit Viking, Jean-Guy Atakoua et Samuel Abélé et sera active jusqu’en 1983, date à laquelle Koko décide de former le CAPLIT.

1980 : exposition (I) Menuiserie ETD ; MUCAM Meubles, Douala. Koko a l’idée, devant l’absence de galerie dans la ville, de présenter ses oeuvres dans des magasins de meubles, qui présentent l’avantage d’un important espace et d’une durée d’exposition illimitée.

1981 : 1ère rétrospective (1976-1982) au Centre Culturel Américain de Yaoundé, présentée ensuite au Centre Culturel Français de Yaoundé en 1982. Exposition (I) au café « Le Bosquet », célèbre cabaret de Douala. Dans ses choix d’espace d’exposition, Koko tente « d’amener l’art vers les gens ».

1982 : Exposition Le Surréalisme, par le Cercle Maduta au Centre Culturel Français de Douala ; In Memorium(C), Maison du Parti, Douala. 10e Anniversaire de la République Unie du Cameroun et 16e Fêtes Nationales de la Jeunesse (C), Salle des Fêtes d’Akwa, Douala.

1983 : Membre fondateur du Cercle des Artistes Plasticiens du Littoral (CAPLIT), élu conseiller artistique. Exposition CAPLIT (C), Centre Culturel Camerounais ; Amitiés sans frontières (C), exposition organisée contre l’Apartheid par le Club Unesco, Lycée Joss, Douala ; Salon BIAO, Goethe Institut, Yaoundé.

1984 : Koko est lauréat de la 7e édition du concours Bastos, avec sa toile Pour le malheur et pour le pire, premier tableau non-réaliste qui remporte le concours ; exposition Transcendance (I), Centre Culturel Français de Douala.

1985 : Semaine de l’Amitié France-Cameroun, Centre Culturel Camerounais, Douala. Décoration du Black et White, boîte de nuit de Limbe, par une fresque en noir et blanc et de l’Hôtel Arcade, Douala, avec des fresques, tableaux et sculptures.

1986 : exposition (I) 20 ans de peinture organisée par le CCF de Douala à l’Hôtel Méridien. Concours d’affiches du festival Jazz sous les Manguiers, Goethe Institut, Yaoundé. Décoration du mur de scène du Cabaret le Vieux Négre, Douala.

1987 : exposition Plénitude (I) : inauguration de la Galerie de l’Estuaire avec les oeuvres de Koko Komégné. Premier passage télévisé dans une chaîne étrangère. Exposition Regards pluriels (C) à la Galerie de l’Estuaire ; exposition Jazz on the Rock’s (I), au Mountain Hotel de et au Centre Culturel Français, Buéa; Koko est invité à décorer le bar du Mountain Hôtel lors de son passage. Finaliste du concours d’affiches RFI avec exposition en France et dans plusieurs capitales africaines. Décoration du Centre Universitaire de Dschang, commande d’Etat obtenue grâce à l’intermédiaire d’un cabinet d’architecte.

1988 : Exposition à l’occasion des journées portes-ouvertes de l’entreprise Strafor (I), Douala et Yaoundé simultanément ; Festival des Arts et de la Culture, 1ère édition (C). Poussé par sa famille à assurer une descendance, Koko, qui a ne s’est jusqu’alors consacré qu’à l’art, se marie.

1989 : Exposition Lassitude (I), à la La Tête de l’Art, restaurant de Douala offrant aux artistes un espace d’exposition ; Symphonie (I), Centre Culturel Français et Hôtel Arcade, Douala. L’Hôtel Hilton de Yaoundé choisit de décorer ses chambres avec des reproductions (lithographiques) des oeuvres de Koko.

1990 : Mod’Art (C), Maison du Parti, Douala; exposition Quintessence (I), aquarelles et gouaches, au Centre Culturel Français de Douala. Second mariage avec une femme de son village natal, qui lui donnera une fille. Après leur séparation, troisième mariage dont seront issus 4 enfants.

1992 : Le directeur du Centre Climatique de Dschang décore son établissement avec des oeuvres de Koko achetée à Douala. Exposition Spiritual Evolution (I), Centre Culturel Français de Douala. « C’est une démarche intellectuelle qui dure depuis 26 ans. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles je me considère un peu comme un musicien de jazz qui joue du saxo devant les rochers. Qui ne s’arrête pas pour attendre le public » (in Challenge Nouveau n°5, 09/11/1992). Art Venture, atelier de création plastique assistée par ordinateur, Doual’Art. Musiki, un triptyque de 4,50m sur 1,50m en plexiglas est installé Place de Dakar, Douala.

1993 : Exposition Lassitude (I), Galerie de l’Estuaire, Douala ; Peinture en direct (I), Hôtel Sawa, Douala ; Fluctuations (I), Graphics Système, Douala ; Variations plastiques (I), Immeuble Socar, Douala ; L’art au maximum (I), Hôtel Sawa, Douala et Hôtel Hilton, Yaoundé ; direction artistique de Doual’Art Pop’93 (C), atelier de création sur palissades de chantier au quartier Madagascar regroupant 25 artistes, Douala ; Cadavres exquis (C), Stade Mbappé Leppé, Douala ; membre du comité d’organisation du Festival National des Arts et de la Culture. Koko réalise la fresque du mur de scène et plusieurs tableaux pour le cabaret Phaco Club International, Douala et décore un mur du Restaurant Parfait Garden, Douala. Le bruit du silence, film réalisé par Thierry Cornier, production CCF Douala.

1994 : Exposition Fluctuations (I), Goethe Institut, Yaoundé ; Convergences plastiques (C), Centre Culturel Français de Douala ; Kwanza Holiday Black Expo (C), New-York, Etats-Unis. Réalisation de 2 fresques et de 5 tableaux pour la salle de réception du Central Hôtel, Yaoundé. Le travail de Koko est présenté dans de la Revue Noire, à l’occasion du n°13 consacré au Cameroun. Membre fondateur, à la demande des jeunes artistes, de l’association culturelle Kheops Club, qui regroupera une dizaine d’artistes. Kheops : construction pharaonique en symbole à la tache immense pour faire reconnaître la place de la peinture au Cameroun.

1995 : Koko présente la nouvelle génération des plasticiens de Douala (Joël Mpah Dooh, Blaise Bang, Salifou Lindou, Hervé Youmbi, Hervé Yamguen) à la galerie Mam, Douala lors de l’exposition collective « Tele Miso », qui signifie, en langue douala, « Ouvrez les yeux ! ». Exposition (C) à l’Ottakringer Museum, Autriche ; Afrique (C), Strasbourg, France. Direction artistique de l’atelier UPEMBA, association dédiée à la promotion de l’art. Dans l’idée de faire décorer ses hôtels du continent par des artistes africains, l’Hôtel Méridien, Douala passe commande à Koko. Il réalise 11 fresques, qui seront détruites quelques années plus tard suite à un changement de direction sans en informer l’artiste…

1996 : Exposition Pulsations (I), Espace Doual’Art ; Coup de coeur pour Plastic Connexion (C), Espace Doual’Art ; Sommet OUA (C), organisé par la Galerie Mam à l’Hôtel Hilton, Yaoundé.

1997 : Le Kwatt, atelier de création organisé par Doual’Art au quartier Makepe Petit-Pays à Douala ; expositons à Makepe et à l’Espace Doual’Art. Le travail de Koko est longuement présenté dans le film Loobhy, de G. Fontana, S. Njami et P.M. Tayou tourné au Cameroun fin 1997 et diffusé en septembre 1998 sur la chaîne franco-allemande Arte.Koko participe à un atelier international de création à Abidjan, Daro Daro. Il défraye la chronique et fait la une des médias, après avoir, à l’issue d’une soirée de discussion animée sur l’art, brûlé une de ses sculptures, affirmant que l’art n’est rien, une action hautement symbolique dans l’imaginaire de tout africain, car renvoyant à la notion de sacrifice. Pour Koko, faire de l’art pour devenir riche est inenvisageable, l’art allant au-delà de la matérialité, l’artiste étant dans une quête permanente de spiritualité. En octobre, Koko est victime d’un accident de la circulation ; il restera hospitalisé 4 mois.

1998 : exposition de sculptures à l’Espace Doual’Art : Quand saignent les masques (I) ; rencontre Entr’Artistes, atelier animé par Mariela Borello à l’Espace Doual’Art.

1999 : exposition Au-delà de l’image (C), Hôtel Parfait Garden, Douala.

2000 : Koko doit quitter son atelier de Bonadibong qu’il occupe depuis 22 ans. Débutent alors 4 années dans le quartier CCC où un cousin lui offre logis, loin de l’agitation qui a toujours entouré l’in..noctambule. Expositon Fragments (I), Goethe Institut, Yaoundé.

2001 : Koko est commissaire de l’exposition « Yann & Co » à l’atelier Viking, transformé pour l’occasion en espace d’exposition, qui présente toute la génération d’artistes plasticiens active à Douala. En découle une exposition collective à Paris organisé par son ami français Yann Quennec « Cameroon Connexion » (2003).Créateur et coordinateur de l’Atelier Squatt’art (C), quartier Bali, Douala : lieu inhabité, transformé en espace de création, qui regroupe 22 artistes : 1 semaine d’atelier / 1 semaine d’exposition offerte au public ; Sept des cents derniers jours du millénaire (C), Espace Doual’Art.

2002 : Expositon Sweet again (I), atelier Viking, Douala, dont le titre choisi par l’artiste marque sa reprise d’activité face à la critique qui le juge dépassé ; Squatt’art II (C), quartier Deïdo, Douala, avec 42 artistes. Réalisation de fresques pour le nouveau siège des assurances La Citoyenne, Douala.

2003 : Cameroon Connexion (C), galerie Pravda, Paris, France. L’Hôtel Sofitel Mont Fébé, Yaoundé fait placer 9O reproductions (lithographies) d’un tableau de Koko dans chacune des 90 chambres. Membre fondateur de la SOCADAP, Société des droits d’auteurs en Arts plastiques.

2004 : Art dans la rue, Exposition Koko+1 (I) à l’occasion de l’inauguration de la galerie Keuko, Douala ; The Last Pictures Show (C), Cercle municipal, Douala. Lauréat du prix « Artiste de l’année », Barbecue Xpo, Douala.

2005 : 1ère édition de la Biennale d’art DUTA : hommage à Koko Komégné, Douala ; Art Convention (C), inauguration de la galerie BC Arts, Douala ; The Last Pictures Show II (C), Cercle municipal, Douala, Impulsions (C), Djenga Palace, Yaoundé, avec les jeunes artistes qu’il a formé. Koko décore de 12 tableaux le Jet Hôtel, Douala.

2006 : 40 ans de peinture à l’Espace doual’art.

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SERGE EBALA
28 mai 2009, 11:15
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HENRI MESCHONNIC N’EST PLUS
16 avril 2009, 4:23
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HENRI MESCHONNIC

HENRI MESCHONNIC

Henri Meschonnic était attendu à la Rochelle au mois de mars dans le cadre du quatrième salon du livre de poésie de cette ville. Connaissant son oeuvre, j’étais content d’être également invité à cet événement. Car, je pensais que j’allais enfin pouvoir le rencontrer pour lui dire toute l’admiration que je lui portais. Retenu par maladie, il ne fera pas le déplacement. Je suis revenu en Afrique sans le voir et je viens d’avoir la douleur d’apprendre que cette maladie l’a emporté. Henri Meschonnic est mort, s’inscrivant par le fait même dans la liste des immortels.

EXTRAIT DE LA CELEBRATION DE L A POESIE PAR HENRI MESCHONNIC

« J’écris des poèmes, et cela me fait réfléchir sur le langage. En poète, pas en linguiste. Ce que je sais et ce que je cherche se mêlent. Et je traduis, surtout des textes bibliques. Où il n’y a ni vers ni prose, mais un primat généralisé du rythme, à mon écoute. La conjonction de ces trois activités a donné lieu pour moi à une certaine forme de pensée critique, à partir d’une transformation de la pensée traditionnelle du rythme à laquelle ont mené nécessairement ces trois activités, justement par leur conjonction. De là une critique générale des représentations du langage, et d’une carence de la pensée du langage dans la pensée contemporaine. L’importance de la critique a relativement occulté les poèmes, surtout dans la mesure de la résistance que cette pensée a suscitée. Vérification empirique que la pensée fait mal, et d’abord, socialement, à qui essaie de penser. Mais le poème, tel que je l’entends, transformation d’une forme de vie par une forme de langage et d’une forme de langage par une forme de vie, partage avec la réflexion le même inconnu, le même risque et le même plaisir, le même pied de nez aux idées reçues du contemporain. Puisqu’on n’écrit ni pour plaire ni pour déplaire, mais pour vivre et transformer la vie. »

Manifeste pour un parti du rythme
  Henri Meschonnic août/novembre 1999    Aujourd’hui j’ai besoin, pour être un sujet, vivre comme un sujet, de faire une place pour des poèmes. Une place. Ce que je vois autour de moi par la plupart appeler la poésie tend étrangement, insupportablement, à refuser une place, sa place, à ce que j’appelle un poème.
    Il y a, dans une poésie à la française, pour des raisons qui ne sont pas étrangères au mythe du génie de la langue française, l’institutionnalisation d’un culte rendu à la poésie qui produit une absence programmée du poème.
    Des modes, il y en a toujours eu. Mais cette mode exerce une pression, la pression de plusieurs académismes cumulés. Pression atmosphérique : l’air du temps.
    Contre cet étouffement du poème par la poésie, il y a une nécessité de manifester, de manifester le poème, une nécessité que ressentent périodiquement certains, pour faire sortir une parole étouffée par la puissance des conformismes littéraires qui ne font qu’esthétiser des schémas de pensée qui sont des schémas de société.
    Une idolâtrie de la poésie produit des fétiches sans voix qui se donnent et sont pris comme de la poésie.
    Contre toutes les poétisations, je dis qu’il y a un poème seulement si une forme de vie transforme une forme de langage et si réciproquement une forme de langage transforme une forme de vie.
    Je dis que c’est par là seulement que la poésie, comme activité des poèmes, peut vivre dans la société, faire à des gens ce que seul un poème peut faire et qui, sans cela, ne sauront même pas qu’ils se désubjectivent, qu’ils se déshistoricisent pour n’être plus eux-mêmes que des produits du marché des idées, du marché des sentiments, et des comportements.
    Au lieu que l’activité de tout ce qui est poème contribue, comme elle seule peut le faire, à les constituer comme sujets. Pas de sujet sans sujet du poème.
    Car si le sujet du poème manque aux autres sujets dont chacun de nous est la résultante, il y a à la fois un manque spécifique, et l’inconscience de ce manque, et ce manque atteint tous les autres sujets. Les treize à la douzaine des sujets que nous sommes. Et ce n’est pas le sujet freudien qui va vous sauver. Ou qui va sauver le poème.
    Seul le poème peut unir, tenir l’affect et le concept en une seule bouchée de parole qui agit, qui transforme les manières de voir, d’entendre, de sentir, de comprendre, de dire, de lire. De traduire. D’écrire.
    En quoi le poème est radicalement différent du récit, de la description. Qui nomment. Qui restent dans le signe. Et le poème n’est pas du signe.
    Le poème est ce qui nous apprend à ne plus nous servir du langage. Il est seul à nous apprendre que, contrairement aux apparences et aux coutumes de pensée, nous ne nous servons pas du langage.
    Ce qui ne signifie pas, selon une réversibilité mécanique, que le langage se sert de nous. Ce qui, curieusement, aurait davantage de pertinence, à condition de délimiter cette pertinence, de la limiter à des manipulations types, comme y procèdent couramment la publicité, la propagande, le tout-communication, la non-information, et toutes les formes de la censure. Mais alors ce n’est pas le langage qui se sert de nous. C’est les manipulateurs, qui agitent les marionnettes que nous sommes entre leurs mains, c’est eux qui se servent de nous.
    Mais le poème fait de nous une forme-sujet spécifique. Il nous pratique un sujet que nous ne serions pas sans lui. Cela, par le langage. C’est en ce sens qu’il nous apprend que nous ne nous servons pas du langage. Mais nous devenons langage. On ne peut plus se contenter de dire, sinon comme un préalable, mais si vague, que nous sommes langage. Il est plus juste de dire que nous devenons langage. Plus ou moins. Question de sens. De sens du langage.
    Mais seul le poème qui est poème nous l’apprend. Pas celui qui ressemble à la poésie. Toute faite. D’avance. Le poème de la poésie. Lui, il ne rencontre que notre culture. Variable, aussi. Et dans la mesure où il nous trompe, en se faisant passer pour un poème, c’est un nuisible. Car il brouille à la fois notre rapport à nous-mêmes comme sujet et notre rapport à nous-mêmes en train de devenir langage. Et les deux sont inséparables. Ce produit tend à faire et refaire de nous un produit. Au lieu d’une activité.
    C’est pourquoi l’activité critique est vitale. Pas destructrice. Non, constructrice. Constructrice de sujets.
    Un poème transforme. C’est pourquoi nommer, décrire ne valent rien au poème. Et décrire est nommer. C’est pourquoi l’adjectif est révélateur. Révélateur de la confiance au langage, et la confiance au langage nomme, elle ne cesse de nommer. Regardez les adjectifs.
    C’est pourquoi célébrer, qui a tant été pris pour la poésie, est l’ennemi du poème. Parce que célébrer, c’est nommer. Désigner. Égrener des substances selon le chapelet du sacré pris pour la poésie. En même temps qu’accepter. Non seulement accepter le monde comme il est, l’ignoble « je n’ai que du bien à en dire » de Saint-John Perse, mais accepter toutes les notions de la langue à travers lesquelles il est représenté. Le lien impensé entre le génie du lieu et le génie de la langue.
    Un poème ne célèbre pas, il transforme. C’est ainsi que je prends ce que disait Mallarmé: « La Poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence: elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle ». Là où certains croient que c’est du démodé.
    Pour le poème, j’en retiens le rôle majeur du rythme dans la constitution des sujets-langage. Parce que le rythme n’est plus, même si certains délettrés ne s’en sont pas aperçus, l’alternance du pan-pan sur la joue du métricien métronome. Mais le rythme est l’organisation-langage du continu dont nous sommes faits. Avec toute l’altérité qui fonde notre identité. Allez, les métriciens, il vous suffit d’un poème pour perdre pied.
    Parce que le rythme est une forme-sujet. La forme-sujet. Qu’il renouvelle le sens des choses, que c’est par lui que nous accédons au sens que nous avons de nous défaire, que tout autour de nous se fait de se défaire, et que, en approchant cette sensation du mouvement de tout, nous-mêmes sommes une part de ce mouvement.
    Et si le rythme-poème est une forme-sujet, le rythme n’est plus une notion formelle, la forme elle-même n’est plus une notion formelle, celle du signe, mais une forme d’historicisation, une forme d’individuation. À bas le vieux couple de la forme et du sens. Est poème tout ce qui, dans le langage, réalise ce récitatif qu’est une subjectivation maximale du discours. Prose, vers, ou ligne.
    Un poème est un acte de langage qui n’a lieu qu’une fois et qui recommence sans cesse. Parce qu’il fait du sujet. N’arrête pas de faire du sujet. De vous. Quand il est une activité, pas un produit.
    Manière plus rythmique, plus langage, de transposer ce que Mallarmé appelait « authenticité » et « séjour ». Séjour, terme encore trop statique pour dire l’instabilité même. Mais « la seule tâche spirituelle », oui, je dirais encore oui, dans ce monde emporté par la vulgarité des conformismes et le marché du signe, ou alors renoncer à être un sujet, une historicité en cours, pour n’être qu’un produit, une valeur d’échange parmi les autres marchandises. Ce que la technicisation du tout-communication ne fait qu’accélérer.
    Non, les mots ne sont pas faits pour désigner les choses. Ils sont là pour nous situer parmi les choses. Si on les voit comme des désignations, on montre qu’on a l’idée la plus pauvre du langage. La plus commune aussi. C’est le combat, mais depuis toujours, du poème contre le signe. David contre Goliath. Goliath, le signe.
    C’est pourquoi aussi je crois qu’on a tort de rattacher encore et toujours, chez Mallarmé, « l’absente de tous bouquets » à la banalité du signe. Le signe absence des choses. Surtout quand on l’oppose à la « vraie vie » de Rimbaud. On reste dans le discontinu du langage opposé au continu de la vie. Mallarmé savait, lui, que sur une pierre « les pages se refermeraient mal ».
    C’est ici que le poème peut et doit battre le signe. Dévaster la représentation convenue, enseignée, canonique. Parce que le poème est le moment d’une écoute. Et le signe ne fait que nous donner à voir. Il est sourd, et il rend sourd. Seul le poème peut nous mettre en voix, nous faire passer de voix en voix, faire de nous une écoute. Nous donner tout le langage comme écoute. Et le continu de cette écoute inclut, impose un continu entre les sujets que nous sommes, le langage que nous devenons, l’éthique en acte qu’est cette écoute, d’où une politique du poème. Une politique de la pensée. Le parti du rythme.
    De là le dérisoire dans la reprise indéfiniment par des poètes du poétisme tour d’ivoire, chez Hölderlin, de « l’homme habite [ou vit] poétiquement sur cette terre – dichterisch wohnt der Mensch auf dieser Erde« , un Hölderlin passé par l’essentialisation Heidegger, où se situe un pseudo-sublime à la mode. Non, bien sûr. L’homme vit sémiotiquement sur cette terre. Plus que jamais. Et ne pas croire que je m’en prends à Hölderlin. Non, je m’en prends à l’effet Hölderlin, ce n’est pas la même chose. À l’essentialisation en chaîne du langage, du poème (avec le néo-pindarisme qui en sort, et qui est à la mode), et l’essentialisation de l’éthique et du politique.
    Le poétisme est l’alibi et le maintien du signe. Avec sa citation-cliché de rigueur, le moulin à prière de la poétisation : « et pourquoi des poètes en un temps de misère – und wozu Dichter in dürftiger Zeit?« .
    C’est – eh oui, c’est comme ça – contre cela qu’il faut du poème, encore du poème, toujours du poème. Du rythme, encore du rythme, toujours du rythme. Contre la sémiotisation généralisée de la société. À quoi quelques poètes ont cru, ou ils font semblant, échapper par le ludique. L’amour de la poésie, au lieu du poème. Creusant leur fosse avec leurs rimes. Misère poétique plus que temps de misère.
    Il y a à penser la clarté du poème. D’où l’enjeu, dans la nécessité de dégager Mallarmé des interprétations qui continuent de le rabattre sur le signe, en isolant depuis quarante ans toujours les mêmes mots, la « disparition élocutoire du poète ». Mais jamais « le poème, énonciateur ». Mallarmé-symptôme. Réduit seulement à des affaires de sens. Ce qui permet de continuer à le voir comme un poète difficile, le poète du difficile. L’obscur. Aucun changement, ou si peu, depuis Max Nordau. Toujours les imbéciles du présent.
    En rabattant Mallarmé sur son époque. Doublement enfermé, Mallarmé : dans le signe, et dans le symbolisme. Vieillerie, « l’explication orphique de la Terre ». Le moyen complaisant de continuer à ne pas penser le poème. Tout en sacralisant la poésie.
    L’enjeu, à faire entendre l’oralité et la clarté de Mallarmé, c’est le poème. Contre la sottise savante du signe.
    L’enjeu du suggérer contre le nommer comme un universel du poème. Donc un universel du langage. On ne peut pas être plus clair, comme il disait : « travailler avec mystère en vue du plus tard ou de jamais ».
    Alors, au contraire de ceux qui ne croient plus au mot de Mallarmé sur « l’explication orphique de la Terre », et sans perdre davantage de temps avec quelques descriptivistes énumérateurs de noms de villes, je dirais que le poème, le plus petit poème, une copla espagnole, est la relève du défi reporté, éludé dans la non-réalisation par Mallarmé de son « Livre », en essentialisant la poésie, au lieu d’entendre les formes indéfiniment renouvelées de l’ »Odyssée moderne » chez Mallarmé même, dans ce qu’il a écrit plutôt que dans ce qu’il n’a pas écrit, et dans toutes les voix qui ont été leur propre voix.
    Parce que, à chaque voix, Orphée change, et recommence. Une Odyssée recommence. Il faut l’entendre, hommes de peu de voix.
    Avec un poème, ce n’est pas une voyance qui est à l’œuvre, comme toute une tradition poétique d’abord, poétisante ensuite, l’a cru. Mais « le seul devoir du poète », pour repartir de Mallarmé, car d’abord il y en a un, et seul le poème peut nous donner ce qu’il est seul à faire, c’est l’écoute de tout ce qu’on ne sait pas qu’on entend, de tout ce qu’on ne sait pas qu’on dit et de tout ce qu’on ne sait pas dire, parce qu’on croit que le langage est fait de mots.
    Orphée a été un des noms de l’inconnu. Une erreur grossière et commune est de le croire accroché au passé. Au lieu que ce qu’il désigne continue en chacun de nous.
    Et l’Odyssée, l’ »Odyssée moderne » dont parle Mallarmé, une autre erreur grossière a été, et est encore, de la confondre avec les voyages et leurs récits, avec la décalcomanie des épopées et de l’idée reçue qu’on en avait. Autant confondre le monumental et le surdimensionné. Le poème montre que l’odyssée est dans la voix. Dans toute voix. L’écoute est son voyage.
    Et si l’écoute est le voyage de la voix, alors s’abolit l’opposition académique entre le lyrisme et l’épopée. Autant que la définition, déjà prise par Poussin à un Italien du XVIème siècle, avant d’être redite par Maurice Denis, de la peinture comme « des couleurs en un certain ordre assemblées » annule d’avance l’opposition entre le figuratif et l’abstrait.
    Reste seulement : c’est de la peinture, ou ce n’est pas de la peinture. Comme Baudelaire disait déjà. C’est un poème, ou ce n’est pas un poème. Ça ressemble. Ça fait tout pour y ressembler. Ressembler à la poésie. Ressembler à de la pensée. Car il y a un poème de la pensée, ou alors il n’y a que du simili. Du maintien de l’ordre.
    Oui, en un sens nouveau, tout poème, s’il est un poème, une aventure de la voix, non une reproduction variable de la poésie du passé, a de l’épopée en lui. Et laisse au musée des arts et traditions du langage la notion de lyrisme que quelques contemporains ont tenté de remettre au goût du jour, en lui faisant dire un chapelet de traditionalismes : les confusions entre le je et le moi, entre la voix et le chant, entre le langage et la musique, dans une commune ignorance du sujet du poème. Confusions, il est vrai, que le passé même de la poésie a contribué à faire naître.
    Mais le poème fait signe de vie. Ce qui lui ressemble, parce qu’il veut avoir la poésie, en avoir l’air sinon en avoir l’être, fait signe de livre.
    Conséquence : cette opposition retrouve celle qu’on fait d’ordinaire entre la vie et la littérature. Et un poème est ce qui s’oppose le plus à la littérature. Au sens du marché du livre. Un poème se fait dans la réversibilité entre une vie devenue langage et un langage devenu de la vie.
    Hors du poème abonde le n’importe quoi des prétentionnismes, ces montages qui continuent de répéter le contresens si répandu sur la phrase de Rimbaud : « Il faut être absolument moderne ». Décidément, rien de plus actuel que le « Je rétorquerai devant l’agression que des contemporains ne savent pas lire », de Mallarmé. Encore l’imbécile du présent qui parle, dans ce contresens. Le même qui est l’imbécile du langage.
    Un poème est fait de ce vers quoi on va, qu’on ne connaît pas, et de ce dont on se retire, qu’il est vital de reconnaître.
    Pour un poème, il faut apprendre à refuser, à travailler à toute une liste de refus. La poésie ne change que si on la refuse. Comme le monde ne change que par ceux qui le refusent.
    Dans mes refus je mets : non au signe et à sa société. Non à cette pauvreté boursouflée qui confond le langage et la langue, et ne parle que de la langue sans savoir ce qu’elle dit, d’une mémoire de la langue, comme si la langue était un sujet, et d’un rapport d’essence de l’alexandrin au génie de la langue française. N’oubliez pas de respirer toutes les douze syllabes. Ayez le cœur métrique. Mythologie qui n’est sans doute pas étrangère au retour joué par le ludique à la mode de la versification académique. Et si c’était pour faire rire, c’est raté. Déjà Aristote avait reconnu ceux qui écrivent en vers pour cacher qu’ils n’ont rien à dire.
    Non au consensus-signe, dans la sémiotisation généralisée de la communication-monde.
    Non on ne va pas aux choses. Puisqu’on n’arrête pas de les transformer ou d’être transformé par elles, à travers le langage.
    Non à la phraséologie poétisante qui parle d’un contact avec le réel. À l’opposition entre la poésie et le monde extérieur. Qui ne mène qu’à parler de. Énumérer. Décrire. Nommer encore. Ce n’est pas le monde qui est là, c’est le rapport au monde. Et ce rapport est transformé par un poème. Et l’invention d’une pensée est ce poème de la pensée.
    Non la poésie n’est pas dans le monde, dans les choses. Contrairement à ce que des poètes ont dit. Imprudence de langage. Elle ne peut être que dans le sujet qui est sujet au monde et sujet au langage comme sens de la vie. On avait confondu le sentiment des choses et les choses elles-mêmes. Cette confusion entraîne à nommer, à décrire. Naïveté vite punie. La preuve, s’il en fallait, que la poésie n’est pas dans le monde, c’est que les non-poètes y sont comme les poètes, et n’en font pas un poème. Un cheval fait le tour du monde et reste un cheval.
    Vivre ne suffit pas. Tout le monde vit. Sentir ne suffit pas. Tout le monde est sensible. L’expérience ne suffit pas. Le discours sur l’expérience ne suffit pas. Pour qu’il y ait un poème.
    Non à l’illusion que vivre précède écrire. Que voir le monde modifie le regard. Quand c’est le contraire: l’exigence d’un sens qui n’y est pas, et la transformation du sens par tous les sens qui change notre rapport au monde.
    Si vivre précède écrire, la vie n’est que la vie, l’écriture n’est que littérature. Et ça se voit. Du moins il faut apprendre à le reconnaître. L’enseignement devrait servir à ça.
    Non au voir pris pour entendre. Des poètes ont cru qu’ils parlaient de la poésie en misant tout sur le voir, le regard. Manque de sens du langage. Les révolutions du regard sont des effets, non des causes. Une manière de parler qui masque son propre impensé. L’opposition forte passe entre la pensée par idées reçues, et penser sa voix, avoir la voix dans sa pensée.
    Non au rimbaldisme qui voit Rimbaud-la poésie dans son départ hors du poème.
    Non quand on oppose intérieur et extérieur, l’imaginaire et le réel, cette évidence apparemment indiscutable. Elle empêche de penser que nous ne sommes que leur rapport.
    Non à la métaphore prise pour la pensée des choses, quand elle n’est qu’une façon de tourner autour, le joli, au lieu d’être la seule manière de dire.
    Non à la séparation entre l’affect et le concept, ce cliché du signe. Qui ne fait pas seulement le simili-poème, mais la simili-pensée.
    Non à l’opposition entre individualisme et collectivité, cet effet social du signe, cet impensé du sujet, donc du poème, qui tourne à la littérature, à la poésie comme jeu de société, cette rengaine ringarde du renga – ces prétendus poèmes qu’on fait à plusieurs.
    Non à la confusion entre subjectivité, cette psychologie, où le lyrisme reste pris, ces mètres qu’on fait chanter, et la subjectivation de la forme-sujet qu’est le poème.
    Non, non quand on oppose, si commodément, la transgression à la convention, l’invention à la tradition. Parce qu’il y a, depuis longtemps, un académisme de la transgression comme il y a un académisme de la tradition. Et parce que, dans les deux cas, on oppose le moderne au classique, en mêlant le classique au néo-rétro-, et dans les deux cas on a méconnu le sujet du poème, son invention radicale qui de tout temps a fait le poème, et qui renvoie ces oppositions à leur confusion, à leur impensé, que masque le péremptoire du marché.
    Non aussi à la facilité qui oppose le facile et le difficile, la transparence à l’obscurité, aux clichés sur l’hermétisme. Le signe y est pour beaucoup, qui irrationalise son propre impensé, qu’il rend en effet obscur. C’est sa clarté qui est obscure. Comme la clarté française. Mais le poème, on ne lui refait pas ce vieux coup.
    Non à la poésie comme visée du poème, puisque aussitôt c’est une intention. De poésie. Qui ne peut donc donner que de la littérature. La poésie de poésie n’étant pas plus de la poésie que le sujet philosophique n’est le sujet du poème.
    Manifester n’est pas donner des leçons, ni prédire. Il y a un manifeste quand il y a de l’intolérable. Un manifeste ne peut plus tolérer. C’est pourquoi il est intolérant. Le dogmatisme mou, invisible, du signe, ne passe pas, lui, pour intolérant. Mais si tout en lui était tolérable, il n’y aurait pas besoin de manifeste. Un manifeste est l’expression d’une urgence. Quitte à passer pour incongru. S’il n’y avait pas de risque, il n’y aurait pas non plus de manifeste. Le libéralisme ne montre pas qu’il est l’absence de liberté.
    Et un poème est un risque. Le travail de penser aussi est un risque. Penser ce qu’est un poème. Ce qui fait qu’un poème est un poème. Ce que doit être un poème pour être un poème. Et une pensée pour être de la pensée. Cette nécessité, penser inséparablement la valeur et la définition. Penser cette inséparation comme un universel du poème et de la pensée. Leur historicité, qui est leur nécessité.
    Même si cette pensée est particulière, elle a par principe toujours eu lieu dans une pratique, elle sera nécessairement vraie toujours. Elle n’est donc nullement une leçon pour ce qu’on appelle le siècle à venir. Pas plus que le bilan académique du siècle. Cet effet de langage, l’effet-temporalité du signe. Le discontinu du siéclisme.
    En somme, le poème manifeste et il y a à manifester pour le poème le refus de la séparation entre le langage et la vie. La reconnaître comme une opposition non entre le langage et la vie, mais entre une représentation du langage et une représentation de la vie. Ce qui resitue l’interdit prétendu d’Adorno (qu’il est barbare et impossible d’écrire des poèmes après Auschwitz), que certains pensent inverser en faisant jouer ce rôle d’inverseur à Paul Celan, alors qu’ils demeurent dans le même impensé, que montrait Wittgenstein par l’exemple de la douleur. Elle ne peut pas se dire. Mais justement un poème ne dit pas. Il fait. Et une pensée intervient.
    Ces refus, tous ces refus sont indispensables pour que vienne un poème. À l’écriture. À la lecture. Pour que vivre se transforme en poème. Pour qu’un poème transforme vivre.
    Le comble, dans ce qui prend des airs de paradoxe, c’est qu’il n’y est question que de truismes. Mais méconnus. C’est le comique de la pensée.
    Mais c’est seulement par ces refus, qui sont les battements de la pensée, pour respirer dans l’irrespirable, que toujours il y a eu des poèmes. Et qu’une pensée du poème est nécessaire au langage, à la société.



CHANSON POUR OLERON
5 avril 2009, 10:19
Filed under: DU HAUT DE L'HELICON

Et puis il a fallu partir

Perdre mon ancrage

Au sol solide du terroir

Traverser l’énorme rature

Du dernier cordon policier

Et plus haut que les oiseaux

Plus haut que les nuages

S’envoler dans la nuit profonde

 

Yaoundé

Douala

Tamanrasset

Musiques arabes

Et au petit  matin

Aéroport Mohamed V

Cordon policier

Et l’attente

Toute une journée

A poireauter là

A lécher les vitrines de l’espoir

A tourner

               et retourner

                                 des

                                       araberies

Vendues à prix d’or

Aux doux benêts de passage

 

Soudain

Au crépuscule du soir

La Méditerranée

Le ciel d’Espagne

Un petit somme pour tuer le temps

Et Bordeaux qui fait le gros dos

Dans la nuit lumineuse de France

Cordon policier

Et 

le

soleil

des

retrouvailles

dans

la

neige

et

la

grisaille

L’assonance renouvelée d’une amitié rupestre

Et sur les routes de

France fouettées de vents froids

D’étranges geysers

Multiplient les codes de l’amitié

Cependant qu’une irrésistible nuit

Caresse les marais salants

De la campagne oléronaise

Qui me salue comme les sorciers d’Afrique

 

Whisky

Café

Cacahuètes

Et le lendemain

Champagne

Huîtres

Crevettes

Crabes

Escargots

Et le soleil du sourire de Claude

Et Simon revenu de la caserne des pompiers

Et Jolan sur son ordinateur

Et un fin crachin toute la journée

Et le vent glacial du large

 

Je te salue

Pays de Marennes Oléron

Je te salue comme en Afrique on salue les vieux potes

Je te salue dans la déroute du dépaysement

Du haut du fort de Brouage

Où je pense à mon Afrique dans la poussière

Et toi Saint Pierre

Que dans l’ivresse de l’homonymie

Je garderai longtemps comme un doux secret

Et Grand Village où sur la grève grenelée

J’ai laissé mon cœur

Pour marquer mon passage

 

J’emporte les galets de Saint Trojan

Pour plaider en faveur des prochaines amours

Heureusement 

Le jour émerge du songe solennel

Où ma douloureuse traversée

S’achète comme une espérance rebelle

 

Que dire de toi

Nieulle sur Seudre

Où les assises plénières du village

Arpentent d’anciennes marches de l’instant

Et ruminent en-dedans

Tout l’espoir d’une jeunesse attentive

Je t’offre en images affriquées

Mon Afrique multiple et délabrée

Où les trafics d’anciens négriers

Ont écrit des pages sauvages

Sous l’œil complaisant des photographes

Et des curés

Je t’offre des filles fangs du Gabon

Des filles de Kaolack et de Nouakchott

Quelques mômes de Mombassa

Des princesses nues du lac Kivu

Qui leurs bustes généreux

Montrent en signe de capitulation

 

Je te salue en passant

Ville de Marennes

Quand je reviendrai de La Rochelle

Je me ferai le devoir de te revoir

J’irai à l’endroit exact

Où la Seudre cligne de l’œil

En ruminant la rumeur de la Cayenne

Et te dirai au creux de l’oreille

Mon Afrique dans la merde et la mort

Et que j’aime

 

Il mouille

A présent près de la plage

Je retourne patoiser avec les mimosas

Qui seuls comprennent le verlan des baignassouts

Il y a dans le bistrot d’en face

Un blanc qui double son café

Pour

le

prix

de

dix

kilos

sur

les

marchés

d’Afrique

 

Au rond-point d’un carrefour tréflé

Un sarment fait serment pour le prochain été

De donner du pineau en pagaille

Tandis qu’une rombière

Passe en se donnant des grands airs

Elle traîne en laisse un beau chien de race

Sans se douter de l’extrême parenté

Qui nous lie

Et nous angoisse encore plus

Par cela même

 

Le temps s’attarde tant

Tout près du rêve de Paul Coban

Que débordant d’éternité

La boutique de poésie

Calligraphie en alexandrins sublimes

L’impasse du docteur Delteil

Il y a ici

Toute une vie à remailler

Loin des batailles de la racaille

Et de la rocaille des chemins

C’est vrai Paul

La poésie n’est pas faite pour la canaille

Ni la pagaille néolibérale d’ailleurs

 

Tout près du marais aux oiseaux

Les chevaux profanent

La beauté de l’éphémère

Et vocifèrent des banalités du canton

Tandis que les mouettes tiennent conseil

Dans l’extase du soleil retrouvé

 

Le dos tourné vers le dernier hivernage

Toute la campagne ostréicole du Château

Multiplie des jurons en patois local

Et moi

Pliant genou sur l’hilarité de la rue

Je ramasse du songe reconverti

En menue monnaie d’espoir

Et ressasse aux mouettes muettes de passage

L’éternité d’une nostalgie

Se frayant chemin

Dans la banalité du perpétuel

Où j’achète tout de même un briquet

 

Au Bois de la Martière

Le Cameroun qui persiste en moi

S’exclame en boulou

S’il fait beau temps demain

Nous irons pique-niquer à la Cotinière

A l’endroit précis où

L’océan reprend à son compte

La peur de l’étrange

Ou peut-être de l’étranger

Et cède à l’injure devant tant d’anxiété

 

Il y a du côté de Boyardville

Un site que je ne verrai jamais

Que si je revenais à Oléron

Et c’est pareil pour Saint Georges

Et Saint Denis

Et Chassiron

Où près de l’océan et les fantômes

De tous ceux qui ont péri en mer

Le phare m’attend en fanfare

 

Médusée comme jamais auparavant

La mer reprend les rênes de sa destinée

Et s’agrippe au mors du vent

Pour aller sans portulan ni boussole

Sur les côtes américaines

Lever gabelle

 

Ô rêves justes s’ajustant à la Rue de la Justice

Me voici à Saint Pierre

A une enseigne oubliée

Où je fais le décompte de mes faillites

Et pourtant

Depuis que j’ai traversé le pont bleu

Le ciel se mire dans mes yeux

Et s’exclame en silence

Pour ne pas déranger les chevreuils

 

Sans arrogance ni extravagance

La ville écrit en majuscules

Toutes les lettres du mot beau

Et s’offre à ma soif de saveurs d’ailleurs

 

Empêtré dans l’ivresse du dépaysement

A la margelle d’un jour qui tire sa révérence

Le soleil fait la nique à l’hivernage finissant

 

Il y a du côté de Saint-Just-Luzac

Un homme que je n’oublierai jamais

Il parle d’une voix grave

Et chuchote en fumant des choses chouettes

A son vieux chien qui perd des poils

 

Un futur abrupt déjà dessine le retour

La nuit écrit en lettres majuscules

Le dernier couplet de la chanson pour Oléron

L’île me subjugue comme une femme aimée

 

 

SOUS LA BOUTIQUE DE POESIE DE PAUL COBAN

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