Pic’Art de l’Assoumière


TOUA EWODO MARIE CLAIRE : La vie comme elle va
19 août 2008, 1:39
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Marie Claire Toua Ewodo travaille actuellement au ministère de la santé publique au Cameroun et termine une formation de réalisatrice au CFPA de Yaoundé. Son oeuvre poétique est auréolée du prix panafricain Antoine François Assoumou gagné en novembre 1994 avec un poème intitulé être femme. Dans le discours qu’elle a prononcé à cette occasion, elle a dit :

«Depuis que j’ai fait de la poésie une manière d’être femme, une obsession m’habite : celle de soumettre le monde à la douce discipline de l’amour et de la fraternité. Pour l’artiste que je suis et que je voudrais rester toute ma vie, c’est une question de vie ou de mort. Voilà pourquoi, avec tout le piment de mes entrailles, je célèbre la vie dans ma poésie. En effet, j’écris d’abord pour vivre, ensuite pour mériter de vivre et enfin pour susciter la vie partout où elle se meurt.»

Cet extrait résume de façon très significative l’idéologie qui sous-tend l’œuvre poétique de cette femme dont l’action procède comme le dit encore “de l’obstination tenace à croire à un rêve et de l’entêtement fougueux à vouloir absolument partager mes rêves, même les plus rêves”. Marie-Claire Toua Ewodo développe depuis dix neuf ans son œuvre à côté d’un poète à qui elle est liée par le mariage. Recueil inédit : La vie comme elle va.


ETRE FEMME

Oh!

Etre femme.

S’ouvrir à l’autre

Avec la générosité de la terre.

Offrir son ventre

A la graine d’où germe la vie,

Et tel un oranger,

Donner à l’univers les fruits de son amour.

Tenir entre les mains

Le destin des peuples dont la pédagogie nous échoit.

A la sève de sa mamelle,

Nourrir le fruit anthropoïde de l’arbre primordial.

Eclairer le premier pas de l’homme dans le monde.

Etre Femme, mère et épouse, quelle ivresse!


LA GRASSE MATINEE

La vie chante ce matin

Un chant de sédition

Le même que mes ancêtres bantous

Chantaient à chaque expédition

Toute la ville fait des ablutions

Moi je voudrais rester au lit

Malgré les draps qui m’expulsent

Je voudrais rester dans mes songes

Dans les bras profonds

Du preux qui reviendra demain

Moi je ne voudrais pas me lever

Je voudrais rester dans mes draps

Et le bras absents

De mon alpiniste qui reviendra


QUE SAIS-TU

Tu me plains

Mais que sais-tu du destin

Hormis la mort

Que tu imagines lointaine

Que sais-tu des affres

De la nuit prochaine

Que sais-tu des noces

De la terre et de la vie

Moi je suis sonnée

Comme un sonnet

Malheureux de son propre processus

Mais la profondeur du Léthé

Me guérira de l’été

Si torride des rides


UN POEME POUR GUERIR

Je viens d’écrire un poème

Je me sens si légère

J’ai guéri d’un mal atroce

Un mal qui la gorge me serrait

Je viens d’écrire un poème

Je suis légère et guérie

Du mal qui me brûlait les tripes

Et branlait ma main

Je suis épuisée et heureuse

Comme toutes les fois que mon preux

Rentre de la montagne

Je viens d’écrire un poème

Et vais pouvoir dormir

J’ai la culotte mouillée