Marie Claire Toua Ewodo travaille actuellement au ministère de la santé publique au Cameroun et termine une formation de réalisatrice au CFPA de Yaoundé. Son oeuvre poétique est auréolée du prix panafricain Antoine François Assoumou gagné en novembre 1994 avec un poème intitulé être femme. Dans le discours qu’elle a prononcé à cette occasion, elle a dit :
«Depuis que j’ai fait de la poésie une manière d’être femme, une obsession m’habite : celle de soumettre le monde à la douce discipline de l’amour et de la fraternité. Pour l’artiste que je suis et que je voudrais rester toute ma vie, c’est une question de vie ou de mort. Voilà pourquoi, avec tout le piment de mes entrailles, je célèbre la vie dans ma poésie. En effet, j’écris d’abord pour vivre, ensuite pour mériter de vivre et enfin pour susciter la vie partout où elle se meurt.»
Cet extrait résume de façon très significative l’idéologie qui sous-tend l’œuvre poétique de cette femme dont l’action procède comme le dit encore “de l’obstination tenace à croire à un rêve et de l’entêtement fougueux à vouloir absolument partager mes rêves, même les plus rêves”. Marie-Claire Toua Ewodo développe depuis dix neuf ans son œuvre à côté d’un poète à qui elle est liée par le mariage. Recueil inédit : La vie comme elle va.
ETRE FEMME
Oh!
Etre femme.
S’ouvrir à l’autre
Avec la générosité de la terre.
Offrir son ventre
A la graine d’où germe la vie,
Et tel un oranger,
Donner à l’univers les fruits de son amour.
Tenir entre les mains
Le destin des peuples dont la pédagogie nous échoit.
A la sève de sa mamelle,
Nourrir le fruit anthropoïde de l’arbre primordial.
Eclairer le premier pas de l’homme dans le monde.
Etre Femme, mère et épouse, quelle ivresse!
LA GRASSE MATINEE
La vie chante ce matin
Un chant de sédition
Le même que mes ancêtres bantous
Chantaient à chaque expédition
Toute la ville fait des ablutions
Moi je voudrais rester au lit
Malgré les draps qui m’expulsent
Je voudrais rester dans mes songes
Dans les bras profonds
Du preux qui reviendra demain
Moi je ne voudrais pas me lever
Je voudrais rester dans mes draps
Et le bras absents
De mon alpiniste qui reviendra
QUE SAIS-TU
Tu me plains
Mais que sais-tu du destin
Hormis la mort
Que tu imagines lointaine
Que sais-tu des affres
De la nuit prochaine
Que sais-tu des noces
De la terre et de la vie
Moi je suis sonnée
Comme un sonnet
Malheureux de son propre processus
Mais la profondeur du Léthé
Me guérira de l’été
Si torride des rides
UN POEME POUR GUERIR
Je viens d’écrire un poème
Je me sens si légère
J’ai guéri d’un mal atroce
Un mal qui la gorge me serrait
Je viens d’écrire un poème
Je suis légère et guérie
Du mal qui me brûlait les tripes
Et branlait ma main
Je suis épuisée et heureuse
Comme toutes les fois que mon preux
Rentre de la montagne
Je viens d’écrire un poème
Et vais pouvoir dormir
J’ai la culotte mouillée