Pic’Art de l’Assoumière


ECRIRE DE L’ASSOUMIERE
11 août 2008, 10:39
Classé dans : L'USURE DU QUOTIDIEN | Mots-clefs: ,

Depuis un mois, l’écrivain centrafricain Benoit Kongbo est en résidence d’écriture à l’Assoumière. Son roman pourrait s’intituler C’est si triste de ne pouvoir te haïr, un vers du poète Anne Cillon Perri extrait de son poème intitulé AÏCHA.
Il se couche après le retour du soleil et travaille toute la nuit en consommant force quantité de café. Certains soirs, il préfère aller sur la plus haute montagne de Yaoundé pour regarder la ville d’en-haut (au propre comme au figuré).


Arrivé de Bangui par grumier, Benoît Kongbo se souvient particulièrement de l’étape où il a voyagé sur les billes de bois.



RETOUR DE BANGUI
9 août 2008, 9:17
Classé dans : CHOSES VUES | Mots-clefs: , , , , , ,

La loge poétique de l’Assoumière est en fait un coin de ma chambre encombré d’objets de culte aussi surprenants qu’un ordinateur, tous les mecs du collège de pataphysique, quelques variations sur les dernières contraintes oulipiennes et le récent livre de Michel Deguy. Des auteurs comme Ariane Dreyfus, Emmanuel Moses, Claude Esteban, Paul Louis Rossi et Jacques Roubaud entretiennent le mystère de cet espace sacré. Une fenêtre ouverte sur le délabrement d’une modernité qui appréhende le progrès en fonction de la quantité de forêt saccagée au profit des ouvrages en béton laisse voir le mont Eloumnden dont les flancs sont couverts d’une verte toison arbustive qui, sans aucune cesse, interpelle ma paresse. Car depuis bientôt dix ans que j’ai emménagé dans ce quartier de Yaoundé, j’ai toujours remis à plus tard le jour où à mon tour, j’irai violer la virginité de ce lieu alpin.

J’ai quitté l’Assoumière aux premières heures du matin pour un voyage qui n’allait réellement commencer qu’à l’aéroport international de Douala où j’occupe les heures d’attente à lécher des vitrines. Quelques babioles m’attirent. Je renonce à les acheter parce qu’elles coûtent la peau du cul. Pour les mêmes raisons, je renonce à acheter une bouteille d’eau minérale vendue à cinq fois son prix normal.

Le soleil est au zénith et ma soif à son comble lorsque l’avion de la compagnie d’un pays voisin est annoncé. Il est plein et encombré comme un taxi de brousse. Mon bagage à main est envoyé à la soute dans un contexte où les passagers alignant parfois jusqu’à quatre gros sacs chacun ont rempli la cabine.

Nous survolons les marécages de Douala, la Dibamba, la Sanaga, Port Gentil et les hauts plateaux Batéké avant de nous poser sur Maya-Maya, l’aéroport international de Brazzaville. Une heure plus tard, le ciel du Congo. Nous survolons le fleuve éponyme de ce pays. Je n’arrête pas de penser à Sony Labou Tansi, à Tchicaya U Tam’si, mais aussi à Mobutu, Idi Amin Dada, Jean Bedel Bokassa et le coup d’Etat de la Saint Sylvestre. Mes souvenirs traînent encore sur la fosse aux crocodiles de Berengo à l’époque de l’empereur de Centrafrique lorsqu’une voix annonce l’aéroport international de Bangui M’poko. Je descends de l’avion en pensant à Pierre Sammy Mackfoy et surtout Benoît Kongbo que je n’avais pas revu depuis trois ans. Dans la salle d’attente, une pancarte brandissait mon nom. Hervé, le chauffeur de l’Alliance Française de Bangui où m’attend Vincent Carrière se met à sourire aussitôt que je me signale comme étant celui qu’il attend et dont le nom figure sur la pancarte qu’il lève plus haut que toutes les autres. Nous nous serrons la main comme de vieilles connaissances.

Centre ville de Bangui. Au fond de cette rue se trouve la présidence.

Centre ville de Bangui. Au fond de cette rue se trouve la présidence.

 

 

 

 

 

A l’Alliance Française de Bangui, Je parcours rapidement la presse locale qui me frappe par sa diversité et sa liberté de ton. Benoît Kongbo et Hervé Yamnguen m’attendent depuis midi. Tout le monde me parle des tableaux de ce dernier où le rouge et le bleu se donnent la main dans une harmonie qui rappelle non seulement Matisse, mais surtout Salvador Dali.

Le Congo ex-Zaïre

De l'autre côté du fleuve Oubangui : Le Congo ex-Zaïre

 

 

J’ai terminé la soirée dans un grand luxe de bières au Tangawissi, la discothèque populaire de Bangui, avec le comédien Wes, Benoît Kongbo, Hervé Yamnguen et ses utopies en couleur. Je ne sais pas qui a réglé l’addition. Je pense qu’une main invisible s’en est occupée sans nous avertir. J’ignore aussi comment Vincent Mambachaka qui m’a fortement déconseillé ce coin pollué de péripatéticiennes a fini par se rendre compte que je ne suis pas resté sagement à l’hôtel. Ceci explique-t-il cela ? Rien n’est moins certain…

Le lendemain, dans une salle fortement climatisée, m’attend une bande de cinq illuminés qui allait rapidement se transformer en une sorte de brigade d’intervention poétique. Ainsi, «Le cadavre exquis boira le vin nouveau » jusqu’à la lie.

Sept jours durant, le mont Gbazabangui nous a soufflé des songes que nous avons appris à épeler sur les berges du fleuve Oubangui. Nous avons refait le monde à notre image. Nous avons célébré la poésie dans tous ses états. Nous avons joué avec la langue française toutes les symphonies les plus contemporaines et essayé des contraintes qui renverseraient n’importe quel oulipien. Nous avons poétisé jusqu’à l’orgasme, avec quelques parenthèses à l’université et à d’autres lieux de culture de la ville.

Séance de dédicace

Séance de dédicace

 

 

 

 

La veille de mon retour au Cameroun, un récital de poésie auquel n’ont participé que Grégoire Grenbgale et une forte tornade a été organisé. Grégoire se mit à bégayer des poèmes à voix haute en fuyant d’un coin à l’autre de la Tuilotte, au gré du vent qui, tantôt dirigeait la pluie vers nous, tantôt nous donnait du répit.

Le lendemain, Bangui M’poko, Maya-Maya, Douala, l’Assoumière