Pic’Art de l’Assoumière


ANTOINE FRANCOIS ASSOUMOU (27 août 1963 – 9 juillet 1980)
19 août 2008, 4:10
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ANTOINE FRANCOIS ASSOUMOU 1963-1980

ANTOINE FRANCOIS ASSOUMOU 1963-1980

Antoine François Assoumou est né le 27 août 1963 à Yaoundé, deux ans après ANNE CILLON PERRI et cinq ans avant Jean Claude AWONO. Il a commencé à écrire à l’âge de treize ans et a bouclé toute sa carrière littéraire en moins de quatre ans. Il mourra le 9 juillet 1980 de suite d’un accident de natation dans la piscine de son grand-père à Edéa, treize jours avant son dix septième anniversaire.

 Fils de Jean Assoumou Avebe, brillant économiste et haut fonctionnaire dans l’administration camerounaise, Antoine François est le cinquième des sept enfants de sa mère, née Félicité Logmo. Particulièrement doué à l’école (il a été reçu au concours d’entrée en sixième alors qu’il n’étais qu’au cours moyen un), il ne manifeste pourtant aucun enthousiasme pour les études. Il préfère s’enfermer dans sa chambre pour lire et méditer. Au cours de l’année scolaire 1978-1979 par exemple, le nombre d’absences qu’il totalise à l’école est impressionnant. Ses bulletins de notes indiquent au demeurant qu’il rend des copies blanches aux examens et qu’il passe très peu de temps au lycée Leclerc. En effet, il préfère fréquenter les centres culturels français, allemand et américain où il emprunte une quantité prodigieuse de livres. Il n’accepte d’ailleurs de retourner à l’école l’année suivante que pour ne plus chagriner sa tendre mère. Pour cela, il exige un changement d’établissement scolaire. Ses parents accèdent à sa demande et l’inscrivent au lycée bilingue où il sera reçu à l’examen probatoire à titre posthume. 

 Dans sa chambre restée intacte jusqu’à ce jour, on a trouvé, rangés dans un ordre impeccable, des livres comme la Souffrance de J. Russier, l’Effort de Maine de Biran, la Métamorphose de F. Kafka, Souvenirs de la maison des morts et le Joueur de Dostoïevski, l’étranger de Camus et la Symphonie pastorale d’André Gide. On y a aussi trouvé des poèmes, récits et pensées écrits dans ses cahiers et sur des bouts de papiers. Ces poèmes seront regroupés et publiés pour la première fois en 1987 aux éditions “Agence Littéraire Africaine” par le Professeur Ebénézer Njoh Mouelle, sous le titre ” Au bout de mon songe vaste”. Ils seront ensuite publiés en 1993 aux éditions “FAFA” sous le titre “Le sacre du levant”.

 Tous ceux qui ont lu Assoumou ont été frappés par sa maîtrise de la langue française et la richesse pour le moins troublante de ses oeuvres. La même question revient : Était-ce vraiment un enfant ?

 “A l’âge où une coupe de cheveux suffit au bonheur, à l’âge où on gagerait un royaume contre un réveillon”, Antoine François se retire dans le sanctuaire de sa chambre pour méditer sur le sens profond de la vie. Sa poésie est marquée par un mysticisme puissant et une prise de conscience aiguë de sa singularité dans le monde. La solitude est pour lui une situation terrible :

 «La solitude

Qui tant te flagelle

Te strie de cris

Et sillons vermeils»

 Mais il magnifie la nuit :

 «Minuit heure belle

Et le silence s’exalte en astre

Minuit heure vaste

Corolle de lucioles océanes

Minuit heure manne

Qu’octroient les cieux aux âmes encendrées

Minuit heure tendre

Dans les bras de la nuit»

 Quelquefois, Antoine François dénonce les tares de la société dans laquelle il vit, en commençant par son éducation qu’il présente comme celle du déracinement :

 «Nous avons connu innocemment

une enfance blanche

fadement bourgeoise

avec ses sabbats et petites traditions

et voilà que nous voyons surgir

à l’heure la face scrofuleuse

du déracinement»

 Pour lui, “le sang n’est qu’une chimère“. Il faut à l’homme une re-naissance pour s’épanouir véritablement. Il convient par ailleurs de noter, avec toute la prudence nécessaire, qu’Antoine François semble avoir eu la prescience de sa mort. Tout se passe même un peu comme s’il avait perçu de façon nette et précise les circonstances de sa fin dans l’eau :

 «Adieu, je m’en vais me démasquer

Sous l’ombre métallique du lac»

 Cette impression est plus marquée dans son poème “prélude du silence”.

La Fondation Antoine François Assoumou a vu le jour le 5 octobre 1990 et s’efforce de perpétuer la mémoire de ce poète. Elle attribue en outre le prix Antoine François.

 

ANTOINE FRANCOIS ASSOUMOU 1963-1980

ANTOINE FRANCOIS ASSOUMOU 1963-1980

Prélude du silence

Tout s’est dissout dans l’eau du silence

Le sel des mers lointaines

Les arbres, les feuilles qu’ils portaient

Les yeux promesses d’astres

Jamais, jamais tenues

La vie entre deux fleurs à peine entrevue

Lors d’une descente de vent

Le petit cerceau de l’enfance qui formait

Un scintillant vaste zéro.

L’hivernage rugit au sein de l’ivoire éléphant

L’Alafin s’éveille de sa couche neuve végétale

Naître est un devoir en dépit de soi-même

Saisir le vœu du ciel qui transmet l’éclair brut

Rhombe trombe trompe brise ton masque démission ébène

Et ton miroir évasion hyaline

L’Averse sanglante balayera-t-elle les fruits ocres du sable

Amers au palais meublé de crams-crams, d’épineux herse de dents

La mousson vierge et folle défriche ma mémoire

Écartèle le hibou son cri sa croche maître de ce pays

Son silence accolé à son abandon atroce

Qu’un délire ignoré a fait chacal

Lapant les affres sinueuses de ses veines

Tornade grand prêtre à la lèvre d’ivoire

Voici la bête mauve du long réseau de tumeurs

Mais où est-ce que tu gis élan viride imprenable arbre

La litière némorale a miasme de paluds

Indésirable l’astre mort et son dos de pur alligator

Inapaisables sont les songes qui n’eurent pas trop de ta voix

Je sais la nuit mortelle autant que maternelle

Tout est clair où les vents mâles ont frappé

Mais O soleil paix aux rites si frêles de ces temps

Et ton flambeau vif sur la pourpre frénésie du fleuve

Muezzin muet au minaret stellaire

Au sortir des forêts suis-je lourd des sèves

Des liqueurs ancestrales semences culturales sur l’efflorescence

 

Essor final des terrestres nébuleuses

De l’essentiel aréane pour dissoudre les mirages.  

  

 

© Fondation Antoine François Assoumou, tous droits

     réservés 

N.B. L’édition citée est celle de Ebenezer NJOH MOUELLE, ALA, Yaoundé,1987, pages 74 et 75 présentée ci-après.

 

AU BOUT DE MON SONGE VASTE

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