Pic’Art de l’Assoumière


Consulaire
13 janvier 2009, 3:39
Classé dans : POETIQUEMENT VOTRE

zelle envoie lumière

quand néons soublient

dans lopaque d’zheures

zelle envoie lumière

et tente coups d’pieds

dans cul roi d’la soif

sur l’piment du soir

zelle pose zœufs du poème

où oisillonne liberté

semaine sinhume sallum’et sillustre

dans label d’zarts et créole d’zâges

galop du week-end

prédit léperon d’zhippocampes

zelle envoie lumière

quand parole s’émeut

sous lopaque des néons

zelle envoie lumière

et largue cent coups de pied

dans cul raide d’la soif

et sur piment du soir

zelle pose l’zœufs du poème

où éclatent sangs féconds


je donne mots

comme zieute vent

à cime débènes

je ne suis pas doué

pour les garder seul

sous zigzag des routes

sous blizzard des songes

sous gaz des flammes

à toi phrases

à toi virgules

à toi parenthèses

et savan’agrammaticale

du phrasé des soirs

sous rumba des contes

jai dans les mots vidé

zambèze des masques

zambie d’zondes

zimbabwe de boue

et lâge des vaches grasses

je fleuris dans brouillard

ma liberté battue des alizés

et attenante au Babel des perles


Jean Claude AWONO


Le consularisme a le devoir impératif de renforcer l’étrangeté jusqu’à l’éclatement de ce nouvel absurde qui n’attend pas de nous laxisme et passivité, mais réaction violente et veille de toutes secondes. Il ne s’agit donc pas de rayer en nous ce sentiment destructeur, mais de l’accentuer jusqu’à implosion et explosion. Non pas dégonfler, mais faire éclater. Tout ce qui est bizarre dans la langue française devra sauter sous la lucidité et la pression visionnaire du consularisme. A quoi sert par exemple l’apostrophe ? S’il faut absolument garder l’apostrophe, il vaudra donc mieux le déplacer et lui infliger des rôles nouveaux. Le point correspond à la respiration de la parole, mais l’apostrophe ne correspond à rien. Et dans nos langues, allez me montrer une apostrophe. Le modèle d’écriture, ce seront nos langues. L’emprunt, voilà un des aliments essentiels du consularisme. C’est d’elle que vit la langue qui entre ainsi en mariage permanent avec d’autres langues pour la fructification de l’imaginaire, mais en divorce aussi. L’article sautera aussi de temps en temps. L’écriture consulaire est donc une écriture de la mutilation et du sabotage de toutes les incongruités de la langue, de toutes ces choses qui nous perdent le temps dans l’orthographe. Ecrire par mutilation, par émondage, par fracturation. Le texte consulaire devra être souligné en rouge sur l’écran de l’ordinateur parce qu’il doit échapper aux canons et systèmes et parce qu’il faut qu’il affirme son indépendance par rapport aux rigidités des systèmes établis. On ne gardera de la langue que ce qui nous arrange, et le reste sera jeté au feu, comme des orties ou de la paille. Le poète consulariste a les yeux ouverts. Il veille. Il tourne la page. Et écrit la sienne. Car il ne s’agit point de recommencer quoi que ce soit, mais de casser, de brouiller les repères anciens pour trouver dans les décombres les nouvelles pistes. Après le déluge, la renaissance ; après l’orage le beau temps ; après l’éruption, la germination nouvelle. Les ruines sont la condition d’une reconstruction. Reconstruire, c’est pour se sentir chez soi. Etre moins étranger.

Jean Claude AWONO

Jean Claude Awono

Jean Claude Awono