Filed under: L'USURE DU QUOTIDIEN | Tags: Benoît Kongbo, Cameroun, Camfranglais, Kitoko Djaz, Sango, Wessepkamon
Tu m’as fait un sacré coup Ben : tu m’as fait croire que tu écrivais un livre naïf. Et je t’ai cru ! Je savais que tu partageais entièrement toutes les thèses de l’école de Douala. Je savais que tu ne voulais plus écrire uniquement pour les blancs. Je savais à quel point tu étais choqué que Balenguindi ne soit pas lu à Bangui parce qu’il coûtait une fortune. Je savais que les centrafricains qui l’ont lu sont tous passés à côté de la plaque ; sauf un seul : ton ami Wessepkamon. Mais j’étais loin d’imaginer que tu entreprendrais à ton tour de coloniser le français.
L’esclavage et la colonisation avaient leur côté sauvage. Mais à mon avis, ils n’expliquent pas tous les problèmes de l’Afrique aujourd’hui. Au contraire, nous avons une chance que les autres n’avaient pas : nous avons un modèle. Il suffit de faire du copier coller, avec les adaptations nécessaires. Car, nous savons aussi tout ce qui dysfonctionne dans la réussite des autres. De même, j’ai souvent pensé que le français n’est pas le problème de l’Afrique. Au contraire, il constitue une chance extrême pour un pays comme le Cameroun où d’un village à l’autre, la langue est différente et la communication impossible. Le français est dans la plupart de nos Etats, la seule chose que les citoyens ont en commun. Pour toutes ces raisons, je ne t’ai jamais soutenu dans ton projet d’imposer nos français aux autres francophonies, à travers un livre qui est bien davantage un acte politique qu’une fiction littéraire au sens où nous entendions cette expression à l’époque de Balenguindi .
Par ces temps de domination marqués par les programmes d’ajustement culturel, j’ai toujours pensé que nous n’avons pas choisi le français, nous qui sommes nés après les indépendances. Mais cette langue demeure celle dans laquelle nous avons été évalués à l’école et dont la connaissance pouvait procurer de l’emploi. Même la qualité d’écrivain nous vient, non pas du degré de connaissance des langues africaines, mais d’une langue qui a été imposée à nos parents et que nous avons reçue en héritage. C’est cela qui me permet souvent de penser qu’au fond, le français est ma langue maternelle parce que je l’ai reçu en même temps que celle de ma mère. Je sais que ce sentiment sera encore plus poignant pour mes enfants qui sont nés dans un contexte où le père et la mère ne parlant pas la même langue camerounaise, ils ont dû apprendre en prime la langue de conversation usuelle des parents. Mais parlons-nous vraiment le français ? Je veux dire : la langue que nous parlons avec des mots de France est-elle vraiment le français ?
La plus grande ironie du sort de la colonisation linguistique est qu’elle nous a permis de réinventer le français, notre manière de dire la vie avec les mots français. Dans un Etat comme le Cameroun où en plus du français, l’anglais est parlé, la jeunesse a réalisé un parler syncrétique fait des apports du français, de l’anglais et de nos langues. Ce parler s’appelle le camfranglais. Je le pratique abondamment dans la rue, mais jamais dans mes livres. Je sais à quel point le français subit la domination du Sango à Bangui. Je sais aussi à quel point le camfranglais et le Sango associés peuvent constituer pour les autres francophones, un écran à la communication. Tu avais une idée derrière la tête : coloniser le français en lui mettant “l’obom” comme le disait René Philombe.
Il va de soi que pour mieux s’insérer aujourd’hui au Cameroun ou en République Centrafricaine, il vaut mieux connaître quelques bribes de ces langues. Les autres feront-ils le déplacement ? Même si je peux me permettre d’en douter, il reste que c’est un très bel exercice de montrer, par-delà l’idéologie que véhicule l’iconographie de la première de couverture, les modifications que subit le français dans l’espace de la francophonie. C’est un travail de recherche que certains ont mené jusqu’à la pure dévotion. Toutefois, personne avant toi n’a combiné les deux langues. Il y a quelques années, Marie Claire Dati Sabze a écrit un recueil de poèmes intitulé C’est comment non ? dans lequel elle parle le camfranglais. Mais tu es allé plus loin en ajoutant le Sango dans la recette de cette sauce.
Je salue ce livre comme il convient qu’un livre qui vient de sortir soit salué. Tu as quelques problèmes avec les lettres majuscules. Tu n’arrives même pas écrire ton nom sur la couverture d’un livre avec des majuscules aux initiales. La rébellion s’étend jusqu’à la grammaire d’une langue que tu manies très bien et que tu as choisi de ne pas respecter dans Kitoko Djaz. C’est un rêve que je ne partage pas, mais que je respecte.
Nos préoccupations de carrière en littérature nous empêchent d’être nous-mêmes. Tu as eu le courage de t’affranchir de ce genre de soucis. Tous les jeunes d’Angongué et d’Essaman qui te connaissent et se souviennent de toi ont aimé ton livre. Ils souhaitent le retrouver dans la future bibliothèque d’Angongué. Quant à Marie Claire, je ne te dis pas. Mais Petit Patou sait que tu composes tes articles dans le journal Le démocrate où tu travailles comme rédacteur en chef en bon français.
D’étranges êtres nous persécutent.
Je te prie de trouver ici, en même temps que mon amitié, l’expression de mon admiration infinie.
Piconna le Boss.
Filed under: L'USURE DU QUOTIDIEN | Tags: AWA Traoré, bronze, Centre Culturel François Villon de Yaoundé, festival, film, films africains, Hortense Fanou Nyamen, ILLUSION PROD, La deuxième édition des Rencontres du Film Documentaire de Kribi, la plage de Ngoyè, Le Beach Festival du Documentaire, Le Jengu de bronze, Le manioc dans tous ses états, manioc, Marie Claire NNA, OIF
La deuxième édition des Rencontres du Film Documentaire de Kribi, autrement appelé, le Beach Festival du Documentaire, a eu lieu du 10 au 17 juillet 2010 grâce au dynamisme et à l’opiniâtreté de son promoteur, Avit Nsongan Mandeng et la participation de STV, ARIANE TV, CANAL 2 International, FRAMOTEL KRIBI, la SCAAP et le Centre Culturel François Villon de Yaoundé.
Cet événement qui a pu se répéter cette année, avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et des ministères camerounais de la culture et du tourisme a rassemblé des professionnels et amateurs du domaine, tantôt pour des conférences publiques, tantôt pour des séances de visionnage. Le Beach Festival du Documentaire a projeté soit en salle, en l’occurrence, la salle de l’ARTCAM , soit en plein air, à la plage de Ngoyè, une cinquantaine de films africains ou alors sur l’ Afrique. Parmi ces films, 23 étaient en compétition et les autres en visionnage. Les réalisateurs se sont intéressés à des problématiques diverses, chacun selon son tempérament et sa sensibilité.
En marge du festival,une session de formation sur l’écriture et la réalisation du film documentaire a eu lieu. Son principal animateur était Monsieur Bernard Nagmo, d’ILLUSION PROD, une jeune structure de production audiovisuelle qui a fermement pignon sur rue à Yaoundé.
Trois prix étaient en compétition :
- Le Jengu de bronze, remporté par Marie Claire NNA pour son film « Le manioc dans tous ses états » 26 mn.
- Le jengu d’argent , remporté par AWA Traoré pour son film « WALIDEN, ENFANT D’AUTRUI » 52 mn.
- Le Jengu d’or , remporté par Hortense Fanou Nyamen pour son film « NDOU, LE CULTE DES CRANES » 52 mn.
Cet événement a enfin fait connaître son promoteur comme réalisateur avec des films comme « MEN WHO HAVE SEX WITH MEN » 26 mn. Ou encore « PERSONNES HANDICAPEES » 26 mn et « LES TRAVAILLEUSES DE SEXE »26mn.
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ANNE CILLON PERRI ET CLAUDINE MEMIN PRESIDENTE DE MOTS EN FETE
Depuis 2005, les bibliothécaires professionnels et bénévoles du pays Marennes Oléron en Poitou Charente, regroupés dans le cadre d’une association dénommée Mots en fête organisent une manifestation dont le but est la promotion du livre et de la lecture publique. Mots en fête œuvre en partenariat avec d’autres associations à l’instar d’ATELEC, LOCAL et ADEPSCO et bénéficie du soutien du pays Marennes Oléron. Cette année (2009), Mots en fête a consacré à l’Afrique son festival d’animation littéraire. Pour cela, une voix majeure de la poésie africaine a été invitée en résidence. Il s’agit du poète ANNE CILLON PERRI dont une anthologie des oeuvres poétiques vient d’être publiée en France par les Editions OPOTO sous le titre « Traversée ».

Ce livre de 218 pages a bénéficié de la complicité d’Hervé YAMNGUEN dont un magnifique tableau rehausse la première de couverture. ANNE CILLON PERRI est l’auteur de :
- Sur les rues de ma mémoire, poèmes, Interlignes/Proximité, Yaoundé 2004, réédition 2005 ;
- Au-delà de l’utopie, Poèmes, CCF, Douala, 2005 réédition 2007 ;
- Onomatopées du silence, Éditions de la Ronde, Yaoundé, 2006 ;
- Boulevard de la liberté, CCF, Douala, 2006 (en collaboration);
- D’aujourd’hui, CCF, Douala, 2007 (en collaboration) ;
- Interdit de laver sa mobylette isi, Editions OPOTO, Douala, 2007(en collaboration) .
Pendant son séjour, ANNE CILLON PERRI a animé des ateliers d’écriture avec ATELEC et l’Association des poètes et plasticiens de Marennes. Il a en outre présenté ses textes et ceux d’autres poètes africains. Des conférences publiques suivies de lectures et signatures de ses livres ont ponctué ce séjour de manière on ne peut plus éclatante. Les villes suivantes ont été le théâtre, soit d’interventions publiques, soit des soirées de dédicace :
- Marennes ;
- Nieulle sur Seudre ;
- Saint Trojan les Bains ;
- Le Grand Village Plage ;
- Saint Pierre d’Oléron ;
- Saint Just-Luzac.
Toutefois, d’autres agglomérations à l’instar de Saint Sornin et Saint Denis d’Oléron étaient aussi partenaires du festival.

Les ateliers avec ATELEC ont surtout donné l’occasion aux participants de mieux s’informer sur l’Afrique dont une image caricaturale est véhiculée par les média du Nord, plus prompts à présenter les catastrophes et misères de ce continent que ses réussites. Ils ont en outre donné l’opportunité aux membres de cette association d’exercer leurs plumes à travers la production des cadavres exquis .

La dernière rencontre avec ATELEC a été particulièrement émouvante. Car elle a été marquée par la participation massive des gitans aux travaux. Ceux-ci ont découvert avec stupéfaction que l’Afrique noire utilise une monnaie pour ses échanges et qu’il existe plusieurs belles cités dans ce continent. Ils ont par ailleurs été entretenus sur la marginalité des pygmées d’Afrique dont la musique et les chants polyphoniques ont été écoutés sur internet.

La problématique des langues a aussi abondamment préoccupé les participants qui, ayant découvert que certaines langues africaines, à l’instar du lingala, du swahili, du haoussa, du bambara, etc, sont parlées par des millions d’individus à travers de nombreux Etats africains ont voulu entendre des poèmes en boulou, la langue maternelle du poète. Une différence a été faite entre les patois tels qu’il en existe encore aujourd’hui en France et les langues africaines encore vivantes et productives.

A Nieulle-sur-Seudre où avait aussi lieu une exposition de photos d’Afrique, le poète a chanté des berceuses en boulou après avoir évoqué son enfance à Angongué et les romans écrits en boulou comme «Nnanga kôn »(un roman traduit en français par Jacques FAME NDONGO et publié aux éditions SOPECAM à Yaoundé) ou alors « Dulu bon b’Afrikara ».

MONIQUE BERTHAUD ET LE SCULPTEUR SUR PIERRES
Quant aux ateliers avec les poètes et artistes plasticiens, il a été question d’échanger sur l’art africain et sur la poésie contemporaine. Un accent a été mis sur les courants post-rimbaldiens en ce qui concerne la poésie et l’apport de l’Afrique dans l’art plastique contemporain à travers l’exemple de Picasso. Deux jours durant, les participants à l’atelier de Marennes ont échangé avec ANNE CILLON PERRI davantage sur l’expression formelle de la poésie contemporaine que sur l’idéologie qui sous-tend les productions poétiques. Cependant, pour être plus en adéquation avec l’esprit du festival qui était consacré cette année à l’Afrique, un temps d’arrêt a été marqué sur le mouvement de la négritude à travers l’expérience des pères fondateurs que sont Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor. Quelques figures de style parmi les plus récurrentes de la poésie contemporaine ont été étudiées en tant qu’outils de productivité dans l’aventure de création du beau. Pendant cet atelier, de nombreux poèmes de Monique Berthaud, ont été lus et commentés.

Un sculpteur sur pierre, révolté par le formatage néolibéral a pris une part très active à cet atelier. Après avoir exposé sa haine du téléphone portable en tant qu’élément d’uniformisation et de robotisation de l’homme aujourd’hui, il a abondamment parlé de sa vision d’Internet, le seul compagnon de son ermitage.
Le vendredi 13 mars, le cinéma l’Estran de Marennes donnait carte blanche à ANNE CILLON PERRI. Le film choisi par le poète était celui du sénégalais Moussa Sène Absa intitulé « Madame Brouette ». Après la projection de ce film, le poète africain l’a commenté tant du point de vue technique qu’idéologique.
Un jour auparavant, il a participé dans la salle Amos Barbot, annexe de l’Oratoire, rue Albert 1er, au quatrième salon du livre de la Rochelle. Cet événement concernait en prime les éditeurs et les libraires qui avaient chacun son poète invité. Les éditeurs présents et leurs poètes invités étaient :

- L’Escampette (Claude Rouquet) accompagné du poète François CHARBON ;
- Bernard DUMERCHEZ, accompagné de la poète Cathérine ZITTOUN ;
- Soc et Foc (Christian BERJON/Claude BURNEAU) accompagné de la poète Patricia COTTRON-DAUBIGNE ;
- La part des anges (Marie Christine MOREAU), accompagné du poète Joël-Claude MEFFRE ;
- Encre et Lumière (Jean-Claude Bernard), accompagné du poète Hamid TIBOUCHI ;
- Fédérop (Bernadette PARINGAUX), accompagné du poète Alex SUZANNA ;
- L’Amandier (Henri CITRINOT), accompagné du poète Narcis COMADIRA ;
- Sac à mots (Jean-Marie GILORY), accompagné du poète Jean-Louis Bernard.
La librairie Calligrammes de Philipe LEGRAND a proposé une large sélection d’ouvrages poétiques publiés par d’autres éditeurs non présents sur le salon tandis que la table de la librairie Larochellivre présentait des ouvrages publiés par larochellivre seule ou en collaboration, des ouvrages des éditions Arêtes, Rumeur des âges et ceux du poète camerounais ANNE CILLON PERRI. Les poètes invités étaient donc par ordre alphabétique :
- Jean-Louis BERANRD, France
- Pascal BOULANGER , France
- François CHARRON, Québec
- Anne CILLON PERRI, Cameroun
- Narcis COMADIRA, Catalogne
- Patricia COTTRON-DAUBIGNE, France
- Josyane de JESUS-BERGEY, France
- Christian GARCIN, France
- Joël-Claude MEFFRE, France
- Alex SUSANNA, Catalogne
- Hamid TIBOUCHI, Algérie/France
- Cathérine ZITTOUN, France
Hospitalisé, le poète Henri MESCHONNIC n’a pas pu prendre part à cet événement. Par contre, la célèbre maison d’édition québécoise, les Ecrits des Forges(http://www.ecritsdesforges.com/), représentée au plus haut niveau par son Directeur Général en la personne de Stéphane DESPATIE a honoré de sa présence cet événement après sa participation au salon du livre de Paris. Après ses lectures de poèmes, le poète ANNE CILLON PERRI a signé les ouvrages achetés.
Pour la fin de son séjour dans le pays de Marennes Oléron, la ville de Saint-Just-Luzac a consacré une journée au poète africain. Le programme de cette journée prévoyait un atelier d’écriture suivi d’un pique-nique à la tour de Broue, une visite à la chapelle de Saint Sornin et d’autres sites historiques du pays de Marennes Oléron. Puis, à partir de 20 heures, un récital de poésie par ANNE CILLON PERRI accompagné pour la circonstance par le musicien percussionniste sénégalais AMBLAYE et un saxophoniste et clarinettiste français.


QUELQUES TEXTES PRODUITS PAR ATELEC
I
Les musiques pygmées mangent le Canada
Le bateau va sur la plage
Les enfants courent dans la nature
Ma voiture descend la rue Gambetta
Le chat pêche du bonheur
Nous chassons dans ma ville
L’île d’Oléron pleure dans l’Indre
Ma bague danse autour du monde
Un ballon chante la liberté
Mes chaussures me conduisent vers les fleurs
Le phare de Chassiron danse dans la région
Mon pays se développe comme des champignons
L’Afrique fête la beauté
Le loup court sur les routes
II
Les promeneurs cherchent sur la plage de Chaucre
Le soleil assis au pied du phare de Chassiron
Le cygne sommeille au-dessus du marais aux oiseaux
Taire le pont qui se referme sur la citadelle
Les touristes pressés ramassent dans la mer
Le soleil qui danse sur les mimosas
La côte récolte le vent sur la plage de Boyardville
La vague mange la dune
Les mouettes rieuses appellent des palourdes
La lune regarde le port de la Cotinière
Les bateaux coulent au large d’Antioche
Le dauphin pédale à l’intérieur des écluses
Les pêcheurs racontent des histoires de pêche
Tandis que la vieille femme chante des refrains de l’île
III
Le kangourou pose dans les Pyrénées
Ma fille trouve sur les plaques de bateaux
Du poisson qui nage dans la cour
Mon âme s’étale sur une branche de chêne
Le soleil rampe sur la mer
Tous les invités vont se promener dans la maison
L’hirondelle danse sur la route d’Oléron
Mon chat glisse sur la glace
Les promeneurs enivrés brillent dans le feu
Un homme mange à côté de l’église
Tandis que la voiture se gare dans le parking
Mon garçon a triché à l’école
La vitrine s’emparera de lui
Le nuage pleure dans les vignes.
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Depuis que l’État du Cameroun a commencé sa croisade contre les vendeurs de médicaments à la sauvette, une nouvelle génération de « pharmaciens » a vu le jour sur tous les grands axes routiers du pays. Il s’agit des pharmaciens des bus.
Cela se passe à peu près comme ceci : Vous voyagez entre Yaoundé et Douala. Tout d’un coup, un individu se lève : « Chers clients de l’agence Roue Libre, Bonjour. Je m’excuse de solliciter un moment votre attention. Je suis Roger, chercheur indépendant en pharmacopée traditionnelle africaine. Si vous avez entendu parler d’un camerounais qui soigne le sida, c’est moi. J’ai achevé des recherches sur trente maladies qui déciment le continent africain. Je reviens d’un symposium aux États Unis d’Amérique où j’ai exposé les résultats de mes recherches. Je peux guérir en effet le cancer, l’hépatite quelle que soit sa nature, la chlamydia, le diabète, etc. Je viens vous dire qu’il ne faut plus sombrer dans le désespoir une fois que vous êtes déclaré séropositif. Venez me voir. » Il donne ses numéros de téléphone et l’adresse (une fausse adresse soit dit en passant) de son laboratoire. Puis, par une alchimie du verbe dont ils ont seuls le secret, il vous déplace de ses propres recherches pour parler des laboratoires pharmaceutiques chinois dont il est le représentant exclusif pour l’Afrique centrale. Il vous propose alors des médicaments aux noms les plus compliqués. Tous de véritables panacées qui soignent toutes les maladies du monde : Amakatatumi amakatatuma tum tum, shingonzi, ginseng à mastiquer, ginseng à boire, ginseng à fumer etc. « Tous ces médicaments coûtent à partir de dix mille francs en pharmacie, mais comme ils sont en promotion dans ce bus, je vous les vends trois flacons à mille francs. Si vous en achetez pour trois mille francs, je vous offre une gamme de produits anti-âge »…
Ces bonimenteurs sont , depuis un certain temps, de charmantes dames.
Après la vente, il glisse un billet de banque au chauffeur du bus, puis, descend au prochain péage. Mais dès que vous descendez du bus à l’arrivée à Douala, le premier vendeur de médicaments à la criée que vous rencontrez vous propose les mêmes produits chinois à deux cents francs les trois flacons que le représentant exclusif vendait en promotion à mille francs. Un beau marché de dupes en somme.

VENDEUSE DE MEDICAMENTS DANS UN BUS
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Les fêtes de fin d’année viennent de s’achever. Elles ont encore été l’occasion de quelques moments de folie. Hécatombe sur les principales routes du Cameroun, carnage dans les rues des grandes villes et ceci à l”Assoumière :

31 DECEMBRE 2008
Parmi les convives, maman.

MAMAN ETAIT LA AUSSI
A minuit, ambiance chaude

SANS COMMENTAIRES
Leçon de dance par le docteur Zambo Zambo Dominique, l’artiste du droit

ZAZADO
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JOHN SHADY FRANCIS EONE (1968-1998)
Né le 26 mars 1968 à Yaoundé, John Shady Francis EONE est originaire du Nyong et Kellé. Il grandit dans une famille monoparentale, celle de son père avec qui il entretient constamment un commerce particulièrement houleux. Sa mère, soupçonnée dans de sombres concussions à la trésorerie centrale de Yaoundé où elle travaille, est forcée à l’exil au Gabon. EONE fait tout son lycée dans la ville de Ngaoundéré où son père est employé dans une ONG. A l’université de Yaoundé où il entre en 1989, il choisit la filière philosophie. Il obtient la licence trois ans plus tard et s’inscrit en cycle de maîtrise qu’il n’achève pas. Mais il a déjà une culture solide et ses fréquentations des milieux culturels, même les plus ésotériques, contribuent à lui forger un esprit à la pointe de la curiosité et des savoirs les plus divers. Il lit beaucoup les poètes maudits, s’éprend de la simplicité hermétique de Paul Eluard, il parle avec admiration d’Edouard Maunick. Il fulmine fréquemment contre le système d’enseignement de la philosophie dans nos écoles et remet presque tout en question. Le jazz, le reggae, Francis Cabrel sont ses musiques de chevet. Le 23 décembre 1996, à la faveur de la clôture du Temps des livres au Centre Culturel Français de Yaoundé, il fait la connaissance d’Evarist Roger TEMGOUA, Jean-Claude AWONO, Germain DJEL, Anne Cillon PERRI, Jean SOH SOH, Emmanuel MAPAN et se joint à eux pour créer, quelques temps après, LA RONDE DES POETES. Il se dévoue sans borne à ce groupe qui devient sa nouvelle famille et auquel il s’impose par l’impertinence de ses prises de position. Mais en réalité, il vit seul, sans travail, sans argent, et la strophe suivante de Emmanuel EKEKI-MOUKOURI dans son poème Dernière heure est la parfaite illustration de son quotidien:
Me voici sur les routes, en lambeaux flottants:
Sans amour, sans maman, sans joie et sans sourire.
Accablé de misère et de soucis troublants
Je rode si pauvre et nul passant n’en soupire.
Quelques ressources attrapées extraordinairement, voici notre admirateur des poètes maudits aménageant sans lendemain dans un studio, immense désir d’indépendance qui s’abolit toujours au fer rouge du manque et de la privation. Toute sa vie de poète n’aura été qu’une suite ininterrompue d’amorces enthousiastes et de ruptures spectaculaires. Mais surtout une interminable errance polluée de choses tues, de désirs oubliés jusqu’à la limite de l’ascétisme, de folles amertumes. Il avait été chrétien, mahométan, puis, au bout du compte, mécréant. Il est mort dans une sorte de révolte contre Dieu qui lui faisait dire que la permanence du mal sur la terre et le silence de Dieu est le signe que le bourgeois du paradis est dépassé par sa création. ” Dieu est athée”, avait-il écrit, dans une sorte de prise de position philosophique.
La poésie de EONE,” dense et imagée, est l’extériorisation d’un drame intérieur et d’une troublante angoisse existentielle”, a récemment remarqué Patrice Kayo dans son Anthologie de la poésie Camerounaise de langue française. Mais avant d’être arraché à la vie le 27 décembre 1998 dans des circonstances qui demeurent obscures – meurtre, suicide ou accident ? (il a été trouvé mort sur les rails dans une forêt voisine de Yaoundé, puis, enterré dans une fosse commune.) – EONE qui se « pseudonommait » Ali Salam et Conn’art , a tenu à assigner à l’art une finalité toute particulière dans un article inédit qu’il a intitulé Pourquoi écris-je ? :
“Le trajet artistique du poète se fait de cahots ou d’aisance, échoue dans l’éphémère ou se prolonge dans l’éternel selon la réponse que se donne la question : pourquoi écris-je ? Le poète oriente ainsi, puisque la poésie, est vie, les présences – les siennes et parfois celles qui l’environnent – vers un idéal particulier. Chez moi la poésie – je parle de la coulée vers l’extérieur de mon univers intime – est d’abord une démarche homéostatique. Un moyen de conserver inentamé mon équilibre mental. C’est que de temps en temps un mot teinté d’obscurités et de lumières, beaucoup plus des premières que des secondes, s’impatronise en moi, s’y promène en s’autorisant des mues, coalisant ci et là avec d’autres mots étranges surgis de mes ailleurs. Dès lors, malaise. Mon langage quotidien se trouble : je multiplie lapsus et contresens, oublie les évidences, rapproche des mots et des idées qui d’ordinaire ne s’appellent pas. Incapacité de bien dire autre chose tant que ne sont pas déposées sur une feuille, avec leur cargaison d’émotions et d’étrangetés, ces hordes de mots, ces hôtes bouillants qui règnent en moi. Une fois le poème écrit, tout s’apaise. Je retrouve mon bien- être mental d’avant l’invasion. Conséquence : je n’écris pas pour communiquer. Du moins, telle n’est pas ma première intension. Pour tout dire, ma poésie n’a pas d’intention autre que d’assurer la permanence de mon équilibre mental. Aussi charrie-t-elle sans vergogne imprécisions et incohérences. Très souvent, elle ne craint pas de ne rien signifier et, lorsqu’elle s’ouvre à autrui, elle n’économise ni cette impudeur ni cette violence que proscrivent les us policés. C’est une chose fuyante qui tient pour surnuméraires toutes les contraintes stylistiques qu’elle ne s’est pas elle-même imposées. Ma poésie m’est thérapie, disons souffle balsamique sur des plaies intérieures que je ne sais même pas identifier. Et si je ne me lasse pas de le redire, c’est pour suggérer le soulagement et la pureté inclassable du plaisir qu’elle me procure.
Un recueil inédit, Le Testament du pâtre, un long monologue attribué au nationaliste et martyr camerounais Ernest OUANDIE, et d’autres poèmes qu’il faudra rassembler dans plus d’un volume. Son œuvre comprend aussi des recueils de nouvelles et des réflexions de toutes sortes.
TEXTES INEDITS DE JOHN DANS BIBLIO
Invité par l’ambassade de la République de Centrafrique au Cameroun pour prendre part aux manifestations marquant le cinquantième anniversaire de l’indépendance de ce pays, le poète ANNE CILLON PERRI a eu l’honneur de présenter son nouveau livre regroupant cinq poètes centrafricains et intitulé « Dans le buisson de l’espoir » à un public indifférent. Un poème de Jeanne de Chantal WODOBODE intitulé Maman je voudrais savoir a été magnifiquement récité par deux jeunes centrafricaines, élèves en classe de 6è au Collège de l’Unité à Yaoundé. Celles-ci ont été abondamment applaudies et ont arraché des larmes à quelques femmes sensibles.
Les livres ayant été confiés à un agent de l’ambassade, ce dernier a bien voulu, à la fin de la partie protocolaire, remettre les invendus, c’est-à-dire, tous les livres à ANNE CILLON PERRI. Malheureusement, il a été assailli par une foule hystérique qui croyait que les livres étaient en distribution libre et que l’agent en question refusait de les leur partager. Dans le cafouillage qui a suivi, les jeunes lui ont arraché une bonne quantité de livres et ont disparu rapidement. Le poète a demandé qu’aucune action répressive ne soit engagée contre ces jeunes qui visiblement avaient soif de poésie centrafricaine et ne pouvait pas s’offrir un livre vendu au prix de trois mille francs CFA. La fête était très belle malgré tout. Un musicien en herbe a chanté des airs de Centrafrique sous une pluie de billets de banque offerts par les cadres de la BEAC et autres fonctionnaires centrafricains travaillant dans des organismes internationaux siégeant à Yaoundé.
Maman je voudrais savoir
Maman je voudrais savoir
Quelle différence entre l’autre et moi
Quelles fibres me mettent en émoi
D’où vient la faiblesse de l’homme
D’où vient la division
Maman je voudrais savoir
Quand sur Gbazabangui
Reviendra le soleil d’antan
L’amour entre mes frères
Rassemblés sous la même bannière
Maman je voudrais savoir
Comment croire en mon beau pays
L’aimer de tout mon coeur
Le servir de toutes mes forces
Et partager cette exubérance
Maman je voudrais savoir
Comment promouvoir la liberté
Comment de la démocratie
Semer la graine éternelle
Et faire une paix durable prospérer.
Maman je voudrais savoir
Comment bannir la violence dans la cité
Comment construire la concorde
Comment rapprocher mes frères
Pour un jour se tendre la main.
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Le poète ANNE CILLON PERRI a échappé à un accident avant-hier, 19 Septembre 2008, dans une localité située entre Pouma et Boumnyebel sur l’axe routier Douala-Yaoundé. Au bilan : Grosse frayeur.
Cyrille EFFALA était sans aucun doute le plus profond des chansonniers camerounais du 20è siècle. Malheureusement, il était moins connu que des artistes qu’il a fabriqués lui-même et dont il a parfois écrit les musiques et les chansons. Les images suivantes ont toutes été prises pendant le dernier concert de sa carrière d’artiste au CCF de Douala. Nous avons pris la liberté de les publier ici pour lui rendre l’hommage d’un admirateur lointain et qui se souvient. Il s’agit donc d’un devoir de mémoire. Afin que la flamme de son souvenir demeure vivace dans l’esprit de tous ceux qui, comme moi, l’ont aimé.
Effala était plus connu du public français que camerounais. Voici pour preuve une vue du public pendant ce dernier concert placé sous le thème général de “Rage et coups de gueule” :
Entre deux chansons, il buvait de l’eau. Cela lui permettait de souffler pour mieux repartir.
Spectacle dans le spectacle : un peintre faisait sur la scène du concert un tableau plus ou moins abstrait.
Vue complète de la scène.
Le concert ne s’est pas achevé normalement. Trop fatigué par la maladie, Effala a arrêté de jouer sans savoir que c’était sa dernière sortie publique.
Mon Dieu ! Pourquoi le regard des morts est-il si mélancolique ?
Il a chanté le masque. Un poème d’Antoine François Assoumou. Lui aussi décédé à presque dix sept ans dans la piscine de son grand père à Edéa.
LA GRANDE GALERE
« La grande galère est pleine de cons
Qui à Dieu font la leçon
De les avoir créé maçons
Au lieu d’en faire des forgerons
Notre misère c’est ça
La richesse est toujours là
Chez l’autre et jamais chez moi
La grande galère est pleine de rats
La grande galère est pleine de cons
Qui à Dieu font la le sermon
D’avoir créé aussi des mormons
Au lieu de leur seule religion
L’égoïsme est notre lot
Et si l’autre est toujours de trop
La grande galère est pleine de cons
La grande galère est pleine de gens
Qui baignent dans l’or et le diamant
Et qui trouvent encore chiant
De ne pas avoir quarante dents
Notre nature c’est ça
Ce qu’on a ne nous suffit pas
La grande galère est pleine d’ingrats
La grande galère est pleine de gendarmes qui veulent refaire les lois
Et des juges qui veulent l’argent du banquier et la femme du roi
Notre malheur c’est ça
Le bonheur est toujours là
Dans le lit du voisin
La grande galère est pleine de chiens
La grande galère est pleine de rois
Qui ont déjà tout ce qu’il se doit
Mais qui de faire un coup d’Etat
Au bon dieu se font le serment
Mon petit doigt me dit tout bas
Qu’après son céleste repas
Le rêve de dieu le père est de faire de petits gosses aux vierges
Pour respecter la trinité
Il n’est voudrait que des triplés
Qu’il m’absolve tant pis
Vive la démocratie
Mais là je crois que c’est moi le con
La grande galère est pleine de cons
Qui à Dieu font la leçon
De les avoir créé maçons
Au lieu d’en faire des forgerons
Notre richesse c’est rien
Le seul bonheur qui soit bien
Est dans le lit du voisin
Dieu merci
On n’est pas que des cons et des chiens »
©Cyrille EFFALA
Pour ne pas être obligé de lire un traité de droit international humanitaire, j’ai décidé d’aller à la campagne ce 15 août. Angongué se situant à cent trente huit kilomètres de l’Assoumière, j’ai pensé qu’il ne serait pas désagréable d’y aller. Mais il fallait passer par Minkoumou ou Nkoumadjap.
Bien que la piste ne soit plus carrossable du côté de Minkoumou, j’ai décidé de passer par là. Cet itinéraire avait le double avantage de me faire traverser Ko’o par son passage le plus chargé de mes souvenirs d’enfance et de traverser entièrement mon village.
Otonsi ne coule pas vers la route ni Otombozo’o. (c’est le dernier O de ce nom que j’ai élidé dans mon poème intitulé feuille de route). Par contre, Kouboukoubou n’est pas un cours d’eau. C’est un endroit situé en aval d’Abong Mbanga où Ko’o, s’étant subdivisé en deux bras, drainait le plus de poissons.
Le mont Eloumnden était partiellement couvert au moment où je m’apprêtais à aller dans mon village natal. Ce n’était pas très beau. Mais cette image vaut la peine d’être regardée pour que vous puissiez prendre toute la mesure de mon désespoir.
Quelques kilomètres avant Angongué, patatras !
Quelle galère !
A la roseraie des cocotiers, les cocotiers ont encore cette taille.
Mais il y a des bananiers et ce coin où les habitants du village viennent chercher leur eau.
Pauvre TONY MEFE qui pensait à une journée agréable à la Roseraie des cocotiers
Que dire de Nathalie, la charmante épouse de TONY qui est revenue d’Angongué avec un orteil douloureux ?
Nous avons regagné Yaoundé par une voiture comme celle qui se voit ici :




























