Classé dans : L'USURE DU QUOTIDIEN

ANNE CILLON PERRI ET CLAUDINE MEMIN PRESIDENTE DE MOTS EN FETE
Depuis 2005, les bibliothécaires professionnels et bénévoles du pays Marennes Oléron en Poitou Charente, regroupés dans le cadre d’une association dénommée Mots en fête organisent une manifestation dont le but est la promotion du livre et de la lecture publique. Mots en fête œuvre en partenariat avec d’autres associations à l’instar d’ATELEC, LOCAL et ADEPSCO et bénéficie du soutien du pays Marennes Oléron. Cette année (2009), Mots en fête a consacré à l’Afrique son festival d’animation littéraire. Pour cela, une voix majeure de la poésie africaine a été invitée en résidence. Il s’agit du poète ANNE CILLON PERRI dont une anthologie des oeuvres poétiques vient d’être publiée en France par les Editions OPOTO sous le titre « Traversée ».

Ce livre de 218 pages a bénéficié de la complicité d’Hervé YAMNGUEN dont un magnifique tableau rehausse la première de couverture. ANNE CILLON PERRI est l’auteur de :
- Sur les rues de ma mémoire, poèmes, Interlignes/Proximité, Yaoundé 2004, réédition 2005 ;
- Au-delà de l’utopie, Poèmes, CCF, Douala, 2005 réédition 2007 ;
- Onomatopées du silence, Éditions de la Ronde, Yaoundé, 2006 ;
- Boulevard de la liberté, CCF, Douala, 2006 (en collaboration);
- D’aujourd’hui, CCF, Douala, 2007 (en collaboration) ;
- Interdit de laver sa mobylette isi, Editions OPOTO, Douala, 2007(en collaboration) .
Pendant son séjour, ANNE CILLON PERRI a animé des ateliers d’écriture avec ATELEC et l’Association des poètes et plasticiens de Marennes. Il a en outre présenté ses textes et ceux d’autres poètes africains. Des conférences publiques suivies de lectures et signatures de ses livres ont ponctué ce séjour de manière on ne peut plus éclatante. Les villes suivantes ont été le théâtre, soit d’interventions publiques, soit des soirées de dédicace :
- Marennes ;
- Nieulle sur Seudre ;
- Saint Trojan les Bains ;
- Le Grand Village Plage ;
- Saint Pierre d’Oléron ;
- Saint Just-Luzac.
Toutefois, d’autres agglomérations à l’instar de Saint Sornin et Saint Denis d’Oléron étaient aussi partenaires du festival.

Les ateliers avec ATELEC ont surtout donné l’occasion aux participants de mieux s’informer sur l’Afrique dont une image caricaturale est véhiculée par les média du Nord, plus prompts à présenter les catastrophes et misères de ce continent que ses réussites. Ils ont en outre donné l’opportunité aux membres de cette association d’exercer leurs plumes à travers la production des cadavres exquis .

La dernière rencontre avec ATELEC a été particulièrement émouvante. Car elle a été marquée par la participation massive des gitans aux travaux. Ceux-ci ont découvert avec stupéfaction que l’Afrique noire utilise une monnaie pour ses échanges et qu’il existe plusieurs belles cités dans ce continent. Ils ont par ailleurs été entretenus sur la marginalité des pygmées d’Afrique dont la musique et les chants polyphoniques ont été écoutés sur internet.

La problématique des langues a aussi abondamment préoccupé les participants qui, ayant découvert que certaines langues africaines, à l’instar du lingala, du swahili, du haoussa, du bambara, etc, sont parlées par des millions d’individus à travers de nombreux Etats africains ont voulu entendre des poèmes en boulou, la langue maternelle du poète. Une différence a été faite entre les patois tels qu’il en existe encore aujourd’hui en France et les langues africaines encore vivantes et productives.

A Nieulle-sur-Seudre où avait aussi lieu une exposition de photos d’Afrique, le poète a chanté des berceuses en boulou après avoir évoqué son enfance à Angongué et les romans écrits en boulou comme «Nnanga kôn »(un roman traduit en français par Jacques FAME NDONGO et publié aux éditions SOPECAM à Yaoundé) ou alors « Dulu bon b’Afrikara ».

MONIQUE BERTHAUD ET LE SCULPTEUR SUR PIERRES
Quant aux ateliers avec les poètes et artistes plasticiens, il a été question d’échanger sur l’art africain et sur la poésie contemporaine. Un accent a été mis sur les courants post-rimbaldiens en ce qui concerne la poésie et l’apport de l’Afrique dans l’art plastique contemporain à travers l’exemple de Picasso. Deux jours durant, les participants à l’atelier de Marennes ont échangé avec ANNE CILLON PERRI davantage sur l’expression formelle de la poésie contemporaine que sur l’idéologie qui sous-tend les productions poétiques. Cependant, pour être plus en adéquation avec l’esprit du festival qui était consacré cette année à l’Afrique, un temps d’arrêt a été marqué sur le mouvement de la négritude à travers l’expérience des pères fondateurs que sont Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor. Quelques figures de style parmi les plus récurrentes de la poésie contemporaine ont été étudiées en tant qu’outils de productivité dans l’aventure de création du beau. Pendant cet atelier, de nombreux poèmes de Monique Berthaud, ont été lus et commentés.

Un sculpteur sur pierre, révolté par le formatage néolibéral a pris une part très active à cet atelier. Après avoir exposé sa haine du téléphone portable en tant qu’élément d’uniformisation et de robotisation de l’homme aujourd’hui, il a abondamment parlé de sa vision d’Internet, le seul compagnon de son ermitage.
Le vendredi 13 mars, le cinéma l’Estran de Marennes donnait carte blanche à ANNE CILLON PERRI. Le film choisi par le poète était celui du sénégalais Moussa Sène Absa intitulé « Madame Brouette ». Après la projection de ce film, le poète africain l’a commenté tant du point de vue technique qu’idéologique.
Un jour auparavant, il a participé dans la salle Amos Barbot, annexe de l’Oratoire, rue Albert 1er, au quatrième salon du livre de la Rochelle. Cet événement concernait en prime les éditeurs et les libraires qui avaient chacun son poète invité. Les éditeurs présents et leurs poètes invités étaient :

- L’Escampette (Claude Rouquet) accompagné du poète François CHARBON ;
- Bernard DUMERCHEZ, accompagné de la poète Cathérine ZITTOUN ;
- Soc et Foc (Christian BERJON/Claude BURNEAU) accompagné de la poète Patricia COTTRON-DAUBIGNE ;
- La part des anges (Marie Christine MOREAU), accompagné du poète Joël-Claude MEFFRE ;
- Encre et Lumière (Jean-Claude Bernard), accompagné du poète Hamid TIBOUCHI ;
- Fédérop (Bernadette PARINGAUX), accompagné du poète Alex SUZANNA ;
- L’Amandier (Henri CITRINOT), accompagné du poète Narcis COMADIRA ;
- Sac à mots (Jean-Marie GILORY), accompagné du poète Jean-Louis Bernard.
La librairie Calligrammes de Philipe LEGRAND a proposé une large sélection d’ouvrages poétiques publiés par d’autres éditeurs non présents sur le salon tandis que la table de la librairie Larochellivre présentait des ouvrages publiés par larochellivre seule ou en collaboration, des ouvrages des éditions Arêtes, Rumeur des âges et ceux du poète camerounais ANNE CILLON PERRI. Les poètes invités étaient donc par ordre alphabétique :
- Jean-Louis BERANRD, France
- Pascal BOULANGER , France
- François CHARRON, Québec
- Anne CILLON PERRI, Cameroun
- Narcis COMADIRA, Catalogne
- Patricia COTTRON-DAUBIGNE, France
- Josyane de JESUS-BERGEY, France
- Christian GARCIN, France
- Joël-Claude MEFFRE, France
- Alex SUSANNA, Catalogne
- Hamid TIBOUCHI, Algérie/France
- Cathérine ZITTOUN, France
Hospitalisé, le poète Henri MESCHONNIC n’a pas pu prendre part à cet événement. Par contre, la célèbre maison d’édition québécoise, les Ecrits des Forges(http://www.ecritsdesforges.com/), représentée au plus haut niveau par son Directeur Général en la personne de Stéphane DESPATIE a honoré de sa présence cet événement après sa participation au salon du livre de Paris. Après ses lectures de poèmes, le poète ANNE CILLON PERRI a signé les ouvrages achetés.
Pour la fin de son séjour dans le pays de Marennes Oléron, la ville de Saint-Just-Luzac a consacré une journée au poète africain. Le programme de cette journée prévoyait un atelier d’écriture suivi d’un pique-nique à la tour de Broue, une visite à la chapelle de Saint Sornin et d’autres sites historiques du pays de Marennes Oléron. Puis, à partir de 20 heures, un récital de poésie par ANNE CILLON PERRI accompagné pour la circonstance par le musicien percussionniste sénégalais AMBLAYE et un saxophoniste et clarinettiste français.


QUELQUES TEXTES PRODUITS PAR ATELEC
I
Les musiques pygmées mangent le Canada
Le bateau va sur la plage
Les enfants courent dans la nature
Ma voiture descend la rue Gambetta
Le chat pêche du bonheur
Nous chassons dans ma ville
L’île d’Oléron pleure dans l’Indre
Ma bague danse autour du monde
Un ballon chante la liberté
Mes chaussures me conduisent vers les fleurs
Le phare de Chassiron danse dans la région
Mon pays se développe comme des champignons
L’Afrique fête la beauté
Le loup court sur les routes
II
Les promeneurs cherchent sur la plage de Chaucre
Le soleil assis au pied du phare de Chassiron
Le cygne sommeille au-dessus du marais aux oiseaux
Taire le pont qui se referme sur la citadelle
Les touristes pressés ramassent dans la mer
Le soleil qui danse sur les mimosas
La côte récolte le vent sur la plage de Boyardville
La vague mange la dune
Les mouettes rieuses appellent des palourdes
La lune regarde le port de la Cotinière
Les bateaux coulent au large d’Antioche
Le dauphin pédale à l’intérieur des écluses
Les pêcheurs racontent des histoires de pêche
Tandis que la vieille femme chante des refrains de l’île
III
Le kangourou pose dans les Pyrénées
Ma fille trouve sur les plaques de bateaux
Du poisson qui nage dans la cour
Mon âme s’étale sur une branche de chêne
Le soleil rampe sur la mer
Tous les invités vont se promener dans la maison
L’hirondelle danse sur la route d’Oléron
Mon chat glisse sur la glace
Les promeneurs enivrés brillent dans le feu
Un homme mange à côté de l’église
Tandis que la voiture se gare dans le parking
Mon garçon a triché à l’école
La vitrine s’emparera de lui
Le nuage pleure dans les vignes.
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Depuis que l’État du Cameroun a commencé sa croisade contre les vendeurs de médicaments à la sauvette, une nouvelle génération de « pharmaciens » a vu le jour sur tous les grands axes routiers du pays. Il s’agit des pharmaciens des bus.
Cela se passe à peu près comme ceci : Vous voyagez entre Yaoundé et Douala. Tout d’un coup, un individu se lève : « Chers clients de l’agence Roue Libre, Bonjour. Je m’excuse de solliciter un moment votre attention. Je suis Roger, chercheur indépendant en pharmacopée traditionnelle africaine. Si vous avez entendu parler d’un camerounais qui soigne le sida, c’est moi. J’ai achevé des recherches sur trente maladies qui déciment le continent africain. Je reviens d’un symposium aux États Unis d’Amérique où j’ai exposé les résultats de mes recherches. Je peux guérir en effet le cancer, l’hépatite quelle que soit sa nature, la chlamydia, le diabète, etc. Je viens vous dire qu’il ne faut plus sombrer dans le désespoir une fois que vous êtes déclaré séropositif. Venez me voir. » Il donne ses numéros de téléphone et l’adresse (une fausse adresse soit dit en passant) de son laboratoire. Puis, par une alchimie du verbe dont ils ont seuls le secret, il vous déplace de ses propres recherches pour parler des laboratoires pharmaceutiques chinois dont il est le représentant exclusif pour l’Afrique centrale. Il vous propose alors des médicaments aux noms les plus compliqués. Tous de véritables panacées qui soignent toutes les maladies du monde : Amakatatumi amakatatuma tum tum, shingonzi, ginseng à mastiquer, ginseng à boire, ginseng à fumer etc. « Tous ces médicaments coûtent à partir de dix mille francs en pharmacie, mais comme ils sont en promotion dans ce bus, je vous les vends trois flacons à mille francs. Si vous en achetez pour trois mille francs, je vous offre une gamme de produits anti-âge »…
Ces bonimenteurs sont , depuis un certain temps, de charmantes dames.
Après la vente, il glisse un billet de banque au chauffeur du bus, puis, descend au prochain péage. Mais dès que vous descendez du bus à l’arrivée à Douala, le premier vendeur de médicaments à la criée que vous rencontrez vous propose les mêmes produits chinois à deux cents francs les trois flacons que le représentant exclusif vendait en promotion à mille francs. Un beau marché de dupes en somme.

VENDEUSE DE MEDICAMENTS DANS UN BUS
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Les fêtes de fin d’année viennent de s’achever. Elles ont encore été l’occasion de quelques moments de folie. Hécatombe sur les principales routes du Cameroun, carnage dans les rues des grandes villes et ceci à l”Assoumière :

31 DECEMBRE 2008
Parmi les convives, maman.

MAMAN ETAIT LA AUSSI
A minuit, ambiance chaude

SANS COMMENTAIRES
Leçon de dance par le docteur Zambo Zambo Dominique, l’artiste du droit

ZAZADO
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JOHN SHADY FRANCIS EONE (1968-1998)
Né le 26 mars 1968 à Yaoundé, John Shady Francis EONE est originaire du Nyong et Kellé. Il grandit dans une famille monoparentale, celle de son père avec qui il entretient constamment un commerce particulièrement houleux. Sa mère, soupçonnée dans de sombres concussions à la trésorerie centrale de Yaoundé où elle travaille, est forcée à l’exil au Gabon. EONE fait tout son lycée dans la ville de Ngaoundéré où son père est employé dans une ONG. A l’université de Yaoundé où il entre en 1989, il choisit la filière philosophie. Il obtient la licence trois ans plus tard et s’inscrit en cycle de maîtrise qu’il n’achève pas. Mais il a déjà une culture solide et ses fréquentations des milieux culturels, même les plus ésotériques, contribuent à lui forger un esprit à la pointe de la curiosité et des savoirs les plus divers. Il lit beaucoup les poètes maudits, s’éprend de la simplicité hermétique de Paul Eluard, il parle avec admiration d’Edouard Maunick. Il fulmine fréquemment contre le système d’enseignement de la philosophie dans nos écoles et remet presque tout en question. Le jazz, le reggae, Francis Cabrel sont ses musiques de chevet. Le 23 décembre 1996, à la faveur de la clôture du Temps des livres au Centre Culturel Français de Yaoundé, il fait la connaissance d’Evarist Roger TEMGOUA, Jean-Claude AWONO, Germain DJEL, Anne Cillon PERRI, Jean SOH SOH, Emmanuel MAPAN et se joint à eux pour créer, quelques temps après, LA RONDE DES POETES. Il se dévoue sans borne à ce groupe qui devient sa nouvelle famille et auquel il s’impose par l’impertinence de ses prises de position. Mais en réalité, il vit seul, sans travail, sans argent, et la strophe suivante de Emmanuel EKEKI-MOUKOURI dans son poème Dernière heure est la parfaite illustration de son quotidien:
Me voici sur les routes, en lambeaux flottants:
Sans amour, sans maman, sans joie et sans sourire.
Accablé de misère et de soucis troublants
Je rode si pauvre et nul passant n’en soupire.
Quelques ressources attrapées extraordinairement, voici notre admirateur des poètes maudits aménageant sans lendemain dans un studio, immense désir d’indépendance qui s’abolit toujours au fer rouge du manque et de la privation. Toute sa vie de poète n’aura été qu’une suite ininterrompue d’amorces enthousiastes et de ruptures spectaculaires. Mais surtout une interminable errance polluée de choses tues, de désirs oubliés jusqu’à la limite de l’ascétisme, de folles amertumes. Il avait été chrétien, mahométan, puis, au bout du compte, mécréant. Il est mort dans une sorte de révolte contre Dieu qui lui faisait dire que la permanence du mal sur la terre et le silence de Dieu est le signe que le bourgeois du paradis est dépassé par sa création. ” Dieu est athée”, avait-il écrit, dans une sorte de prise de position philosophique.
La poésie de EONE,” dense et imagée, est l’extériorisation d’un drame intérieur et d’une troublante angoisse existentielle”, a récemment remarqué Patrice Kayo dans son Anthologie de la poésie Camerounaise de langue française. Mais avant d’être arraché à la vie le 27 décembre 1998 dans des circonstances qui demeurent obscures – meurtre, suicide ou accident ? (il a été trouvé mort sur les rails dans une forêt voisine de Yaoundé, puis, enterré dans une fosse commune.) – EONE qui se « pseudonommait » Ali Salam et Conn’art , a tenu à assigner à l’art une finalité toute particulière dans un article inédit qu’il a intitulé Pourquoi écris-je ? :
“Le trajet artistique du poète se fait de cahots ou d’aisance, échoue dans l’éphémère ou se prolonge dans l’éternel selon la réponse que se donne la question : pourquoi écris-je ? Le poète oriente ainsi, puisque la poésie, est vie, les présences – les siennes et parfois celles qui l’environnent – vers un idéal particulier. Chez moi la poésie – je parle de la coulée vers l’extérieur de mon univers intime – est d’abord une démarche homéostatique. Un moyen de conserver inentamé mon équilibre mental. C’est que de temps en temps un mot teinté d’obscurités et de lumières, beaucoup plus des premières que des secondes, s’impatronise en moi, s’y promène en s’autorisant des mues, coalisant ci et là avec d’autres mots étranges surgis de mes ailleurs. Dès lors, malaise. Mon langage quotidien se trouble : je multiplie lapsus et contresens, oublie les évidences, rapproche des mots et des idées qui d’ordinaire ne s’appellent pas. Incapacité de bien dire autre chose tant que ne sont pas déposées sur une feuille, avec leur cargaison d’émotions et d’étrangetés, ces hordes de mots, ces hôtes bouillants qui règnent en moi. Une fois le poème écrit, tout s’apaise. Je retrouve mon bien- être mental d’avant l’invasion. Conséquence : je n’écris pas pour communiquer. Du moins, telle n’est pas ma première intension. Pour tout dire, ma poésie n’a pas d’intention autre que d’assurer la permanence de mon équilibre mental. Aussi charrie-t-elle sans vergogne imprécisions et incohérences. Très souvent, elle ne craint pas de ne rien signifier et, lorsqu’elle s’ouvre à autrui, elle n’économise ni cette impudeur ni cette violence que proscrivent les us policés. C’est une chose fuyante qui tient pour surnuméraires toutes les contraintes stylistiques qu’elle ne s’est pas elle-même imposées. Ma poésie m’est thérapie, disons souffle balsamique sur des plaies intérieures que je ne sais même pas identifier. Et si je ne me lasse pas de le redire, c’est pour suggérer le soulagement et la pureté inclassable du plaisir qu’elle me procure.
Un recueil inédit, Le Testament du pâtre, un long monologue attribué au nationaliste et martyr camerounais Ernest OUANDIE, et d’autres poèmes qu’il faudra rassembler dans plus d’un volume. Son œuvre comprend aussi des recueils de nouvelles et des réflexions de toutes sortes.
TEXTES INEDITS DE JOHN DANS BIBLIO
Invité par l’ambassade de la République de Centrafrique au Cameroun pour prendre part aux manifestations marquant le cinquantième anniversaire de l’indépendance de ce pays, le poète ANNE CILLON PERRI a eu l’honneur de présenter son nouveau livre regroupant cinq poètes centrafricains et intitulé « Dans le buisson de l’espoir » à un public indifférent. Un poème de Jeanne de Chantal WODOBODE intitulé Maman je voudrais savoir a été magnifiquement récité par deux jeunes centrafricaines, élèves en classe de 6è au Collège de l’Unité à Yaoundé. Celles-ci ont été abondamment applaudies et ont arraché des larmes à quelques femmes sensibles.
Les livres ayant été confiés à un agent de l’ambassade, ce dernier a bien voulu, à la fin de la partie protocolaire, remettre les invendus, c’est-à-dire, tous les livres à ANNE CILLON PERRI. Malheureusement, il a été assailli par une foule hystérique qui croyait que les livres étaient en distribution libre et que l’agent en question refusait de les leur partager. Dans le cafouillage qui a suivi, les jeunes lui ont arraché une bonne quantité de livres et ont disparu rapidement. Le poète a demandé qu’aucune action répressive ne soit engagée contre ces jeunes qui visiblement avaient soif de poésie centrafricaine et ne pouvait pas s’offrir un livre vendu au prix de trois mille francs CFA. La fête était très belle malgré tout. Un musicien en herbe a chanté des airs de Centrafrique sous une pluie de billets de banque offerts par les cadres de la BEAC et autres fonctionnaires centrafricains travaillant dans des organismes internationaux siégeant à Yaoundé.
Maman je voudrais savoir
Maman je voudrais savoir
Quelle différence entre l’autre et moi
Quelles fibres me mettent en émoi
D’où vient la faiblesse de l’homme
D’où vient la division
Maman je voudrais savoir
Quand sur Gbazabangui
Reviendra le soleil d’antan
L’amour entre mes frères
Rassemblés sous la même bannière
Maman je voudrais savoir
Comment croire en mon beau pays
L’aimer de tout mon coeur
Le servir de toutes mes forces
Et partager cette exubérance
Maman je voudrais savoir
Comment promouvoir la liberté
Comment de la démocratie
Semer la graine éternelle
Et faire une paix durable prospérer.
Maman je voudrais savoir
Comment bannir la violence dans la cité
Comment construire la concorde
Comment rapprocher mes frères
Pour un jour se tendre la main.
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Le poète ANNE CILLON PERRI a échappé à un accident avant-hier, 19 Septembre 2008, dans une localité située entre Pouma et Boumnyebel sur l’axe routier Douala-Yaoundé. Au bilan : Grosse frayeur.
Cyrille EFFALA était sans aucun doute le plus profond des chansonniers camerounais du 20è siècle. Malheureusement, il était moins connu que des artistes qu’il a fabriqués lui-même et dont il a parfois écrit les musiques et les chansons. Les images suivantes ont toutes été prises pendant le dernier concert de sa carrière d’artiste au CCF de Douala. Nous avons pris la liberté de les publier ici pour lui rendre l’hommage d’un admirateur lointain et qui se souvient. Il s’agit donc d’un devoir de mémoire. Afin que la flamme de son souvenir demeure vivace dans l’esprit de tous ceux qui, comme moi, l’ont aimé.
Effala était plus connu du public français que camerounais. Voici pour preuve une vue du public pendant ce dernier concert placé sous le thème général de “Rage et coups de gueule” :
Entre deux chansons, il buvait de l’eau. Cela lui permettait de souffler pour mieux repartir.
Spectacle dans le spectacle : un peintre faisait sur la scène du concert un tableau plus ou moins abstrait.
Vue complète de la scène.
Le concert ne s’est pas achevé normalement. Trop fatigué par la maladie, Effala a arrêté de jouer sans savoir que c’était sa dernière sortie publique.
Mon Dieu ! Pourquoi le regard des morts est-il si mélancolique ?
Il a chanté le masque. Un poème d’Antoine François Assoumou. Lui aussi décédé à presque dix sept ans dans la piscine de son grand père à Edéa.
LA GRANDE GALERE
« La grande galère est pleine de cons
Qui à Dieu font la leçon
De les avoir créé maçons
Au lieu d’en faire des forgerons
Notre misère c’est ça
La richesse est toujours là
Chez l’autre et jamais chez moi
La grande galère est pleine de rats
La grande galère est pleine de cons
Qui à Dieu font la le sermon
D’avoir créé aussi des mormons
Au lieu de leur seule religion
L’égoïsme est notre lot
Et si l’autre est toujours de trop
La grande galère est pleine de cons
La grande galère est pleine de gens
Qui baignent dans l’or et le diamant
Et qui trouvent encore chiant
De ne pas avoir quarante dents
Notre nature c’est ça
Ce qu’on a ne nous suffit pas
La grande galère est pleine d’ingrats
La grande galère est pleine de gendarmes qui veulent refaire les lois
Et des juges qui veulent l’argent du banquier et la femme du roi
Notre malheur c’est ça
Le bonheur est toujours là
Dans le lit du voisin
La grande galère est pleine de chiens
La grande galère est pleine de rois
Qui ont déjà tout ce qu’il se doit
Mais qui de faire un coup d’Etat
Au bon dieu se font le serment
Mon petit doigt me dit tout bas
Qu’après son céleste repas
Le rêve de dieu le père est de faire de petits gosses aux vierges
Pour respecter la trinité
Il n’est voudrait que des triplés
Qu’il m’absolve tant pis
Vive la démocratie
Mais là je crois que c’est moi le con
La grande galère est pleine de cons
Qui à Dieu font la leçon
De les avoir créé maçons
Au lieu d’en faire des forgerons
Notre richesse c’est rien
Le seul bonheur qui soit bien
Est dans le lit du voisin
Dieu merci
On n’est pas que des cons et des chiens »
©Cyrille EFFALA
Pour ne pas être obligé de lire un traité de droit international humanitaire, j’ai décidé d’aller à la campagne ce 15 août. Angongué se situant à cent trente huit kilomètres de l’Assoumière, j’ai pensé qu’il ne serait pas désagréable d’y aller. Mais il fallait passer par Minkoumou ou Nkoumadjap.
Bien que la piste ne soit plus carrossable du côté de Minkoumou, j’ai décidé de passer par là. Cet itinéraire avait le double avantage de me faire traverser Ko’o par son passage le plus chargé de mes souvenirs d’enfance et de traverser entièrement mon village.
Otonsi ne coule pas vers la route ni Otombozo’o. (c’est le dernier O de ce nom que j’ai élidé dans mon poème intitulé feuille de route). Par contre, Kouboukoubou n’est pas un cours d’eau. C’est un endroit situé en aval d’Abong Mbanga où Ko’o, s’étant subdivisé en deux bras, drainait le plus de poissons.
Le mont Eloumnden était partiellement couvert au moment où je m’apprêtais à aller dans mon village natal. Ce n’était pas très beau. Mais cette image vaut la peine d’être regardée pour que vous puissiez prendre toute la mesure de mon désespoir.
Quelques kilomètres avant Angongué, patatras !
Quelle galère !
A la roseraie des cocotiers, les cocotiers ont encore cette taille.
Mais il y a des bananiers et ce coin où les habitants du village viennent chercher leur eau.
Pauvre TONY MEFE qui pensait à une journée agréable à la Roseraie des cocotiers
Que dire de Nathalie, la charmante épouse de TONY qui est revenue d’Angongué avec un orteil douloureux ?
Nous avons regagné Yaoundé par une voiture comme celle qui se voit ici :
Si John était encore vivant, j’imagine à quel haut point il aurait été difficile de lui faire admettre l’idée de la publication de ce livre. Je ferme les yeux et je le vois s’irriter au point de perdre la parole tout simplement parce qu’une virgule qu’il a lui-même oubliée n’a pas été mise par la dactylographe. Je le vois s’offusquer au point de ne plus raser la barbe et tempêter jusqu’à perdre ses lunettes.
John – car c’est par ce seul prénom que nous appelions John Francis Shady Eoné – n’aurait indubitablement pas autorisé de son vivant la publication de ce livre, d’abord parce qu’il était si lunatique qu’il pouvait se lever un matin et décréter qu’il a tellement évolué dans la pensée que l’idéologie qui sous-tendait son livre la veille ne correspond plus à ses convictions intimes, ensuite, parce que le testament du pâtre est avant tout testament, et un testament, on ne le publie pas de son vivant.
En plus des multiples autres indices parsemés ça et là, le caractère testamentaire de ce livre ne se laisse aisément appréhender que lorsqu’on rattache la strophe initiale du vers de fin :
« Je pousse un cri comme
On pousse une porte
Pour qu’entre de l’air frais
(…)
Je m’en vais ! »
Ce vers terminal répète le pénultième en l’augmentant d’un point d’exclamation qui redit le dépit de celui dont le corps a été retrouvé un jour sur la voie ferrée et qui a été hâtivement inhumé par le service municipal des pompes funèbres dans la même fosse qu’un ramassis de badauds et de gueux décédés dans des conditions qui n’ont vraiment jamais intéressé personne et dont on ne saura certainement jamais rien. John n’a-t-il pas eu assez d’air frais après avoir poussé la porte de son cri puissant ? Que faisait-il donc sur la voie ferrée ? Dieu Seul le sait…John s’est ouvert aux puissances du vent pratiquement les yeux bandés. Ceux qui comme moi l’ont côtoyé et aimé se souviennent que ce poète ne pouvait pas accepter d’être cuit « dans la marmite de la dictature », de la torture, de la pauvreté ou de la violence. En outre, le funeste destin de ses compatriotes l’offusquait au plus haut point :
«Etre mangés
Etre croqués et
Aider à [se] bedonner les banques, les ventres
Des autres »
Ainsi, parce qu’il étouffait dans le triangle national qui annihilait la véhémence de son audace, parce qu’il trouvait son pays « faisandé à l’excès », John s’en est allé sans tambours ni trompette, presque en se cachant «pour ne pas déranger les gens» comme le dirait Brassens.
Sa poésie s’exerce dans la répétition de la douleur et ipso facto, dans la récurrence de la révolte. L’espace national est appréhendé comme un enfer, un lieu de tourments d’une extrême agressivité. En prenant ancrage dans l’histoire révolutionnaire des années d’indépendance, John s’est donné des modèles qui sont tous morts à cette époque-là, après avoir écrit de façon exemplaire l’histoire du Cameroun avec leur sang versé. Même s’il invoque ça et là les mânes de ses ancêtres bassa, c’est surtout aux héros de l’Union des Populations du Cameroun(1) qu’il donne préséance, qu’ils soient de sa tribu ou d’ailleurs comme « le prélat de Nkongsamba », Ossendé Afana ou Ernest Ouandjié dont le nom revient dans ce livre comme un leitmotiv. Cet attachement atavique au parti de Ruben Um Nyobè traduit un penchant à l’héroïsme chez ce trotskiste attardé qui a fait de la contestation un véritable culte. La permanence de la souffrance en ce qu’elle a de plus problématique dans ce livre incite à penser que ce poète est mort d’avoir aimé le Cameroun d’un amour extraordinaire. En cela, l’aventure poétique de John a un côté christique très avéré. Comme Jésus s’en prenant aux marchands de tous bords dans le temple, John s’épuise ici à dire son pays avec les mots de la colère puisés dans le refus d’une actualité exécrable et d’autant plus intolérable qu’il a toujours été celui qui « exige tout ou rien ».
On peut, comme moi, ne pas partager les idées révolutionnaires de ce poète, mais il est impossible de rester indifférent devant toute l’exubérance qui se dégage de sa plume dont la saveur ne laisse pas de surprendre quand on se souvient que le jour où il est devenu musulman, il a décidé de ne plus rien écrire du tout, car, il ne croyait plus en la force subversive de la littérature. « Dieu est grand », n’arrêtait-il plus de clamer alors.
Certains moments de ce long poème sont très magnifiquement élaborés ; surtout ceux qui décrivent l’horreur de son pays dont toute sa vie durant, il a été malade :
«La plaine Tikar et ses pleines alvéoles
D’énergie en attente
Tibati où tout n’est pas encore bâti
Monatélé attelé à ses stèles de progrès
Bertoua à qui l’on a dit tais-toi et perds-toi
Banganté qui souffle sur son banc ganté
Edéa partout privé de tout idéal
Makak qu’on enlaidit comme un macaque
Kumba qui encaisse des coups bas et
Limbé de tout malheur imbibé »
D’autres sont particulièrement émouvants, parce que surchargés d’un potentiel de voyance à nul autre pareil. L’investissement laborieux de John dans ce livre se laisse aisément deviner lorsqu’on s’intéresse de près aux constructions savantes qu’on rencontre ça et là. Mais le poète, c’est-à-dire, l’iconoclaste et le brigand demeurent présents. John n’est pas véritablement ici à la solde du langage. Il ne réinvente pas forcément le français pour le soumettre à ses exigences expressives. Mais il s’en sert avec une originalité qui mérite d’être soulignée. Il puise sa parole, comme le dit si magnifiquement Fernando d’Almeida, dans l’illumination des cavernes où s’impose la présence du divin inscrite dans l’aventure humaine. Aussi bien dans la forme que dans le fond, la territorialisation nationaliste de cette poésie fait songer aux poètes de la négritude. Cette impression s’exacerbe davantage lorsqu’on ajoute la violence dans le jet verbal et l’incisivité dans le ton.
Le plus séduisant dans ce livre c’est sa dimension prophétique. John ne se contente pas de vitupérer contre l’apathie de son peuple qui semble se complaire dans la médiocrité et qui refuse pour ainsi dire de s’éveiller pour hurler sa colère aux forces de prédation, il prédit un futur radieux à sa terre natale en déclarant :
« Drapé de sublime et de justice
Ce pays s’en ira conquérir le trône du futur
Et si les vagues souillées de nos mers rouges
S’obstinent à obstruer cet élan virginal
Alors mon pays trottera sur l’eau ».
Il annonce en outre la fin de tous les maux qui minent le Cameroun ; l’éveil « des intelligences qui s’endorment dans les puanteurs du découragement » et des « sagacités qui pendouillent sur les gibets de l’arbitraire », de la répression, de l’inhumanité et du tribalisme :
« Ce pays brouillera la métrique du tribalisme
Le tribalisme blettira, fade comme une méchante goyave
(…)
Ce pays cassera le burin de la torture
La torture décèdera, laide comme un raphia rouillé »
Il y a aussi l’exhortation lancée à la ville de Yaoundé qui est parmi les toponymes du livre, celui auquel le poète accorde le plus de place, sans doute parce que c’est ici qu’il a vécu sa dernière tragédie et où sa vie lui a semblé plus que jamais indigne d’être vécue :
« O Yaoundé
Lève,
Plus que tes sept colères
Ta tête »,
dit-il pour achever un testament écrit dans la pénibilité extrême d’une fin qu’il savait sans doute imminente, parce qu’il la souhaitait, parce qu’il était prêt à la provoquer pour ressembler parfaitement à celui dans la bouche de qui il met tout le discours poétique qu’il nous donne à lire dans ce livre : Ernest Ouandjié.
On épiloguera longtemps sur la mort de John : Suicide réel ou simulé par des malfaiteurs ? Au moment où je m’apprête à vous laisser avec son dernier texte connu que la Ronde des poètes, grâce à la vigilance de son président, sort des tiroirs par la présente édition, je vous propose simplement de méditer cette parole :
« Je suis venu
(…)
Votre haine m’a censuré
Je m’en vais
Le mot lourd comme un cadavre
(…)
Les bras veules comme une démission d’exister
(…)
Je pense à toi jeunesse de mon triangle
Comme on se pend à une corde
Définitivement
Comme on reprend une route courageusement »
Après de brillantes études de philosophie à l’université de Yaoundé et alors que la Ronde des poètes(2) du Cameroun à la création de laquelle il a pris une part très active lui vouait une admiration ineffable, qu’est donc allé chercher John sur la voie ferrée ? A vous, lecteurs d’aujourd’hui et de demain de répondre à cette question.
(1) Parti nationaliste d’obédience marxiste qui a milité pour l’indépendance intégrale du Cameroun et pour sa réunification, de 1955, date de sa création à 1958, date de l’assassinat dans le maquis de son leader emblématique, Ruben Um Nyobè. Certaines figures marquantes de ce parti, à l’instar, d’Ossendé Afana, Abel Kingué, etc, continueront la résistance jusqu’en 1974, année de la pendaison à Bafoussam d’Ernest Ouandjié qui est le personnage central de ce long poème.
(2) Association à caractère littéraire regroupant poètes et amateurs de poésie.
ANNE CILLON PERRI
Yaoundé, l’Assoumière, Loge poétique
14 janvier 2005
Depuis un mois, l’écrivain centrafricain Benoit Kongbo est en résidence d’écriture à l’Assoumière. Son roman pourrait s’intituler C’est si triste de ne pouvoir te haïr, un vers du poète Anne Cillon Perri extrait de son poème intitulé AÏCHA.
Il se couche après le retour du soleil et travaille toute la nuit en consommant force quantité de café. Certains soirs, il préfère aller sur la plus haute montagne de Yaoundé pour regarder la ville d’en-haut (au propre comme au figuré).
Arrivé de Bangui par grumier, Benoît Kongbo se souvient particulièrement de l’étape où il a voyagé sur les billes de bois.






























