Pic’Art de l’Assoumière


QUÉBEC 2008 40 poètes du Québec et de France
12 juin 2009, 1:26
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Photos-0351Je connaissais Josyane De Jesus-Bergey avant d’aller à la Rochelle. Je l’ai rencontrée un an plus tôt, à travers l’anthologie qu’elle a publiée avec Bernard Pozier en coédition Ecrits des Forges/Sac à mots (Toutes les citations sont extraites de cette édition). Ce livre m’a été offert vendredi le 03 Octobre 2008 par Fernando d’Almeida à son retour du Festival de poésie de Trois Rivières au Québec. Lorsque j’ai reçu ce livre, je suis allé tout droit à la page 177. Car, je voulais rapidement lire la contribution de l’auteur que je soupçonnais, ne je sais pourquoi, de partialité et par ricochet, de superficialité. Je me demandais en effet comment on peut publier une anthologie de poètes de France aujourd’hui sans des textes de Michel Deguy, Guillevic, Jean-Michel Maulpoix , Jacques Roubaud ou Patrice Delbourg, pour ne citer que ceux-là.

 Je cherchais, côté Québec, des noms que je connaissais. Comme par enchantement, ils étaient là pour la plupart : Stéphane Despatie dont j’avais reçu le livre au même moment que les 40 poètes du Québec et de France, Yves Boisvert, Nicole Brossard, Claude Beausoleil de l’Académie Mallarmé, etc. Je dois préciser que le même état d’esprit qui m’a amené à la page 177 m’a également conduit à la page 93.

La précision « d’entre Loire et Gironde », concernant les auteurs de France retenus dans le livre décevait un tantinet mes attentes. Pourtant, sur « la dernière ligne de [mes] flottaisons », ce magnifique livre qui parle « le langage de nos libertés » m’a séduit au plus haut point. D’abord par le fait que les poètes publiés sont majoritairement vivants et encore productifs, ensuite par la succulence de la sève qui traverse ce livre d’une page à l’autre.

Bernard Pozier

“Né en 1955, à Trois-Rivières (Québec), d’un père français et d’une mère québécoise, Bernard Pozier publie de la poésie depuis 1976. Professeur de littérature au Collège Joliette-De Lanaudière, il a participé à la fondation des revues APLM, Arcade et La poésie au Québec (revue critique annuelle). Depuis 1985, il est directeur littéraire des Écrits des Forges, maison d’édition exclusivement consacrée à la poésie.”

Le premier poème

Le premier poème est toujours un poème

          d’amour

on imagine sans souci pour qui on l’écrit

sans savoir encore dans quel corps il saura

         vraiment s’incarner

ni à quelle âme véritable on l’a inconsciemment

         d’avance dédié

Le premier poème est toujours un poème

         d’amour

car il ne connaît pas la démesure de ses mots dans l’instant de l’émoi entre l’ombre et la proie où s’égare ébloui son regard

Le premier poème et tous les suivants se sèment

        en plein champ

(…)

 

Josyane De Jesus-Bergey

Des noms de fleuve un peu de nous comme sable qui revient au pays. Plus loin qu’il ne pleut la maison te berce.

Le chant de l’eau jusqu’au grand châle noué sur tes épaules et le bleu de tes yeux du pays revenu. On reconnaît l’espace au roulé de ta langue et à ce goût de sel sur ta peau pour vivre encore.

Dans ce monde sans surface

                                                 La mer entre à notre table.

Je me souviens.



ANNE CILLON PERRI VU PAR JEAN CLAUDE AWONO EN 1998

ANNE CILLON PERRI

 

            Né le 22 septembre 1961 à Foulassi, près de Sangmélima dans la forêt sud Camerounaise, ANNE CILLON PERRI est un pseudonyme, une simple transposition anagrammatique du nom NNA Pierre Collin. Cet homme à la carrure dense et à l’intelligence fulgurante, a hérité de toutes les faveurs de la providence. Car il voit le jour dans la localité où fut composé le chant de ralliement patriotique, le célèbre poème écrit par les élèves de notre William PONTY qui, après 1960, devint l’hymne nationale de notre pays, et, autre génie du sort, ses racines paternelles font de lui le rejeton du terroir qui vit naître, en 1930, le très controversé prêtre et poète camerounais Engelbert MVENG. Ces dons du ciel vont, telle une semence féconde, germer en un homme qui se souvient qu’il vient d’une enfance austère, sans foyer conjugal, donc sans faveur, sur les pistes de l’unique et lointaine école du village où il faut aller pieds nus, presque en haillons et traverser des bosquets inquiétants. Il est élevé par ses grands oncles maternels et ne connaîtra son père, instituteur de campagne à la carrure imposante et au verbe séducteur qui parle comme un blanc, qui écrit des poèmes et qui ne sait pas se priver, que très tard, après moult meurtrissures intérieures.

 

            Son cursus scolaire l’amène à étudier les langues anciennes et les humanités qui vont  contribuer, de façon décisive, à forger l’esprit pointu et profondément introverti d’ANNE CILLON PERRI. Il exerce des fonctions administratives qui l’ont amené à étudier le droit. Mais le savoir juridique n’a jamais pu avoir raison du poète que Patrice Kayo présente d’ailleurs dans sa récente anthologie comme “ une des plus grandes promesses de notre poésie “(1)

 

            La poésie d’ANNE CILLON PERRI est le produit d’un immense travail sur le langage et rappelle tous les grands classiques. Il est de la race des serviteurs de l’art qui, pour tracer une seule phrase, blanchissent sous le harnais, de jour comme de nuit:

 

«C’est encore la nuit

La garce sadique qui secoue les assises de mon espoir

La garce qui me torture le cœur

Comme un chiffon que l’on déchire»

 

Le poème est chez ce poète plus qu’accompli le fastidieux résultat de toutes sortes de recherches esthétiques sonores, itératives, mélodiques, visuelles… Ce francophile invétéré ne s’approprie point la langue française, comme certains, dans l’optique de la coloniser. Il la convoque telle qu’elle est, et parfois telle ou plus qu’elle devrait être, et en fait une sorte d’humus généreux d’où germe, comme un peuple de fleurs, une poésie colorée, dense, pure et savoureuse. On comprend donc que la poésie soit pour notre passionné de la belle phrase non pas “le développement d’une protestation“, comme s’imaginaient les surréalistes BRETON et ELUARD, mais un jeu, avant d’être autre chose,

 

«Un espace inexpugnable à la croisée des utopies, c’est-à-dire, loin du monde, loin des soifs. Mais jouer est-il toujours synonyme de s’amuser ? Non ! Assurément non»,

 

répond l’auteur dans le seuil de son recueil inédit intitulé Tam-tam à cœur ouvert. Cet investissement formel n’a de sens que parce qu’il est au service d’un mode de désignation du monde particulier, avec ses incongruités, ses atrocités, mais aussi ses largesses et ses petits bonheurs inespérés. L’avant-propos de l’œuvre sus-citée exprime toute sa pensée poétique faite de quête d’amour, de paix et de fraternité:

 

«Ces thèmes reviennent avec une certaine redondance dans ce livre que j’ai voulu dépouiller autant que faire se pouvait de tous les orgasmes et sarcasmes qui l’encombraient originellement »

 

            ANNE CILLON PERRI ne cache pas son admiration pour VERLAINE, et surtout pour APOLLINAIRE. Mais on sera toujours heureux d’admirer en quelque encoignure de cette œuvre, assurément l’une des plus forte de l’Afrique actuelle, quelques figurines senghoriennes qui accompagnent et enrichissent une poésie investie du pouvoir de la rénovation et de l’éternité. Toute l’influence que ce poète majuscule exerce sur les jeunes poètes de Yaoundé et singulièrement ceux de La Ronde des Poètes et tout le respect et la fascination qu’il inspire, sont ainsi justifiés.

 Jean Claude Awono

ANNE CILLON PERRI EN NOIR ET BLANC

ANNE CILLON PERRI EN NOIR ET BLANC



JOHN FRANCIS SHADY EONE
12 décembre 2008, 12:24
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Quand donc

 

Le sublime vrille  dans

                Le soupir cadencé de

L’amant des lueurs

 

Le sublime brille dans

                Le songe rosacé de

L’amant des fleurs avant

 

De s’affadir dans

                L’indigence du vocable

 

                Quand donc Seigneur

Comme un jazz sans arrêt

Connaitrai-je

L’orgasme permanent des

                               Choses

 

 


 

Paroles d’un rescapé dAuschwitz

 

Les salauds blonds

Et violeurs

                De l’automne

Blessent mon cœur

D’une longueur

                Xénophobe         

 

Tout suffocant

A Brême, quand

                Sonne l’heure

 

Je me souviens

Des fours anciens

                Et je pleure

Et je m’en vais

Oh gens mauvais

                Je n’emporte

Du sang, de là

Que la pareille

Qui s’effeuille morte

 

 


 

Je boirai ton existence

 

Puisqu’il y a désormais

                Des fragments de sang dans

La fracassée blancheur du lait

                Je ne boirai

Je ne boirai plus que dans

L’estuaire ouvert de tes métaphores

                Poésie !

 

Puisqu’il y a désormais

                Des traces d’urine dans

Dans la transpercée innocence de l’eau

                Je ne boirai

Je ne boirai plus que dans

Dans la cascade triomphante de tes anaphores

                Poésie !

 

Puisqu’il y a désormais

                Des morceaux de pus dans

La fraîcheur crucifiée des jus

                Je ne boirai

Je ne boirai plus que dans

Le reflux novateur de tes césures

                Poésie !

 

Puisqu’il y a désormais

                Des blocs de venin dans

Dans la trépassée exubérance du vin

                Je ne boirai

Je ne boirai plus que dans

Dans le clapotis solfié de tes rimes

                Poésie !

 

Puisqu’il y a désormais

                Des vagues de boue dans

Dans la décapitée saveur du miel

                Je ne boirai

Je ne boirai plus que dans

Dans les archipels accueillants de tes périphrases

                Poésie !

 

Puisque

Le lait est rouge-sang

Puisque

L’eau est jaune-sale

Puisque

Le lait est vert-pâle

Puisque

Le vin est bleu cassé

Puisque

Le miel est noir aigre

Je ne boirai

Je ne boirai plus

O poésie-élixir

Que dans les fioles de ton existence

 

 


 

Ursule

 

Me voici dans

Le fluide de ton absence       

Et

Naufragé sur le radeau de ta splendeur

J’embrasse ton nom

 

Ton souvenir bouge dans ma tête comme

Une toupie dans un rêve d’enfant

 

URSULE !

 

Me voici dans

La rue de ton absence

Et

Pèlerin vers la Kaaba de ta tendresse

J’embrasse ton nom

Ton souvenir souffle dans ma tête comme

Une brise sur la tignasse des palétuviers.

 

 


 

Yaoudé, 24 juillet

 

Hélène !

 

                Voici ma lettre, ma dernière confession de timidité. Je n’ai pu te parler, prononcer devant ton regard serein, ces mots qui vont changer mon destin en liberté. Tu me connais par cœur, chère amie. Emu, je bégaye à l’excès. Or rien ne m’émeut autant que de te dire enfin que je te quitte.

 

                Je te quitte. Façon abrupte de parler, je le reconnais. C’est délibéré. Ces mots nus affichent mon refus de toute équivoque. C’est toi qui m’as enseigné la précision verbale. Je te quitte donc. Tu as dévoré douze années de ma vie. Ce que j’appelais poétiquement ton calme de déesse, le temps passant, s’est montré pour ce qu’il est : de l’insensibilité. Tu glisses entre les meubles de la salle de séjour sans rien heurter. Sur les bibelots toujours à la même place, pas un grain de poussière. Tout brille d’une redoutable propreté. Dans ta cuisine, jamais un plat ne t’échappe, aucun verre ne s’est jamais brisé. Tout est religieusement ordonné dans une fixité de paysage lunaire. Dans la chambre à coucher, le même funeste éclat, avec ces draps empesés et invariablement blancs. Mes vêtements semblent s’ennuyer dans ces placards trop désinfectés, trop bien rangés. Je t’écris d’une chambre d’hôtel aux décors riants, et, d’ici, je revois horrifié ces photographies insipides que tu as accrochées sur les murs de notre chambre. Hélène, je te reproche ta perfection. A force d’étouffer le volume, tu m’as ôté le goût du jazz, cette divine musique que j’adorais avant toi. Tu as refroidi mes ardeurs, congelé mes envies, bâillonné tous mes élans de fantaisie. Douze année durant, j’ai vécu la même journée : réveil à la même heure, toi à côté de moi et en même temps désespérément loin de moi, toi vêtue de ton inusable silence. Le même petit déjeuner avec ces mêmes maudits œufs, le café avec son goût monotone, le pain acheté chez le même boulanger. A mon départ pour le bureau, tu me charges avec les mêmes mots, des mêmes commissions. Tu veux savoir ? Parfois il m’est monté au nez – non pas de la moutarde – mais l’envie de t’étrangler, oui de prendre ton cou insolemment beau dans la tenaille de mes bras, comme cela, juste pour qu’advienne un accident, un imprévu dans ma vie. A mon retour, tu es là, dans le même fauteuil, feuilletant des livres, tous parlant de cette fichue broderie dont tu t’es entichée. Je m’assois, avale sans trop savoir pourquoi des aliments difficiles à identifier, tellement ils ont la même saveur. Ensuite, je fais semblant de lire les journaux que tu as achetés ou de me passionner pour l’émission télévisée que tu as choisie. Nous parlons de ce que tu veux jusqu’au moment où je t’entends décréter : “on va dormir”. Ensuite, il y a tes caresses glacées, tes baisers sans conviction (…)

                                                                                             

                                               André

 

 

                                                                                              Douala 31 juillet

 

Andy,

 

J’ai reçu ta lettre. Tu es d’ordinaire un homme tempéré. Pourtant, d’un seul trait, tu as aligné un cortège d’accusations. Tu en as ras-le-bol. Je te comprends. Bien plus, je m’en veux suprêmement de t’avoir poussé à une pareille extrémité. Je te demande pardon. Autant que toi, j’ai mal.

 

Andy, je m’inquiète de ta santé. Tu te souviens que j’ai mis dans ton sac ces deux flacons de médicaments qui excellent tant à soulager tes problèmes cardiaques. Je te remercie de te conformer strictement à la notice : une cuillerée le matin, une autre le soir. Je t’aime.

 

                Que dire encore, s’il est vrai que nous devons communiquer par lettre, sinon que je n’ai jamais rien entrepris autrement que pour le bénéfice de notre couple ? Je me suis organisée pour mieux te servir. Tu me reproches d’en avoir trop fait. Je réalise aujourd’hui seulement combien j’en suis arrivée à formaliser nos relations. Tu connais le paradoxe : on croit bien faire, alors qu’on détruit. Je te demande pardon. Reviens à la maison. Ton absence est un labyrinthe obscur dans lequel je ne pourrai cuillérée jamais trouver mon chemin. Ne m’écris plus. Je ne veux plus te lire. Je veux te voir Andy.

 

                                                                                              Ta femme !                            

 



MARTIN ANGUISSA
12 décembre 2008, 12:48
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                Né le 01 avril 1974 à DOUALA, Martin ANGUISSA est diplômé de l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC) de Yaoundé, filière Edition. Cet ancien secrétaire général de La Ronde des Poètes est, parmi les poètes camerounais inédits, l’un des plus prolixes, des plus amers et les plus révoltés.

 

                L’amour chez lui est sujet à une longue complainte et à un mélancolique épanchement, du fait de la distance quasi infranchissable qui le sépare de Tahdjoine, désignation générique de la femme aimée. Sa thématique est aussi sociale et politique et son engagement est total:

 

    “Mes mains sont liées à l’agir

                Et ma bouche au dire”…

 

                Il sécrète des poèmes volcaniques qui sont arqués contre les régimes dictatoriaux africains de l’heure si friands de mort gratuite, de pillage, de mépris, de corruption et qu’il qualifie d’onction de l’enfer qui nous ceint”. En même temps, il capte, à travers la dérision et l’emploi des tournures syntaxiques du pays, la grande solitude du peuple livré sans défense à la férocité du “pays absent” ou de “la républiquette”. On retrouve chez ce poète une verve critique semblable à celle que Victor HUGO a déployée autrefois contre Napoléon-le-Petit, comme dans ce purulent réquisitoire contre sa république anonyme:

 

    Cette république

                Plaie ouverte où un groupement

                D’asticots mène la danse de

     La putréfaction”…

 

Un tel état des choses provoque chez lui une réaction proportionnelle à l’ampleur de la dégénérescence:

 

    Au seuil du songe

                L’émotion éprise de révolte

                S’est associée aux mots d’insurrection”

 

On croirait entendre le Fernando d’ALMEIDA  de En attendant le verdict.

 

                En marge de la contestation de l’ordre, ANGUISSA s’engage dans une quête mystique par l’invocation des masques, des totems, de la kola, symboles porteurs de la “paix des nuits païennes”. Son ralliement idéologique à CABRAL, NKRUMAH, UM NYOBE, SANKARA fait de lui une sorte de nationaliste panafricaniste en lutte contre l’Afrique prisonnière des “masques blancs”.

 

                Trois recueils inédits:

                               -Afrique les choses-Etats

                               -Tahjoine

                               -Presque peuple…Presque république 

CHOIX DES TEXTES      

LA PAIX DES NUITS PAIENNES

 

Cette nuit

Il ne fait vraiment pas noir

C’est plutôt un jour de clair de lune

Dans la nuit

Le jour dans la nuit tout simplement

 

Et l’ont si bien compris

Les grillons qui se sont terrés et ne sifflent pas

Les coassements ne se font pas entendre

Des crapauds qui se sont tus

Aucune révolte nocturne

Contre ce jour dans la nuit

Qu’accueillent lucioles solitaires et allègres

Eclairant les coins et recoins sombres

De leurs clignotants éternels

 

En cette révolution du temps

Les plus téméraires des hiboux

N’osent chanter leurs lugubres hululements

Mauvais signe

Pour les sorciers mangeurs d’homme

 

Seule ma plume

Que rien ne bouleversera jusqu’au

Soleil matinal

Invoque la paix des nuits paiennes

Sur ma terre africaine

 

                                in           Afrique les choses-Etats

 

 

J’ai répondu à l’appel

Du tam-tam colérique

Tonnerre déchirant le pouvoir de la nuit

Apporte-moi la calebasse rassasiée de nos âmes

Que j’y plonge les mots pour dessoûler

L’histoire pleine de vide

Le masque verbal a reconquis son droit

Dans l’embrouille tempête du tyran

Je ma suis accroché à la compétence des mots

Faisant alliance avec les proscrits

Et dans l’âme des mots

J’ai mis mes espérances

 

Le ventre dicte sa raison alimentaire

A l’aube dépourvue du sens du jour

Tan disque les convictions de l’homme

Heurtent les murs conservateurs

 

Décidé à déconnecter

La république de son timbre colonial

La parole agrippée au temps

Dérange le masque présidentiel

Le géant de l’apocalypse du peuple

 

                               in Presque peuple…Presque république

 

Dans l’ailleurs de ma passion

J’ai toujours eu la nostalgie de

Ta beauté

Et de la danse de tes reins

 

En m’exilant dans les coeurs autres

C’était pour te rêver davantage

Et dilater la métaphysique de notre amour

 

Depuis le matin mal réveillé

Où tu t’es interdite

De vivre mon coeur

L’usure n’a pas corrompu mon amour

Pour toi

 

Je suis de retour

Et dans mon coeur

Ce qui me reste de coeur

C’est à notre histoire

Que je l’offre

 

Je reviens à toi

Arpentant la nostalgie de ton parfum

Nos souvenirs sont ma monture

J’oublie ma solitude

Je cours jusqu’à toi

Pour aimer le vrai

 

O Tahdjoine

Je viens à ta rencontre

Dépouillé de mes ruines

Pour ne pas souiller

Ta beauté

Sans toi

Je suis l’homme livré

Au jet éphémère de l’existence(…)

 

                                               in Tahdjoine

 

POEME SOUS LE SOLEIL

 

De grosses gouttes de sueur

Inondent mes mots

Sous le soleil

Le poème résiste et s’écrit

S’interrompt par moments

Pour médire les rayons solaires accablants

 

Dans la marre de sueur

Les mots se passent le mot

A l’eau les mots ne se noient pas

Et sous le soleil

Le résiste et s’écrit toujours

Hélant même les sourds

 

Le soleil est rentré au couchant

Les mots ont séché

Et poème brille comme lune

Dans la nuit.

 

 

 

 



VIENT DE PARAITRE
5 décembre 2008, 3:22
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GRAND PRIX LEOPOLD SEDAR SENGHOR POUR LE POETE FERNANDO D’ALMEIDA
5 décembre 2008, 2:57
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Le ‘Grand Prix de poésie Léopold Sédar Senghor’ de la Maison africaine de la poésie internationale (Mapi) a été décerné au poète camerounais Fernando D’Almeida, a appris l’Aps de source informée.

TROPHEE L S SENGHOR

TROPHEE L S SENGHOR

Selon un communiqué de la 6e édition des Rencontres poétiques internationales de Dakar, ce prix lui a été remis samedi par l’Académicien Jean-Christophe Rufin, ambassadeur de France à Dakar, lors de la cérémonie de clôture de la manifestation.

RECEPTION DU PRIX

RECEPTION DU PRIX

Organisée par la Maison africaine de la poésie internationale (Mapi), la 6e édition des Rencontres poétiques internationales de Dakar s’est ouverte le 24 novembre dernier.

‘Éminent universitaire et critique littéraire’, Fernando D’Almeida a publié plus d’une dizaine de recueils de poésie. ‘Depuis 38 ans, j’écris et voici que c’est à Dakar, au pays de Senghor, ce pays si cher à l’Afrique et si respecté pour son rayonnement littéraire et intellectuel, que ma carrière vient d’être consacrée par ce Grand Prix de Poésie qui porte le nom d’un homme admiré et aimé’, a réagi le lauréat, cité par le communiqué.

DISCOURS DE CIRCONSTANCE

DISCOURS DE CIRCONSTANCE

Le poète et parolier sénégalais Birame Ndeck Ndiaye a remporté l’édition 2008 du Prix de la Poésie de la MAPI, qui lui a été remis au cours de la cérémonie d’ouverture de la 6e édition des Rencontres poétiques internationales. Accompagné d’une enveloppe financière dont le montant n’a pas été révélé, ce prix lui a été remis par Serigne Diop, ministre d’Etat auprès du président de la République.

ALLOCUTION DU RECIPIENDAIRE

ALLOCUTION DU RECIPIENDAIRE

Auteur-compositeur, Birame Ndeck Ndiaye a publié cette année, un recueil de poèmes intitulé Dekkil Taalif, mis en Cd et Vidéo. Il a écrit les paroles de nombreuses chansons pour des artistes sénégalais dont Youssou Ndour. La 6e édition des Rencontres poétiques internationales de Dakar ‘était également l’occasion de célébrer les 10 ans d’existence de la MAPI dont la mission exclusive est la défense, la promotion, la diffusion et le rayonnement de la poésie en Afrique et dans le monde’, selon le communiqué.

(Aps)

Voir aussi sur http://liberta-revolutiona.over-blog.com/

un article sur le même sujet.

source : http://www.walf.sn/culture/suite.php?rub=5&id_art=51300



LES PRISONNIERS DU VENT
3 décembre 2008, 1:00
Classé dans : BIBLIO
Va paraître bientôt : « Les prisonniers du vent ». Un livre portant l’estampille de Romain Bally Kenguet Sopke, Yves pinguilly et Bernard Boucher.  Le livre paraîtra aux éditions Oskar dans la collection Jeunesse au mois de janvier 2009. Le personnage central du roman est un Ngbaka de la Lobaye, une région forestière située au sud de la République Centrafricaine. Koukoulou est son nom. Il est doté de pouvoirs surnaturels avec lesquels il tentera vainement de sauver les gens de son village razzié par les esclavagistes. Il finit par se capturer avec ses frères et de devenir esclave . Ils seront déportés à Bonny, ville nigériane située à l’embourchure du fleuve Niger d’où il sera transporté en Martinique. L’aventure se poursuit en Martinique et se termine dans le froid du Québec où Koukoulou va rencontrer un amérindien esclave comme lui. Ce dernier va le sauver et ils vivront libres dans la forêt du Canada.

 

COUVERTURE DU LIVRE

COUVERTURE DU LIVRE



DISCOURS DE DEDICACE
9 septembre 2008, 9:43
Classé dans : ANNE CILLON PERRI, BIBLIO
A l’occasion de la publication de son livre intitulé “Sur les rues de ma mémoire”, le poète ANNE CILLON PERRI a prononcé un discours dont on se souvient encore à Yaoundé. Ce discours est resté célèbre, non seulement par son ton, mais bien davantage par l’idéologie qui le traverse. Il aura également permis de mieux cerner l’engagement altermondialiste de l’auteur. C’était, pour reprendre l’expression de Monsieur Vounda Etoa qui a repris le texte du discours dans son journal, une véritable “profession de foi poétique”. Je vous le reproduis ici à toutes fins poétiques utiles. Pour voir toute la bibliographie d’ ANNE CILLON PERRI, il est préférable de visiter le site opoto à travers le lien qui existe ici. cet article y est aussi disponible ainsi que de larges extraits de ses oeuvres.

 

DISCOURS DE DÉDICACE DE “SUR LES RUES DE MA MÉMOIRE”

Mesdames et messieurs,

Je voudrais commencer par remercier ceux qui ne sont pas venus. Allez leur dire que je m’en fous royalement. Allez leur dire qu’en décidant d’honorer de leur absence cette cérémonie, ils m’ont soulagé au plus haut point. Car, devant eux, « tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire ».

Quant à vous qui êtes présents, je vous remercie du fond du cœur d’être venus. Je dois vous le dire non seulement pour m’acquitter d’un agréable tribut de gratitude, mais aussi parce que je suis à présent convaincu que sur les rues de ma mémoire, je ne serai plus jamais seul. Vous serez toujours au bout du chemin le public qui m’attend avec ses angoisses et ses espérances. Votre présence massive dans cette salle me rend à l’évidence que j’ai eu raison de ne pas céder désespoir du silence. Il me fallait absolument sortir de la réserve pour hurler cette parole poétique que j’ai vraiment voulue exemplaire, bien que je ne sache pas si j’y suis parvenu. J’ai posé dans ce livre des pierres d’attente. Certains y trouveront ce que j’y ai mis, d’autres, ce qu’ils redoutent d’y trouver et quelques uns ce qu’ils y apporteront. Voilà pourquoi je décevrai encore ceux d’entre vous qui m’ont posé la question de savoir ce qu’au juste je veux dire dans mes poèmes. J’ai toujours soigneusement éludé cette question. Je vous avoue enfin aujourd’hui que je ne dis rien. Cependant, tout en ne disant rien, c’est-à-dire, en m’offrant corps et âme à des riens, je me suis investi dans la production d’un tissu vocabulaire dont la réalisation accordait un primat souverain beaucoup plus aux motifs figuratifs qu’aux motifs significatifs. En effet, Il s’agit pour moi toutes les fois que j’écris un poème d’opaliser la parole pour en faire non pas un objet vulgaire de communication, mais bien davantage une pièce d’orfèvrerie dont l’ornementation procède d’une volonté tenace de donner à voir, à entendre, à sentir, voire à ressentir. Je m’emploie à essayer de mettre en avant le « côté palpable des signes » linguistiques, dans un réglage rythmique et sonore qui n’est pas toujours idéologiquement marqué, mais qui s’acharne à conserver la mémoire des choses exprimées, à retenir l’odeur symphonique d’un regard de femme, la saveur d’un souvenir ou d’un coucher de soleil, la musique d’un clair de lune ou la couleur d’un sourire. Mes poèmes sont par conséquent des œuvres suggestives plutôt que des pièces démonstratives. Ce sont des œuvres dans lesquelles je me suis épuisé à essayer de saisir toutes choses de biais pour n’en retenir que les reflets et les formes essentielles. Ma poésie se veut donc un espace ludique de convivialité et de partage. Sur les rues de ma mémoire, je m’amuse à fond avec les muses. Leur visitation est toujours pour moi l’occasion de m’en aller loin du monde, loin des soifs, pour guérir de la migraine d’une vie que je n’aurais indubitablement jamais choisie telle qu’elle m’échoit quotidiennement. Il convient par conséquent d’interroger mes textes plutôt que leur auteur. Car, dans l’enthousiasme de la visitation des muses, le « je » qui parle est véritablement « un autre ». C’est un sujet qui évolue dans un espace de liberté et de fantaisies multiformes, un sujet qui vogue dans une zone de permissivité où il peut se livrer à tous les jeux interdits, même les plus lubriques. C’est donc d’une régression à l’enfance qu’il s’agit, ma folle enfance forestière irriguée par une ruralité d’autant plus têtue qu’elle s’articule sur ma cosmogonie bantou, ma paganité boulou et la spiritualité de ce siècle qui sent encore le relent de celui qui vient de s’achever et dans lequel j’ai bêché dur loin de mon père que j’ai vraiment failli aimer.

Il faut donc se donner des yeux de môme pour mieux évoluer avec moi sur les rues de ma mémoire. Car ici, mes mots copulent dans une phraséologie particulièrement transgressive de la norme, mais qui demeure tout de même respectueuse de la langue française. Ma poésie se lit avec les yeux, d’ailleurs quoi de plus normal ; mais elle se lit aussi avec la bouche, la peau, le nez, les oreilles et le sexe, c’est-à-dire, avec le cœur. Il faut donc se donner devant mon poème un regard désaccordé et s’exercer à voir dans certains de mes mots des perles rares. Il faut s’accoutumer à rêver la vie, je veux dire, à vivre le rêve, non pas comme rêve, mais bien davantage, comme possible ancrage au vrai, au juste, au bien et au beau. Ainsi donc, dans la douleur jubilatoire du dire vrai et juste, j’ai voulu oser l’ascèse de promouvoir le bien et le beau. Toute ma vie, je voudrais vouer un culte au beau pour donner créance au bien. Je voudrais épuiser tous les codes de l’amour pour faire un sort à la vie. Voilà pourquoi je me suis toujours défendu contre ce que Brecht a appelé «  l’art pour tous ». Car, je ne suis pas un idéologue. Je ne cherche à construire aucun système révolutionnaire pour bouleverser la face du monde. Le démocratisme poétique, à mon avis, tue la poésie.

Le texte poétique doit être fait pour résister un peu à l’assaut des importuns. C’est en cela que le poème est comparable à la femme. Il s’agit en clair de se donner par bribes successives, en résistant un tantinet d’une étape à l’autre. Il s’agit de se donner sans mettre en relief cette volonté. Cela induit de la part du lecteur la nécessité de cultiver un art de lire. Comme un amant qui s’acharne à visiter en dedans l’objet de son amour, le lecteur doit développer des stratégies opératoires. C’est-à-dire, caresser longuement les vers dont il faut connaître à fond le système de fonctionnement. Le poète n’est pas un comédien. L’expressivité qu’on met dans la voix en disant des fadaises n’en fait pas de grands poèmes. De même, un navet dit par un bon comédien demeure un navet. Au demeurant, vouloir faire de l’écoutant d’un poème, non pas une personne qui prend une part active dans la réception du texte, mais un spectateur qui en est étranger détourne la poésie de sa vocation originelle. Car le poème est avant tout un texte et non un geste.

S’il y a du théâtre muet, on ne peut concevoir une poésie muette, c’est-à-dire, sans paroles. Même Paul Verlaine qui est de manière lointaine le père de l’idéal moderne n’a pu faire ses Romances sans paroles qu’en alignant des vers. C’est dire que le jeu scénique est détachable du poème auquel il n’ajoute rien. Bien au contraire, il détourne du texte qu’il masque, étouffe et tue.

Le poète n’est pas forcément un militaire qui se sert des mots comme d’autres se servent du canon. Mais il est toujours un fleuriste qui peut, soit le demeurer uniquement, soit alors se servir des fleurs à des fins combattantes. Voilà pourquoi il ne faut pas prendre une grippe de s’entendre dire que l’on ne milite pas dans ses poèmes pour une grande cause sociale. Car, « l’art n’est pas d’un parti ». Musset à pleuré toute sa vie, il a été poète. Césaire n’a fait que tonitruer dans ses textes, il est aussi poète. Certains comme Hugo ont parfois gémi, parfois bramé contre des systèmes sociaux, ils ne perdaient pas la qualité de poète dans une situation pour la gagner dans l’autre. Et ce qui est vrai de ces maîtres l’est aussi de Ernest ALIMA qui doit définitivement comprendre que le tam-tam pleure, mais le tam-tam rit aussi. J’ai dit de lui que globalement, il n’était pas engagé comme René PHILOMBE par exemple. Mais cela n’a rien de dépréciatif. De même, dire que la guerre froide fait désormais partie de l’histoire ne range pas dans un musée l’œuvre de MVENG qui lui consacre une place de choix dans Balafon. L’antagonisme Est-Ouest s’est mué en un monisme dictatorial qui s’exerce du District de Columbia vers le reste du monde mené par le bout du nez.

Mesdames et messieurs,

je vous prie de croire qu’un autre monde est vraiment possible et qu’on peut le réaliser loin du marxisme, en promouvant un commerce mondial équitable, plus de démocratie et de liberté. Je vous prie de croire en un monde émancipé de la dictature des grandes firmes et libéré du terrorisme des marques. Je suis très conscient des dangers auxquels je m’expose dans la haute administration où je suis fonctionnaire et où je rêve tout de même d’une carrière, en osant dire aujourd’hui que le monde et, singulièrement l’Afrique, sont plus terrorisés par les marchands que par les barbus. Ceux qui veulent nous imposer le blue jean et le coca-cola comme alternatives incontournables à notre mal-être sont précisément nos plus grands malfaiteurs.

Nous avons ouvert les marchés, nous avons accepté le pluralisme politique, nous avons confiné l’Etat à ses seules missions régaliennes, en inhibant toute vision kénésienne de la relance économique, le néolibéralisme est triomphant, mais nous n’avons pas plus d’électricité, encore moins le téléphone qui sont quand même des préalables incontournables à une insertion dans l’espace virtuel mondialisé.

J’ai tenu à le souligner afin que sur les rues de ma mémoire, personne ne se méprenne sur le sens profond de mon engagement qui ne prendra jamais fait et cause pour ceux qui sont si différents de nous qu’ils pensent suffisant de garder la barbe pour changer la face du monde. Mais ce n’est pas leur barbe qui m’offusque. C’est bien davantage le fait qu’ils refusent d’envoyer leurs filles à l’école et qu’ils offrent régulièrement leurs têtes à exploser pour abréger leur chemin du paradis en emportant au passage quelques innocents qui veulent bien profiter des joies de la terre.

Mesdames et messieurs j’ai vraiment rêvé d’aller avec le monde la main dans la main, jusqu’à l’orgasme de la paix. Si vous pensez comme moi, je vous invite à me suivre sur les rues de ma mémoire. Vous y trouverez beaucoup de poésie. C’est moi même qui les ai ainsi parées. L’amour, la fraternité et la justice vous y hèlent dans un réglage qui s’efforce de concilier les isotopies sonores avec « la violence faite au langage », selon l’expression d’Octavio Paz. Rien ne doit vous impressionner. J’ai versifié librement dans ce livre pour mieux exorciser les fantômes qui nous font des grimaces effroyables sur toutes les sentes de la liberté. J’ai voulu surmonter l’épreuve de leur morale surannée en prenant comme Francis Ponge le parti des choses par un travail de figuration qui risque de vous dépayser comme je l’ai souhaité. Il s’agit ici, comme chez André Salmon de « souvenirs sans fin » dont la succession « reprend la phrase ininterrompue » de Louis Aragon et les chants émouvants du «cortège des femmes, long comme un jour sans pain».

Mesdames et messieurs, C’est sur ce vers de Guillaume Apollinaire dont je me sers pour illustrer comme Max Jacob «le fond de l’eau» que je voudrais avoir terminé. 

 



ZANZIBAR
8 septembre 2008, 10:14
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AFFICHE DU FILM MAN NO RUN

AFFICHE DU FILM MAN NO RUN

Un livre consacré à EPEME THEODORE, alias ZANZIBAR sera bientôt publié à Yaoundé aux enseignes de IFRIQIYA. Il portera l’estampille de ANNE CILLON PERRI et celui de Joseph FUMTIM.

LES TETES BRULEES

LES TETES BRULEES

Il sera question dans ce livre de la vie et de l’œuvre de ce guitariste disparu subitement il y a vingt ans alors même qu’il était au sommet de la gloire. Epeme Théodore était le soliste du groupe “les têtes brûlées” fondé et managé par Jean Marie Ahanda. Il était aussi un chanteur. Pour Lionel Manga, Zanzibar aura sans doute été le soliste camerounais le plus talentueux du vingtième siècle.

JOSEPH FUMTIM

JOSEPH FUMTIM



ANGELINE SOLANGE BONONO : SOIF AZUR
30 août 2008, 2:03
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"Partout où on va, on emporte le tout soi. On ne se laisse jamais derrière

« Soif Azur » d’Angeline Solange Bonono oscille entre un double malaise : celui d’une soif inextinguible de félicité qu’avive une vie extraordinairement agressive et celui d’un azur auquel elle aspire et qui se comporte comme l’horizon, en s’éloignant toujours au fur et à mesure qu’elle essaye de s’en approcher. C’est donc à juste titre qu’elle se compare à Tantale « en sa faim et soif éternelle ». L’azur fonctionne chez elle comme « l’idéal » baudelairien. Il s’agit d’un lieu euphorique, une sorte de nirvana où, comme dit le poète, « loin du monde, loin des soifs », on baigne dans une totale ataraxie.

Déchirée entre ses élans vers l’azur et ses retombées fatales dans la « bile noire », Angeline Solange Bonono ne peut s’abstenir de songer à Sisyphe dont la tragédie est, d’après elle, d’une amplitude supérieure à celle du Christ :

« Sisyphe !

O Sisyphe

Tu vas au-delà du Christ »,

Dit-elle. Et c’est peut-être pour cette raison qu’elle semble magnifier la mort. Une mort qui la délivrera de la tyrannie et des meurtrissures du temps d’une part, de «la gadoue mondaine pleine de serpents venimeux » et de « crocodiles » grotesques d’autre part.

Il convient toutefois de remarquer qu’elle n’appelle pas elle-même la mort. Celle-ci est simplement appréhendée avec délectation dans une perspective qui est davantage prospective. C’est d’une sorte d’anticipation vers un futur qu’elle sait certain qu’il s’agit. la mystique de la mort qui est en fait une seconde naissance permet de dépasser les miasmes d’une existence spleenétique et de parvenir à l’éternité. « Je vivrai ! », s’écrie-t-elle, pour mieux souligner le fait que la mort n’est pas une fin, mais un tremplin.

En attendant donc ce jour radieux où,

« Belle au milieu du salon sur un grand

lit illuminé par les cierges et des suaires

(…) je serai la star »,

Angeline Solange Bonono s’emploie à profiter pleinement d’une existence qui est si ténue. Elle « bouffe la vie » dans « la flûte euphorique qui chante l’amour », se laisse aller à toutes sortes de « noces », et singulièrement, celles « du chat et de la chatte ». Les plaisirs charnels qui semblent « arrêter le temps sur l’instant du rêve » constitue ainsi pour elle un adjuvant vulnéraire permettant de guérir des traumatismes d’une vie où la persécution du passé est ressentie de manière on ne peut plus douloureuse et où les départs ne sont pas tout à fait départs, car :

« Partout où on va, on emporte

Le tout soi.

On ne se laisse jamais derrière ».

La douleur de ce passé qui persiste en elle comme un stigmate indélébile revient du reste avec une certaine récurrence dans ce livre où elle constate en outre que la voyage ne permet rien d’autre qu’un déplacement physique. Aussi, prend-elle la troublante résolution suivante :

« A défaut de me recommencer

Je me continue dans d’autres sens ».

Et lorsqu’elle dit : « dans d’autre sens » ; cela ne signifie pas dans tous les sens ou bien n’importe où. Elle a choisi son chemin :

« Je me féticherai à l’amour ultime panacée

des désespoirs ».

Le sexe fonctionne donc chez elle comme un objet cultuel ; peut-être cul-tuel (en mettant un accent coquin sur la première syllabe de cet adjectif). Car, il faut bien convenir que la poésie bononienne est très effrontée dans le ton et est licencieuse à souhait.

En effet, par son extrême liberté dans la nomination des choses et son impudicité, cette poésie frappera toujours de stupéfaction les critiques de demain. Comme Baudelaire[1] Angeline Solange Bonono pense que la littérature et les arts poursuivent un but étranger à la morale. Elle parle par conséquent dans une langue qui ne discrimine ni mots, ni idées sales. Il ne s’agit pas ici de dérégler les sens par un effort laborieux comme le veut Mallarmé, mais au contraire, de les affûter à l’extrême pour qu’ils soient aptes à tirer avantage de la vie.

Toute une destinée est donc écrite dans « Soif Azur », dépouillée certes de « l’écume des jours ». C’est non seulement la vie d’une femme en proie à sa « seule certitude dans la brume », mais aussi, celle de tout homme normal qui peut dire à ses ennemis : « vous ne m’aimez pas et c’est réciproque ».

Au plan stylistique, par ce que Senghor appelle la « dialectique du nom verbe », Bonono crée à loisir, sur des racines nominales, de nouveaux verbes. Ainsi par exemple, au lieu de dire « Allez verser vos larmes de crocodiles ailleurs », elle préfère la tournure phrastique concise : « allez crocodiler ailleurs ». Cette verbativation des substantifs donne un relief particulier à ses images et participe d’une certaine propension à ce que Senghor appelle encore la « brachylogie » et qui est cette technique « du raccourci qui donne à l’expression sa densité et son éclat, tel un diamant ».

On peut aussi remarquer son penchant pour les créations lexicales et son attachement aux camerounismes, surtout, lorsqu’elle veut souligner la répétitivité, la durée ou l’abondance. Des expressions comme «casser les prix » et vocables à l’instar de « gombo » qui appartiennent à l’aire linguistique du Cameroun reviennent avec une certaine fréquence dans son livre. Parfois, ce sont des mots de sa langue maternelle qu’elle utilise directement ; Tout ceci participe, non pas d’une connaissance lacunaire du français, car, faut-il le rappeler, Angeline Solange Bonono est professeur de langue et de littérature françaises, mais bien davantage, soit du refus de la langue de Molière, soit alors de l’échec de celle-ci à exprimer toutes les nuances de sa pensée.

Parlant de l’échec du français, il importe de dire que traduits dans cette langue, certains mots africains perdent, soit de leur intensité, soit de leur agressivité. « bandondoma » ne signifie pas vraiment amant ni « adoloma » amante. Il y a un je ne sais quoi qui se perd lorsque ces mots sont traduits en français et que Bonono n’a pas voulu diluer dans la traduction.
ANGELINE SOLANGE BONONO(ASB) ET LE PEINTRE HERVE YAMNGUEN

ANGELINE SOLANGE BONONO(ASB) ET LE PEINTRE HERVE YAMNGUEN

Léon Laleau parlait déjà de l’inaptitude du français à exprimer convenablement « ce cœur qui m’est venu du Sénégal ». Telle semble être aussi la tragédie de Bonono qui éprouve parfois des difficultés insurmontables à exprimer en français ce cœur qui lui est venu de Bokito et la singularité de son expérience individuelle. Car, pour elle, les mots ne sont pas neutres. Ils sont des «onomatopées de la pensée ». Ainsi, faut-il que dans ses poèmes, le mot chat miaule vraiment et que le mot chien puisse aboyer.

Par-delà Eros et Thanatos tels que soulignés ci-dessus, la mythologie gréco-romaine lui donne des outils idoines pour peindre ses états d’âme et dire la vie à l’embouchure du poème. Il y a aussi la passion des oxymores qui dans certains poèmes à l’instar de « chaos » sont d’une surabondance étonnante. Cette passion est sous-tendue par la permanence des anaphores qui donnent de la hauteur à une composition où l’élément linguistique le plus itératif est le pronom personnel «je», dans toutes ses transformations morphologiques. Ce singulatif se met en scène dans les textes à travers une ligne temporelle qui relève plus souvent du présent que du passé. Mais il apparaît aussi dans une perspective prospective. On peut ainsi observer un «je» qui se souviens d’un passé radieux et un «je» dont l’actualité, lieu spleenétique et dégoûtant, incite aux investissements charnels divers, à la prise de conscience des propriétés nutritives de l’azur et à la prise des résolutions les plus osées. Il y a enfin un «je» dont la charge prospective est marquée tantôt par une inquiétude toujours exacerbée, tantôt par un regard empreint d’un optimisme fougueux.

Il importe cependant de relever dans cette ligne temporelle l’atrophie du présent de l’indicatif. On remarquera en outre que l’infinitif que l’on rencontre dans certains poèmes à l’instar de « bilan » n’est qu’une forme implicite du présent, avec cette nuance que la poétesse ne s’en sert que pour exprimer une actualité qui s’inscrit dans la durée. C’est dire que sa poésie est avant tout une poésie de l’actualité émue. Son caractère lyrique est souligné par la redondance de l’élément lexical «je» et la prédominance du présent de l’indicatif qui mettent en relief la préséance dans le langage bononien de la fonction expressive, au sens jakobsonien de cette expression.

Le passé et le futur quant à eux sont, l’un résiduel, l’autre plus affirmé. Dans « passionaria » par exemple, la narration commence à l’imparfait et, comme si parler de soi au passé était un sacrilège, c’est le présent qui continue un texte qui s’achève au futur. Le schéma temporel ternaire sus-évoqué est donc entièrement concentré dans ce texte.

Pour avoir une parfaite intelligence de cette répulsion du passé, il convient de se rappeler qu’il est le lieu des « rancunes tenaces et pourries » le lieu des carcans et « des audaces jamais osées », le lieu aussi des désenchantements parsemés de « plaies » sanieuses et douloureuses.

La poésie d’Angeline Solange Bonono est une poésie très réaliste. Chez elle, la liberté est une manière de vivre qui se confond avec la licence. Ici, des mots comme « viols », « coït », « utérus » et « fesses », des expressions comme « liquide vaginal », « flux cataméniales », etc, reviennent avec une fréquence pour le moins déconcertante. Lorsqu’elle décrit des obsessions érotomaniaques, elle le fait de manière si brûlante et si dénuée d’artifices que cela frise quelque peu la provocation, voire l’anomie :

« Elle est sémillante et habile aux jeux de l’alcôve

Effrontée, perverse, volcanique

Elle est sensuelle, ardente, violente

Elle porte une robe moulante et nue

Fendue de partout, exhibant ses charmes plantureux

Ses facondes de dévergondée m’affolent d’amour

Elle est érotomane

Qui me noie dans un immense vertige

J’adore son visqueux état de putain

Elle me bouffe et c’est l’extase. »

On remarquera par ailleurs que la poétesse s’efforce dans ce texte de réaliser une sorte de transexualisation et qu’elle parle d’elle-même au masculin. De même, elle chante l’amour avec un accent viril.

« Soif Azur » est écrit de manière directe, avec des images fortes et envoûtantes qui sont introduites non pas avec des outils comparatifs, mais avec des métaphores et des procédés de personnification davantage plus pittoresques. Des constructions périphrastiques et accumulatives donnent à cette écriture où la répétition fonctionne comme un instrument sémiologique un relief dans le ton qui est la marque diacritique des poètes accomplis. Des effets de rejet que souligne l’apostrophe lui servent souvent à mettre en exergue des idées-forces et à construire un rythme auquel la récurrence de la métonymie et de la synesthésie donne une hauteur tout à fait particulière. Mais dans le poème intitulé « Bilan », Bonono réalise des retours anaphoriques d’une manière si atypique que ceux-ci terminent les vers plutôt que de les initier comme cela est si souvent le cas dans la poésie écrite en français :

« Et combien sont-ils à être tous les matins

Vides et exsangues ?

100%

Combien tournent en rond dans cette galaxie

Où rien ne tourne rond ?

200% à l’infini »

Avec les chiffres en moins, cette poésie rappelle fortement celle de Monsieur Isidore Ducasse et celle de Marie Léontine Tsibinda. Elle célèbre la vie avec un accent certes plus libéré que chez Marie Claire Dati, mais qui en a la même fougue militante. Gaston Paul Effa qui est le préfacier de « Soif Azur » lui trouve une teinte mallarméenne. Cela confirme tout à fait l’influence baudelairienne sus-évoquée. Car Mallarmé s’est abondamment abreuvé à la source baudelairienne avant de verser dans le mysticisme hermétique et la recherche de l’ascèse formelle. Comme ces deux poètes, Angeline Solange Bonono est allée butiner dans le « vierge azur » pour sécréter les vers nectarifères qu’elle nous sert dans son livre. Comme eux, elle a cédé à l’appel de « l’ailleurs » mystérieux qui a la propriété de guérir « du stress et ses frères le blues et le spleen » pour parler comme elle-même. L’influence de Baudelaire transparaît également dans ce livre par l’exaltation du laid, la célébration du hideux et la louange du fangeux. Il s’agit de véritables « Fleurs du mal » qui expriment la volonté de la poétesse d’instaurer une esthétique du nauséeux dont la performance consiste à extraire la beauté de la laideur. On peut tout à fait rapprocher le poème « une charogne » de Baudelaire à Cerveau fêlé » où Angeline Solange Bonono présente une folle comme une œuvre d’art et avec un accent dont le caractère laudatif est on ne peut plus avéré. Pour elle la folie affranchit du « mal-être » de ce monde et permet à l’homme de vivre dans sa vérité primaire, sans hypocrisie. Avec « Passionaria » et « Croupe au vent », c’est l’univers des lieux nocturnes de débauche charnelle qui est chanté avec force. « Tu m’as donné la boue et j’en ai fait de l’or » a écrit Baudelaire. Angeline Solange Bonono quant à elle se croit capable de reconstituer « un fonds moral » à une pute et de lui refaire une virginité.
TETE ATETE POETIQUE ENTRE ASB LE POETE F. D'ALMEIDA

TETE ATETE POETIQUE ENTRE ASB LE POETE F. D

En outre, ces trois poèmes constituent en quelque sorte des tableaux yaoundéens de « Soifs Azur » au sens où Baudelaire a parlé des « tableaux parisiens ». Ces poèmes constituent également une réflexion sur la condition humaine telle qu’elle se vit dans la ville moderne.

Il est toutefois important de relever que si elle cite Paul Fort[2] dans son fameux poème « Le bonheur », la ressemblance avec les autres poètes ne s’arrête qu’au niveau de l’intertextualité thématique. D’ailleurs, tout n’est-il pas dit et ne vient-on pas toujours trop tard, comme le disait La Bruyère ? Angeline Solange Bonono a puisé dans notre fonds commun. Mais la manière dont sa parole règle le sens de sa pensée, ses émotions si vous voulez, ou ses névroses comme à le dire Fernando d’Almeida, est très originale ; Même lorsqu’elle s’écarte de la norme, elle le fait en respectant profondément le français dans sa grammaire générative. Cette tendance est même aujourd’hui la marque sui generis des membres de la Ronde des poètes, association dont elle est la vice-présidente et dont la jeune structure éditrice vient de la révéler au public. Nous attendions « Soif Azur » depuis un an. Il est enfin là. Notre avis est que les fruits ont, dans ce livre, dépassé la promesse des fleurs.

NJINEKOM, le 11 Janvier 2003

ANNE CILLON PERRI


BIBLIOGRAPHIE

1. Angeline Solange Bonono : Soif Azur, Editions de la Ronde, Yaoundé 2002.

2. Anne Cillon Perri : Au-delà de l’utopie, inédit.

3. Baudelaire : Les fleur du mal, les amis de l’histoire, Paris, 1968.

4. Gérard Genette : Figures III, Seuil, Paris, 1972.

5. Julia Kristeva :  Recherches pour une sémanalyse, Seuil, Paris, 1969.

6. Noam Chomsky : Aspects de la théorie syntaxiques, Seuil Paris 1965.

7. Paul fort : Ballade françaises.

8. Roland Barthes : Le plaisir du texte, Seuil, Paris 1973.

9. Roman Jakobson : Essai de linguistique générale, minuit, Paris, 1963 (Collection Point).


[1] Lettre de Baudelaire à sa mère, 9 juillet 1857.

[2] Ballades françaises