Pic’Art de l’Assoumière


CHANSON POUR OLERON
5 avril 2009, 10:19
Classé dans : DU HAUT DE L'HELICON

Et puis il a fallu partir

Perdre mon ancrage

Au sol solide du terroir

Traverser l’énorme rature

Du dernier cordon policier

Et plus haut que les oiseaux

Plus haut que les nuages

S’envoler dans la nuit profonde

 

Yaoundé

Douala

Tamanrasset

Musiques arabes

Et au petit  matin

Aéroport Mohamed V

Cordon policier

Et l’attente

Toute une journée

A poireauter là

A lécher les vitrines de l’espoir

A tourner

               et retourner

                                 des

                                       araberies

Vendues à prix d’or

Aux doux benêts de passage

 

Soudain

Au crépuscule du soir

La Méditerranée

Le ciel d’Espagne

Un petit somme pour tuer le temps

Et Bordeaux qui fait le gros dos

Dans la nuit lumineuse de France

Cordon policier

Et 

le

soleil

des

retrouvailles

dans

la

neige

et

la

grisaille

L’assonance renouvelée d’une amitié rupestre

Et sur les routes de

France fouettées de vents froids

D’étranges geysers

Multiplient les codes de l’amitié

Cependant qu’une irrésistible nuit

Caresse les marais salants

De la campagne oléronaise

Qui me salue comme les sorciers d’Afrique

 

Whisky

Café

Cacahuètes

Et le lendemain

Champagne

Huîtres

Crevettes

Crabes

Escargots

Et le soleil du sourire de Claude

Et Simon revenu de la caserne des pompiers

Et Jolan sur son ordinateur

Et un fin crachin toute la journée

Et le vent glacial du large

 

Je te salue

Pays de Marennes Oléron

Je te salue comme en Afrique on salue les vieux potes

Je te salue dans la déroute du dépaysement

Du haut du fort de Brouage

Où je pense à mon Afrique dans la poussière

Et toi Saint Pierre

Que dans l’ivresse de l’homonymie

Je garderai longtemps comme un doux secret

Et Grand Village où sur la grève grenelée

J’ai laissé mon cœur

Pour marquer mon passage

 

J’emporte les galets de Saint Trojan

Pour plaider en faveur des prochaines amours

Heureusement 

Le jour émerge du songe solennel

Où ma douloureuse traversée

S’achète comme une espérance rebelle

 

Que dire de toi

Nieulle sur Seudre

Où les assises plénières du village

Arpentent d’anciennes marches de l’instant

Et ruminent en-dedans

Tout l’espoir d’une jeunesse attentive

Je t’offre en images affriquées

Mon Afrique multiple et délabrée

Où les trafics d’anciens négriers

Ont écrit des pages sauvages

Sous l’œil complaisant des photographes

Et des curés

Je t’offre des filles fangs du Gabon

Des filles de Kaolack et de Nouakchott

Quelques mômes de Mombassa

Des princesses nues du lac Kivu

Qui leurs bustes généreux

Montrent en signe de capitulation

 

Je te salue en passant

Ville de Marennes

Quand je reviendrai de La Rochelle

Je me ferai le devoir de te revoir

J’irai à l’endroit exact

Où la Seudre cligne de l’œil

En ruminant la rumeur de la Cayenne

Et te dirai au creux de l’oreille

Mon Afrique dans la merde et la mort

Et que j’aime

 

Il mouille

A présent près de la plage

Je retourne patoiser avec les mimosas

Qui seuls comprennent le verlan des baignassouts

Il y a dans le bistrot d’en face

Un blanc qui double son café

Pour

le

prix

de

dix

kilos

sur

les

marchés

d’Afrique

 

Au rond-point d’un carrefour tréflé

Un sarment fait serment pour le prochain été

De donner du pineau en pagaille

Tandis qu’une rombière

Passe en se donnant des grands airs

Elle traîne en laisse un beau chien de race

Sans se douter de l’extrême parenté

Qui nous lie

Et nous angoisse encore plus

Par cela même

 

Le temps s’attarde tant

Tout près du rêve de Paul Coban

Que débordant d’éternité

La boutique de poésie

Calligraphie en alexandrins sublimes

L’impasse du docteur Delteil

Il y a ici

Toute une vie à remailler

Loin des batailles de la racaille

Et de la rocaille des chemins

C’est vrai Paul

La poésie n’est pas faite pour la canaille

Ni la pagaille néolibérale d’ailleurs

 

Tout près du marais aux oiseaux

Les chevaux profanent

La beauté de l’éphémère

Et vocifèrent des banalités du canton

Tandis que les mouettes tiennent conseil

Dans l’extase du soleil retrouvé

 

Le dos tourné vers le dernier hivernage

Toute la campagne ostréicole du Château

Multiplie des jurons en patois local

Et moi

Pliant genou sur l’hilarité de la rue

Je ramasse du songe reconverti

En menue monnaie d’espoir

Et ressasse aux mouettes muettes de passage

L’éternité d’une nostalgie

Se frayant chemin

Dans la banalité du perpétuel

Où j’achète tout de même un briquet

 

Au Bois de la Martière

Le Cameroun qui persiste en moi

S’exclame en boulou

S’il fait beau temps demain

Nous irons pique-niquer à la Cotinière

A l’endroit précis où

L’océan reprend à son compte

La peur de l’étrange

Ou peut-être de l’étranger

Et cède à l’injure devant tant d’anxiété

 

Il y a du côté de Boyardville

Un site que je ne verrai jamais

Que si je revenais à Oléron

Et c’est pareil pour Saint Georges

Et Saint Denis

Et Chassiron

Où près de l’océan et les fantômes

De tous ceux qui ont péri en mer

Le phare m’attend en fanfare

 

Médusée comme jamais auparavant

La mer reprend les rênes de sa destinée

Et s’agrippe au mors du vent

Pour aller sans portulan ni boussole

Sur les côtes américaines

Lever gabelle

 

Ô rêves justes s’ajustant à la Rue de la Justice

Me voici à Saint Pierre

A une enseigne oubliée

Où je fais le décompte de mes faillites

Et pourtant

Depuis que j’ai traversé le pont bleu

Le ciel se mire dans mes yeux

Et s’exclame en silence

Pour ne pas déranger les chevreuils

 

Sans arrogance ni extravagance

La ville écrit en majuscules

Toutes les lettres du mot beau

Et s’offre à ma soif de saveurs d’ailleurs

 

Empêtré dans l’ivresse du dépaysement

A la margelle d’un jour qui tire sa révérence

Le soleil fait la nique à l’hivernage finissant

 

Il y a du côté de Saint-Just-Luzac

Un homme que je n’oublierai jamais

Il parle d’une voix grave

Et chuchote en fumant des choses chouettes

A son vieux chien qui perd des poils

 

Un futur abrupt déjà dessine le retour

La nuit écrit en lettres majuscules

Le dernier couplet de la chanson pour Oléron

L’île me subjugue comme une femme aimée

 

 

SOUS LA BOUTIQUE DE POESIE DE PAUL COBAN

SOUS LA BOUTIQUE DE POESIE DE PAUL COBAN

 

 

 


3 commentaires jusqu'à présent
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Grand merci de ta visite et des arachides qui nous ont apporté un peu du Cameroun.
Ton poème est très beau
Bravo !
à bientôt
Claudia

Commentaire par claudia

La lecture de ton poème m’a portée, comme sur quelques notes de musique, et les mots m’ont donné une larme aux coin des yeux, juste à les rendre brillants, par ce mélange heureux d’ici et de là-bas.

Marie

Commentaire par Marie

Quel poème où le message convole en justes noces avec la beauté du mot!
Où dans la cadence du verbe, le charme de l’image et le goût sonore des vers vous envoie dans les tréfonds de l’extase
Où le rythme vous enfonce dans la sublime profondeur du lieu dévoilé
Alors qu’aux secrets d’un voyage parsemé de rêves justes, le poète s’arrête sur chaque détail
Ah, si j’étais poète!

Commentaire par Oumarou Mal Mazou




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