Classé dans : CHOSES VUES | Mots-clefs: Assoumière, Benoît Kongbo, Centrafrique, Hervé Yamguen, loge poètique, oulipo, voyage
La loge poétique de l’Assoumière est en fait un coin de ma chambre encombré d’objets de culte aussi surprenants qu’un ordinateur, tous les mecs du collège de pataphysique, quelques variations sur les dernières contraintes oulipiennes et le récent livre de Michel Deguy. Des auteurs comme Ariane Dreyfus, Emmanuel Moses, Claude Esteban, Paul Louis Rossi et Jacques Roubaud entretiennent le mystère de cet espace sacré. Une fenêtre ouverte sur le délabrement d’une modernité qui appréhende le progrès en fonction de la quantité de forêt saccagée au profit des ouvrages en béton laisse voir le mont Eloumnden dont les flancs sont couverts d’une verte toison arbustive qui, sans aucune cesse, interpelle ma paresse. Car depuis bientôt dix ans que j’ai emménagé dans ce quartier de Yaoundé, j’ai toujours remis à plus tard le jour où à mon tour, j’irai violer la virginité de ce lieu alpin.
J’ai quitté l’Assoumière aux premières heures du matin pour un voyage qui n’allait réellement commencer qu’à l’aéroport international de Douala où j’occupe les heures d’attente à lécher des vitrines. Quelques babioles m’attirent. Je renonce à les acheter parce qu’elles coûtent la peau du cul. Pour les mêmes raisons, je renonce à acheter une bouteille d’eau minérale vendue à cinq fois son prix normal.
Le soleil est au zénith et ma soif à son comble lorsque l’avion de la compagnie d’un pays voisin est annoncé. Il est plein et encombré comme un taxi de brousse. Mon bagage à main est envoyé à la soute dans un contexte où les passagers alignant parfois jusqu’à quatre gros sacs chacun ont rempli la cabine.
J’ai terminé la soirée dans un grand luxe de bières au Tangawissi, la discothèque populaire de Bangui, avec le comédien Wes, Benoît Kongbo, Hervé Yamnguen et ses utopies en couleur. Je ne sais pas qui a réglé l’addition. Je pense qu’une main invisible s’en est occupée sans nous avertir. J’ignore aussi comment Vincent Mambachaka qui m’a fortement déconseillé ce coin pollué de péripatéticiennes a fini par se rendre compte que je ne suis pas resté sagement à l’hôtel. Ceci explique-t-il cela ? Rien n’est moins certain…
Le lendemain, dans une salle fortement climatisée, m’attend une bande de cinq illuminés qui allait rapidement se transformer en une sorte de brigade d’intervention poétique. Ainsi, «Le cadavre exquis boira le vin nouveau » jusqu’à la lie.
La veille de mon retour au Cameroun, un récital de poésie auquel n’ont participé que Grégoire Grenbgale et une forte tornade a été organisé. Grégoire se mit à bégayer des poèmes à voix haute en fuyant d’un coin à l’autre de la Tuilotte, au gré du vent qui, tantôt dirigeait la pluie vers nous, tantôt nous donnait du répit.
Le lendemain, Bangui M’poko, Maya-Maya, Douala, l’Assoumière
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